Carnet de bord 2020, semaine 3 19 janvier 2020 – Publié dans : Carnet de bord – Mots-clés : , , , , , , , , , , , ,

publie.net, le feuilleton, à retrouver chaque semaine, par GV.

lundi

L'autre jour une lectrice m'écrivait, il y a du roman dans les poèmes de Fabrizia Ramondino et c'est vrai. On peut même parier sans trop craindre de se tromper qu'il y a également de la poésie dans ses romans. C'est ce qui fait probablement de cette auteure une auteure qui nous parle : sa capacité à osciller dans les deux champs (chants) de la parole écrite. À tisser sobrement dans sa poésie un récit (qui est un récit de vie : l'ensemble de sa production poétique accompagnant tous les âges de son écriture). Voilà ce qu'écrit justement Céline Leroy, elle-même traductrice, sur ce même livre :

traduction magnifique et présentation d'emanuela schiano di pepe. c'est un livre délicat qui charrie à mots comptés des images puissantes. fabrizia ramondino est une autrice et poétesse italienne malheureusement totalement inconnue chez nous. louons donc sa traductrice et ses éditeurs de lui avoir fait traverser les alpes. le livre est sorti chez publie.net, il faut le commander chez votre libraire. ça demande un tout petit peu de patience, mais ça vaut largement le coup.

Du coup je me pose la question : que doit-on dire (et ne pas dire) dans un carnet de bord ? Faut-il le dire qu'on rencontre parfois des problèmes ou storyteller nos réussites ? Faut-il par exemple couper les deux dernières phrases du message de C. Leroy ? J'aimerais mieux ne pas. L'acheminement des livres et le transport en général (il en va de même pour la Poste) est ralenti depuis quelques semaines. Les grèves ? Les fêtes aussi ont joué. Pas de retard côté impression en tout cas. Et ça dépend un peu des régions (à Lourdes, Julie reçoit L'homme heureux en deux jours). On surveille ça de près. Que dire ou ne pas dire : que par exemple une partie de notre journée sera dévolue à une correction express dans L'homme heureuxjustement, après que Ahmed Slama (qu'on remercie chaleureusement et dont on relaye la création de sa chaîne Youtube Littéralutte) nous a signalé un problème de mise en page dans les parties des poèmes arabes de Kandhem Khanjar.

mardi

On ne peut que vous recommander de lire les livres édités par Marie-Laure Dagoit (Derrière la salle de bain, Maison Dagoit). Ce n'est pas ce que je fais ce matin. Ce que je fais ce matin consiste à taguer tout un tas de nappes temporelles dans un agenda partagé (qu'en réalité je ne partage qu'avec d'autres moi-même). Prévoir du temps pour se remettre au dépôt légal du livre numérique, et préparer le dépôt du flux courant (c'est-à-dire des parutions régulières) en même temps que le flux des livres parus en 2018-2019. Une cinquantaine de titres à la louche ; quarante-six à la non-louche. Mais avant même de commencer à faire tout ça, ouvrir un fichier intitulé Process_depot_légal_livre_num.odt pour m'aider à me souvenir de ce que j'ai largement eu le temps d'oublier de savoir faire (le précédent dépôt a eu lieu il y a deux ans). Et avant même de me plonger là-dedans, retrouver où j'ai pu mettre un tel dossier. Le voilà. Ça va un peu plus vite que ce que je m'imaginais, sans doute car tout le nettoyage du flux qu'il avait fallu faire à l'époque pour le dépôt rétrospectif (tous les livres parus entre 2008 et 2017, je ne sais pas si vous suivez) n'est plus d'actualité aujourd'hui. Certaines balises doivent néanmoins sauter : c'est le cas de celle qui détermine la pagination des livres (codée <ExtentValue>XXX</ExtentValue>). Pourquoi ? Parce qu'un livre numérique n'a pas de pagination : celle-ci dépend de l'outil et/ou de la machine utilisée par le lecteur. Nous indiquions auparavant une information de pagination (une projection quelque part) afin de donner une idée, pour les plateformes d'achat, de l'épaisseur (fictive, donc) du livre. Ce que fait n'importe quel logiciel de lecture ou de tablette, liseuse, par ailleurs. Se faire une idée de sa progression, savoir si le livre est bref ou long. Pas utile pour le dépôt légal puisque ce n'est pas une information signifiante. Le dépôt légal chevauche en revanche le dépôt il-légal chez l'imprimeur des nouveautés de mars. La ville soûle, de Christophe Grossi, Des étés Camembert de Daniel Bourrion dont la couverture est oh là là, bon je préfère ne rien dire, c'est à suivre dans un prochain épisode. La réédition de Va-t'en, va-t'en, c'est mieux pour tout le monde, elle, vient juste d'arriver.

mercredi

Suite des travaux en plongée dans les flux XML et onyx pour le dépôt rétrospectif 2018-2019 pour la BNF. Ce sont des moments difficilement transposables dans un carnet de bord, disons pour faire bref qu'ils sont noyés dans des litres de lettres et de caractères spéciaux, dans des routines de raccourcis digitaux et clavier type contrôle A, contrôle C, contrôle V, ils nécessitent de se servir de ses yeux puis de s'en remettre au contrôle (cette fois) F, et une interrogation se pose : comment déclarer le cas des rééditions (je parle là de réelles rééditions, et non d'une simple mise à jour avec correction de trois coquilles et demi, mais de changement de couverture par exemple, changement dans le contenu du livre, changement d'ISBN, changement de titre parfois comme ça a été le cas il y a peu avec Amnésie du présent), faut-il le signaler quelque part dans le fichier (et si oui via quelle codification) ? Quid alors des précédents titres, les premières éditions, faut-il aussi signaler leur retrait de commercialisation ? Comment déposer le cas d'un jeu vidéo littéraire, comme ce sera le cas avec le Journal du Brise-lames en avril (vous avez bien lu) ? Autant de questions posées à Vladimir Tybin par email avant de se lancer dans le grand bain du flux courant : le premier titre à être déposé légalement dans la foulée de sa parution sera L'homme heureux, qui risque, comme son sous-titre l'indique, de détruire sinon Internet rien de moins que tout le département du dépôt légal à la BNF et alors là on serait bien (merci Joachim).

jeudi

En plus de dix ans d'édition numérique (et non numérique, ça ne vous aura pas échappé), on s'est habitué au mépris répété de bon nombre d'acteurs du livres qui ont une dent contre le numérique (et qui l'expriment notamment sur le web parce qu'ils ne sont pas à une contradiction près). On découvre donc cet article du Nouveau Magazine littéraire sur le livre audio. Quel rapport avec le livre numérique ? On ne saura pas, mais celui qui fut en 2011 président d'honneur du premier prix du livre numérique créé en 2011 ne se prive pas de régler ses comptes (mais avec qui ou quoi ?). Voilà comment se termine son papier :

À l'inverse [du livre audio], le livre numérique, ou livre dématérialisé, n'apporte rien à la lecture, et sa défaveur relative me rassure : voilà dix ou quinze ans, il était commun d'entendre que le livre papier était voué à disparaître, comme les disques en leur temps, remplacé par cette solution numérique miracle. À l'époque, je m'accrochais à un argument inventé par Umberto Eco, qui voyait dans le livre papier une invention indépassable. Pour lui, il en allait du livre comme de la cuillère : ces deux objets remplissent si bien leur fonction première qu'aucune innovation technologique ne saurait les améliorer. Eco n'est plus là pour voir son argument triompher. Mais, visiblement, il lisait dans l'avenir...

Au fond, rien de bien nouveau, voilà dix ou quinze ans qu'on nous ressort les mêmes arguments, et en dix ou quinze ans combien ont ouvert Poreuse de Juliette Mézenc ou Laques de Gabriel Franck ? Combien sont allés se perdre dans le Désordre de Philippe De Jonckheere en ligne ? Combien pour avoir ne serait-ce que testé Alienare de Chloé Delaume ? Etc, etc. Pour ce qui nous concerne, on l'a dit et redit, le format epub est, de fait, un format standardisé, limitatif, et n'est pas idéal en soi, ni pleinement représentatif de toutes les richesses rendues possibles par, au sens large, le numérique. Même chose par ailleurs pour la tournure que prend parfois le web (littéraire ou non) dans son obsession du tout responsive. En soi, les formats numériques sont un support. C'est ce qu'on en fait qui fait du livre un livre. Même chose avec l'imprimé, d'ailleurs. Pas d'éditos dans aucune revue culturelle pour railler le produit industriel qu'il est devenu dans 99% des cas. Impression à moindre coût en Espagne ou dans les pays de l'est, quand ce n'est pas carrément en Asie ? Appauvrissement des papiers ? Gaspillage et désastre écologique du pilon ? Mouais. Quand on a un rapport charnel avec les livres, on sait passer outre.

vendredi

Après avoir terminé l'écriture d'une quatrième de couverture pour nos oloés nouvelle formule (après surtout avoir raturé un certain nombre de fois tout un tas de phrases et de mots que j'aurais pu me contenter d'effacer tout simplement, sauf que c'est important parfois de se représenter ce que l'on enlève), et après une conversation immatérielle sur l'épineuse question de l'adjectif exigeant (une littérature exigeante, l'est-elle vis à vis de l'auteur ou du lecteur ? l'est-elle au détriment du lecteur ? exclut-elle quelqu'un et si oui qui ? exiger quoi que ce soit à qui ce soit, n'est-ce pas faire preuve de violence quelque part ? ne sommes-nous pas nous aussi stigmatisés par ce mot clé de plus dans nos vies de mots clés ?), et après aussi avoir déposé la bagatelle de huit cabanes chez Philippe, me voilà à Stalingrad (la station de métro et non la ville, et cette phrase est trop longue, terminons). Dans un café, dans lequel je vous ferais remarquer que la clientèle est mixte (c'est d'importance) avec Juliette Mézenc et Stéphane Gantelet, nous journal-du-brise-lamons. Un carnet non numérique noirci de petits caractères difficiles à relire peut en témoigner. Il y a des choses encore à régler vis à vis du livre, et vis à vis du jeu qui réinvente le livre, et nous avançons bien. À un moment donné, il y a même un point Squeezie et quelqu'un dit ça devient concret. Ça l'est. La preuve.