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Les textes de Millimètres parlent de distance à soi et aux autres, du fil de nos pensées qui nous échappent, parfois, et que l’on voudrait guider, nous proposent des portraits, souvent à l’économie de mots, questionnent la tentation d’écrire de la poésie, aujourd’hui. Tous imbriqués, ces fragments se répondent les uns aux autres par différentes possibilités de chemins de lecture.

Ici, ce noyau compact devient terreau : à partir des thèmes et textes du recueils, différents plasticiens, photographes, écrivains proposent leurs propres rebonds, nous offrent leurs propres éclairages, dessinent des voies nouvelles. Petit à petit, millimètres par millimètres.

Autour de Millimètres — Contributions

Jérôme Hiernard, Poitiers, enseigne la langue anglaise dans le milieu associatif. Ces dix dernières années, son parcours artistique a été jalonné de plusieurs expositions photo et gravure. Il a contribué aux plages sonores de Millimètres, par ses traductions et lectures.

Des boîtes gigognes pour contribuer.

Des boîtes gigognes pour des Millimètres en volume.

Des boîtes gigognes de papier millimétré pour les sens et distances pliés et dépliés.

Des boîtes gigognes pour l’imbrication des mots du recueil, des séries entre elles, des flux et flots de pensées.

Des boîtes gigognes pour qu’un chemin se fasse à l’échelle d’une boîte ou de six. D’un fond à son couvercle d’une boîte à l’autre.

Des boîtes gigognes pour que les poèmes se fréquentent dans l’obscurité, en toute intimité, quand s’effacent et se délitent les millimètres entre les peaux.

Cécile Charpentier-Bonneau vit à Poitiers. Elle enseigne les Lettres. À son actif, plusieurs articles universitaires sur les romancières du XVIIIe siècle. On a aussi pu la lire dans D’Ici là n°10, chez Publie.net. Elle a posé sa voix sur bon nombre des plages audio de Millimètres.

Ventre d’Ans

as-tu fais tes devoirs ?

tes devoirs de large mémoire intime

il

pioche

et repioche car

il

veut

se percer

jusqu’au mioche

la cellule

épopée secrète

sous le tissu, sous la peau

les mots

les virgules

plus il descend les marches

plus il remonte le temps

les pentes se croisent

dans l’ombre

sur le même air

étouffé

du fond des artères

des mots télescopés en silence

se sont statufiés

énigmes enchevêtrées fondues dans le muscle

rébus figés dans l’os du temps

le mystère des plaies anciennes

se trame en sous-terrains

à échelle d’homme ébranlé

dans sa terre de chaire

avec tout le tremblement

les torsions de plaques, les pliures fossiles, les strates et failles

squelette habité d’os et d’années

l’envers du temps

de toute une vie

il

a peur mais je se montre remonté…

alors il descend

rajeuni

il se revoit

au pays d’avant, c’était un taire-môme-être

froid d’effroi

il se revoit

se ressent

se dévoie, se ravise

se reprend

se tâte

se pince pour voir si

si son corps encore

si son cœur tout court

où sont passées les magies chaudes ?

y’en a-t’il déjà eu ?

qu’est-ce que le terme omettre veut dire ?

veut taire ?

il y’a comme une musique lointaine

belle bien qu’étranglée

rumeur morne qui coule en contrebas

il

s’en trouve toujours attiré

les oreilles agrandies

par sa beauté

c’est un vrai boulot de racines

s’enfoncer dans l’entrelacs

sans façons, jusqu’au fond

à travers trappes et tuyaux

prendre son histoire à bras le corps

pour y rencontrer l’étincelle de vie

ça prend le temps que ça prend

ça prend tout son présent

il

est un jeu d’équilibriste silencieux

entre éléments emmêlés

à même l’amour, l’espace et le temps

à même la chaire du moment

mouvement tué

par quelle alchimie

tu es mouvement

un clin d’œil

et il passe d’un finir

par une houle inverse

à s’infinir

si on parle trop

on entend

plus difficilement

battre

le muscle

du monde

écoute comme

ça palpite là-dedans

ça vit dans tous les sens

du terme émettre

joint le geste

à la remontée de parole

joint le geste

à tout le reste

Olivier Aucher est un artiste complet. Guitariste et chanteur, on a pu l’applaudir dans différentes formations (L’œil de la voisine, Boolon, la Goguette d’enfer…). Conteur et humoriste, ses spectacles parlés-chantés distillent une bonne humeur caustique. Faire réfléchir sans en avoir l’air, évoquer sans jamais pointer de directions : c’est ce que l’on retrouve dans Ventre d’Ans, texte écrit de sa propre initiative, en écho à la sortie de Millimètres.

Monteuse et documentaliste, Jennifer Lavallé est passionnée par les écritures hybrides et l’exploration de nouveaux territoires narratifs, qu’ils soient sonores, textuels et/ou iconiques. Elle écrit des poèmes et des nouvelles depuis l’enfance. Certains de ses textes ont été publiés dans les revues Le Coin de Table, Poésie & Vagabondages, Le journal des poètes et Le capital des mots. Elle est aussi l’auteure d’un film documentaire et de chroniques.

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Anne Maillochaud Aka Louise, Poitiers, enseigne les arts appliqués. Son chemin est tracé par une diversité d’expériences, maquettiste dans l’édition, graphisme, photographie, active dans le milieu associatif (Atelier Grizzly, Halo, Chemin des ateliers à La Manufacture).
Actuellement, elle dessine, grave, photographie et utilise différents médiums au gré de ses inspirations.