Entretien avec Julien Boutonnier pour la revue Mange Monde (3/3) 06/10/2017 – Publié dans : Le grand entretien – Mots-clé : , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Pour son numéro 12 de juillet dernier, la revue Mange monde, par l’intermédiaire de Julien Boutonnier, nous a convié à un entretien au long cours afin de retracer quasiment dix ans d’histoire publie.net et d’évoquer ensemble les défis à venir. Il en découle une discussion très riche, menée à plusieurs voix, dont nous sommes heureux de mettre en ligne la version longue intégrale ici-même. Compte tenu de la richesse de cet échange, nous la publions ici en trois parties : le premier volet est accessible ici, le deuxième là.

 

JB : Intéressons-nous maintenant à votre activité relative à la réédition de textes épuisés. Je pense au cycle Obéissance au vent de Jacques Ancet. Quelle raison a présidé à ce choix ? Pouvez-vous nous expliquer comment vous avez travaillé ?

GV : Le cycle Obéissance au vent est composé de quatre livres (L’incessant, La mémoire des visages, Le silence des chiens et La tendresse) publiés à l’époque dans les années soixante-dix, puis quatre-vingt, par trois éditeurs différents. Nous souhaitions, avec l’auteur, pouvoir les rassembler sous une même série et surtout les identifier comme faisant partie d’un cycle. Nous l’avons d’abord proposé en numérique au début de publie.net, avant de les faire paraître en papier l’année dernière dans la collection L’inadvertance (avant qu’elle devienne L’esquif), pour le marché de la poésie 2016. Au-delà du cycle, il y a eu une envie de la part de l’auteur de reprendre une partie de son travail pour être republié et nous sommes particulièrement fiers de pouvoir défendre ces textes : Obéissance au vent mais également un chantier critique majeur en deux parties, L’amitié des voix, ainsi qu’un roman magnifique intitulé Le dénouement, que nous avons republié au début de cette année. C’est un livre dans une veine différente, qui se construit comme un journal de deuil, et dont les énergies et l’ambiance sont assez proches d’un livre comme La petite lumière, d’Antonio Moresco, paru chez Verdier en 2014.
C’est Jean-Yves Fick qui travaille en particulier sur les livres de Jacques Ancet, aidé aussi par Christine Jeanney qui fait beaucoup, dans l’ombre, pour l’élaboration des textes, l’accompagnement éditorial et la correction. C’est très important, à nos yeux, de pouvoir travailler de cette façon, selon des coups de cœur personnels, et de façon suivie. C’est d’autant plus vrai dans le cadre d’un investissement bénévole : face à ces textes qui nous touchent particulièrement, nous sommes avant tout des lecteurs et on ne pourrait pas mettre autant de nous dans ces livres si nous n’étions pas d’abord secoués par une émotion esthétique.

JB : Plusieurs fois au cours de cet entretien, nous avons évoqué les performances. Définir de telles actions est difficile tant elles se déclinent dans un vaste champ d’expressions différentes et ne cessent de se renouveler. On peut néanmoins avancer qu’une performance est un acte ayant à voir avec la formulation, le texte et la présence. En quoi est-ce important pour Publie.net de soutenir cette présentation des corps des auteurs impliqués dans une énonciation des textes  ? Peut-on imaginer que c’est une forme de compensation de ce que le numérique induit comme parcellisation des présences ?

GV : Je crois que nous sommes attachés à la notion de performance car nous nous intéressons à toutes les manifestations que peut prendre un texte, même hors du livre. Le livre, sous toutes ses formes, est l’une de ses incarnations possibles, et non des moindres, mais il est important de ne pas occulter les autres sous prétexte qu’elles sont différentes. Comme on l’a vu ici, un site internet peut être un objet littéraire majeur (mais quasiment personne dans la presse traditionnelle pour s’attarder sur une création web de la même façon qu’on s’attache à rendre compte d’une parution imprimée, et c’est bien dommage). Il en va de même pour une lecture publique ou une adaptation pour la scène. Et s’il y a un lien entre numérique et performance, il faut probablement commencer par le chercher dans la démocratisation des outils permettant aux auteurs, sans nécessité de connaissances techniques particulières, de partager très simplement des enregistrements sons ou vidéos de leurs lectures ou de leurs expérimentations en la matière. On se retrouve finalement dans la situation de ces groupes de rock qui commençaient à répéter artisanalement dans leur garage parce que soudain c’était devenu possible, et accessible. La scène, c’est l’étape d’après. Donc, plus qu’une compensation, je dirais qu’il s’agit plutôt d’élargir son cercle de création. Et c’est aussi reconnaître, ou découvrir, qu’un texte peut avoir plusieurs vies, plusieurs identités différentes selon son support. Avec Climats, par exemple, que Laurent Grisel décline en plusieurs types de performances : avec comédien, avec accompagnement musical, etc. La nature du texte peut même évoluer : selon quelle partie du livre il souhaite aborder, il peut choisir d’effectuer une lecture tropicale ou polaire. C’est enthousiasmant de se dire que, même si par ailleurs le texte est arrêté quelque part dans un livre, donc dans une forme fixe, il peut encore vivre, respirer, bouger au gré des représentations.

À un moment donné, il y a eu effectivement une nécessité d’investir l’espace public faute de résonance ailleurs pour des textes qui n’étaient donnés à lire que sur écran, et c’était très important de pouvoir s’incarner, de pouvoir manifester une forme de présence auprès d’un public que par ailleurs on connaissait mal. Aujourd’hui, nous sommes dans une configuration différente puisque les livres papier existent, mais ce n’était pas le cas au début de publie.net. Une forme d’accompagnement du livre est toujours nécessaire, surtout dans des genres comme la poésie, où simplement se contenter de faire paraître un livre ne garantit ni qu’il se vende ni qu’il soit lu. Les lecteurs ont besoin d’une main tendue, qui peut prendre de nombreuses formes. La performance est d’autant plus riche qu’elle est aussi particulièrement plaisante à réaliser.

JB : Imaginons qu’un jeune universitaire vienne vous trouver dans trente ans pour parler de publie.net, qu’est-ce que vous auriez à cœur de lui transmettre (cela peut être une anecdote, une image, une théorie, un aphorisme…)  ?

GV : Un bref souvenir, peut-être. Celui de m’être dit très vite, à la lecture du premier appel lancé par François Bon il y a presque dix ans pour amener les bases de ce qui deviendrait ensuite publie.net : c’est important. Je ne savais pas encore en quoi, et bien sûr il était difficile de s’imaginer, à l’époque, quel tournant ça prendrait. Mais ça a pris.

JB: Pour finir, chacun de vous peut-il citer un extrait d’un texte publié par Publie qui lui tient particulièrement à cœur et nous expliquer pourquoi ce choix ?

GV : Difficile de n’en garder qu’un mais mon choix est allé spontanément à Une armée d’amants. C’est un livre à quatre mains (écrit par Juliana Spahr et David Buuck, traduit par Philippe Aigrain) paru l’année dernière et qui se situe aux frontières des genres et des énergies. On suit dans ce livre les aventures de deux personnages étranges, Koki et Panda Dément, deux poètes médiocres comme ils se définissent eux-mêmes, qui se sont mis dans l’idée de concocter une poésie capable de réellement changer le monde (tout un programme). Deux losers magnifiques qui s’apprêtent à invoquer un puissant sortilège dans l’idée qu’il échoue lamentablement. Le sortilège, contre toute attente, fonctionne. L’extrait qui suit intervient un peu plus loin dans le livre, après diverses péripéties parmi lesquelles une réécriture assez incroyable d’une célèbre nouvelle de Raymond Carver. Ce livre, c’est une plongée dans un état de transe fascinant, plein d’énergie, dans une langue très précise, et qui déborde du livre (Juliana Spahr est une poétesse reconnue aux États-Unis, le travail de David Buuck est lui pour le coup plus axé sur la performance, le mélange des deux voix est particulièrement jouissif). C’est aussi pour moi un très bon souvenir de travail, on s’est vraiment fait plaisir avec ce livre : de la couverture réalisée par Roxane Lecomte aux phases de correction en passant par de petits objets sonores créés avec Christine Jeanney pour accompagner la parution et même une lecture live, à deux voix, accompagnées de musique électro. Anecdote étonnante et hasard total de calendrier : ce livre qui traite (entre autres sujets) des mouvements de contestation populaires, écrit dans la foulée d’Occupy Oakland, est paru en France en pleine Nuit debout et c’était un signe fort. Un signe qu’il était pleinement ancré dans notre monde présent, pour le meilleur et pour le pire.

Alors, en pleine conscience, ils se levèrent, s’époussetèrent tout en respirant encore profondément, pleins d’éclat et de fièvre à l’égard de nouvelles interactions et d’échanges, s’approchant comme jamais du toucher et de la proximité, comme s’ils étaient attachés l’un à l’autre par des ventouses de céphalopodes et prêts à parcourir le monde avec dix fois plus d’intérêt pour ce qui s’y passe.

Ils se tournèrent donc l’un vers l’autre dans leur état de transe et vers cet un et cet autre qui n’étaient pas eux, selon le corps et le genre qu’ils avaient à ce moment-là et, leurs pieds légèrement plus écartés que leurs épaules et fermement amarrés au sol, les narines dilatées et la lèvre supérieure légèrement retroussée, ils respirèrent encore plus profondément et se proclamèrent l’un à l’autre et aux autres de chaque autre et à tous les monstres consentants, aux amis et amants et aux ex et aux amis-ennemis, ceux du bar et ceux des réunions d’équipe, ceux des rues et ceux des comités d’organisation, aux tordus et aux courbés, aux sursexués et aux sous-employés, aux cyniques imbibés de gin et aux perdants magnifiques, aux virus et aux parasites prospérant en eux, et avec une intensité sans cesse croissante à la ruche qui se formait dans le scintillement et la cendre, ils parlèrent comme un seul et déclarèrent, avec une détermination dix fois plus grande, ensemble et l’un à l’autre, regroupons-nous, allons-y, allons-y, appelons l’animal qui rue en nous avide de paix et de baise et puis brandissons nos drapeaux de pirate et mettons-nous y. Déblayons tout ce qui nous entrave et nous harcèle, déclarons nuls et non avenus tous  les contrats faits en notre nom mais sans notre consentement, et ensuite affrétons des moyens de transport illicites pour ceux qui crèvent d’envie d’ailleurs et d’autrement. Ce qui vient de toi ou moi vient de nous tous, ce qui fait que nous voulons danser avec vous dans la vanne commune sans honte ni hésitation, car nous avons des guêpes plantées en nous et nous voulons que poussent sur nos corps des branches latérales monstrueuses qui dépassent nos tiges (les vôtres et les nôtres), pour courber le son des poèmes et des antipoèmes au-delà de l’horizon clos. Vous qui ne nous avez pas encore rejoints, tenez haut vos poignets et vos chevilles bandées et nous vous montrerons nos furoncles et nos cloques, par sympathie et solidarité, en reconnaissance mutuelle, en méconnaissance et en symbiose mutante. Et vous que nous n’avons pas encore rejoints, ce nous plus vaste dont nous espérons qu’il incorporera deux poètes médiocres mais de bonne volonté dans ses plis, nous espérons que vous chanterez en retour,Cum on Feel the Noize31  afin que nos chakras résonnent dans la douleur tendue et contradictoire  mais ferme de notre nombre et qu’en retour nous puissions tenir haut nos pamphlets cousus au point de selle et vous montrer nos jambières imitation cuir fabriquées en recyclant mille vinyles punks, encadrant nos culs multigénérationnels et diversement gravitationnels pour les caresses, chatouilles et fessées ludiques. Et à travers cet appel et cette réponse, nous bourdonnerons d’une puissance qui emplira l’air d’odeur de sexe et de rut, de la sève de nos peaux et d’effets secondaires indicibles.

 

Une armée d’amants from publie.net on Vimeo.

 

JYF : le choix est difficile, vraiment. Alors simplement mentionner celui qui, à un moment donné du travail d’écrire, a donné sa valeur au peu, au rien, au quotidien, au mot bref, sec, dense à force d’avoir été délavé et délayé par l’usage, je songe à Antoine Emaz, et à son travail de réflexion sur la langue, d’une probité toujours aussi neuve, aussi exigeante. En particulier à Cambouis, qui a été mon premier contact avec ce versant de son œuvre, le travail du quotidien au carnet, un peu comme un corps à corps entre la langue et le monde qui sont les nôtres. Carnets qui parfois portent aussi les premiers états des poèmes à venir, ou réfléchissent l’impossibilité qu’il peut y avoir à écrire, lors d’une longue «  panne de tête  », mais Antoine Emaz écarte toute amorces de poème de l’édition pour se concentrer entièrement sur le quotidien, le banal, le fil des jours, les écarts du corps. Au sein des flux journaliers, alors, la poésie pour venir se saisir de ce qui fait rupture, même infime, dans le continu :

Quelque chose a cassé, a dérapé – on le nomme «  trop  » ou «  manque  » – un plus ou moins brusque d’air. Les mots du poème naissent de cette expérience qui peut tout aussi bien être minime (une variation de ciel) ou décisive (une séparation).

La page reste une sorte de réplique à un choc ; elle travaille ce choc ; elle ne l’explique pas plus qu’elle ne l’efface ; elle pose ce choc, autant que possible.

Au début de Cambouis, la succession des notes, leur densité, la variété de ce qui y est abordé donne bien la mesure ce que l’on va retrouver, avec des inflexions et des nuances autres, dans Cuisine :

Un poème, c’est de la langue sur une émotion qui rend muet. Il va contre ce mutisme, il est donc bien un exercice de lucidité, d’élucidation. Par les mots, je retrouve un peu prise sur ce qui oppresse. Par les mots, je me décale, je prends un peu de distance, je ne suis plus complètement dedans. On écrit sans doute moins pour ne plus avoir mal que pour comprendre de quoi on souffre exactement.

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Écrire comme personne d’autre ne l’a fait n’est pas une raison suffisante pour se croire génial. Beaucoup de poètes ont leur écriture propre sans arriver pour autant au génie. Mais il est certain que celui qui écrit «  comme tout le monde  » a moins de chance de dépasser le stade de l’anonymat.

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La gloire… On écrit parce qu’on écrit, parce qu’il faut écrire sous peine d’étouffer, parce que l’air manque – «  pas assez de ciel  » (Reverdy). Ceci posé, un peu de reconnaissance ne fait pas de mal, ne serait-ce que pour compenser la solitude.

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Je vais faire la compotée d’oignons pour les tournedos. Haricots verts ce midi. Chaque fois que T. est là, je repense au poème de  RAS, avec ces débris de haricots crachotés sur la couverture bleue. Rien écrit sur les vieux depuis quelque temps. Usure du motif ? Indifférence progressive ? Je ne crois pas ; il y a dans leur côté cassé, dans leur dépendance et leur mise à l’écart quelque chose qui continue de me toucher.

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Le silence provoque une sorte d’implosion du mot  ; il n’est plus saisi qu’à peu près dans la suite, il pèse surtout en soi et résonne de tous ses possibles de sens, de mémoire. En prose, c’est l’inverse, le mot est d’abord saisi dans un continu, un lié; il participe au flux, et de ce fait, sa bande passante est réduite à son sens dans la phrase. Même les procédés de mise en relief, en prose, ne créent pas un arrêt équivalent à ce que peut donner le mot isolé, en vers. En simplifiant, on pourrait peut-être dire qu’en vers il y a une saisie verticale du mot, alors qu’elle est horizontale en prose.

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Bon travail sur  23.09.02. Je crois être arrivé à quelque chose d’acceptable sur cette espèce de peur diffuse qui me prend parfois sans que je voie d’où elle vient. «  L’angoisse naît de rien  » disait Kierkegaard, me semble-t-il. Exactement cela. Spasme. Ventre noué par une peur sans cause.

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De fait, il y a maintenant un problème à «  engager  » la poésie. Non seulement parce que c’est aller contre le refus de l’inféoder à autre chose qu’elle-même, mais cela tient aussi à ce que bon nombre des poètes qui ont fait le saut, notamment avec l’engagement communiste, ont reçu une telle claque historique qu’il est délicat de s’aventurer de ce côté à visage découvert.

Est-ce à dire que la poésie est «  dégagée  » ? Non, parce qu’elle est, à l’évidence, une forme de résistance, d’opposition au laminoir historique dans ses processus de mondialisation, son uniformisation, sa logique marchande. Peu importe leurs esthétiques, leurs thèmes, tous les poèmes aujourd’hui disent non à un monde qui stérilise «  l’espace du dedans  » et qui réduit les individus à leur rôle socio-économique.

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La différence entre le banal et le poncif tient peut-être à ce que, dans le dernier cas, on croit écrire du neuf. C’est la prétention de l’auteur qui rend énervant le poncif. Travailler le banal, au contraire, c’est consciemment poser un dénominateur commun de vivre, créer une fraternité grise avec le lecteur, une sorte de communauté pauvre.

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Une grande part du boulot – peut-être la part essentielle, au moins pour moi – se fait à partir de l’expérience, sans aucun parti-pris esthétique. C’est la vie qui va et décide, tranche à travers des formes disponibles. Je prends ce qui me convient, ce qui me fait aller dans la langue, rien de plus. Ensuite, je peux tenter de réfléchir ces choix, mais ce n’est pas une nécessité  ; je fais plutôt cet effort pour l’extérieur, pour ne pas toujours dire  : je ne sais pas.

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Je ne peux comprendre une poésie sans émotion parce que l’ennui me saisit immédiatement, autant que le sentiment du dérisoire. C’est bête à dire, mais il faut qu’un livre me touche, qu’il me donne un surcroît de vivre autant que de langue, sinon pourquoi veut-il me voler mon temps  ?

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La langue est inerte. Mon travail est de l’électrifier, de produire des champs de forces, à l’intérieur. Ce n’est pas la pensée qui bouge la langue, c’est la vie. Le poème est ce contact premier entre exister et parler, entre émotion et langage. La pensée ne peut naître que lorsqu’il n’y a plus d’émotion  : elle n’est pas poésie.

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France-Culture ce matin  : «   Tu ne sais pas à quel point tu ne sais pas ce que tu ne sais pas.  » Rabin Nahman de Breslev.

VG : Pour proposer un autre versant de chez publie.net, et parler d’écritures qui ont été des découvertes pour moi, j’ai envie de citer des auteures comme Laure Morali, Maryse Hache, Christine Jeanney. Ce sont trois voix marquantes par leur précision et leur sensibilité – comment le dire autrement ? Des voix qui, depuis une forme de simplicité, déploient une grande ampleur. J’aimerais citer un extrait d’un texte de Maryse Hache, pour l’écrivaine et lectrice web qu’elle fut (“l’écrirelir comme trésor”), pour la partageuse de mots et l’inventeuse de langue. Baleine Paysage est un récit des jours, de l’attention portée à ce qui compte, une traversée du temps qui reste, depuis une chambre, une vue sur un jardin, une fenêtre d’écriture.

Baleine paysage 123

6:12 jour / oups 12:07 jour / les sphères tournent tournent bien sûr sans nous / chat roux en présence arrondie / tourterelle roucoule au fond de la cheminée trois notes sable rose / quelqu’un lit L’âme, selon Aristote, est liée à la possibilité du mouvement. / avion vroum traversant / quelqu’un demande si le houla hop a une âme / quelqu’un dit que peut-être la question n’a pas de sens / quelqu’un dit n’est-ce pas le propre du cercle / quelqu’un lit aussi Si les définitions dans le langage sont pour partie circulaires, est-il possible que nous nous comprenions ? / avion vroum gronde / ciel blanc tobie / quelqu’un dit sur l’un on tapote, sur l’autre on caresse et quelquefois on ne sait plus quel est le lieu de surface et on inverse les gestes / l’air mai clair / là-bas en bas du vert bois on voit un arbre à feuilles vieux rose / quelqu’un demande : érable hêtre ou quoi / baleine échouée bordure couleur isabelle chevaux du temps /

Baleine paysage 132

7:08 jour soleil / ciel bleu dragée et nuages en petites hordes coton / quelqu’un dit que perte de quelque chose ce matin / quelqu’un dit rien de perte ne se revient même si moquerie modèle merle flûte 12 mai 2012 / avion vroume comme colère décolle txt / on entend pleurs d’enfants / épaule éblouissante console / quelqu’un chante à dire inexorable disparition ou implacable perdition ou rivière no return ou définitif c’est cuit ou quoi / quelqu’un dit langue se rebiffe ou quoi / violette refiorira / roucoule tourterelle hors torture de l’été / entrée de chat roux /  pinson fringote ses notes roulées / on entend les deux notes secours du côté du noyer / patience roses anglaises en leur contenant / baleine échouée auprès d’écrire volatile /

 

 

 

JB: Un mot pour terminer ?

GV : Deux ? D’abord un grand merci à la revue Mange Monde pour nous accueillir ici dans ses colonnes et à toi Julien pour la richesse de nos discussions ici. Et un conseil de lecture web, puisqu’on en a beaucoup parlé et qu’il est temps maintenant pour vos lecteurs d’aller découvrir ça. Ça s’appelle Tout au bout du chemin et c’est un rouleau-poème géolocalisé écrit par Sébastien Ménard, sur des photographies de AnCé t. C’est en libre accès. Et c’est très beau.