Carnet de bord, semaine 37 15/09/2019 – Publié dans : Carnet de bord – Mots-clés : , , , , , , , , , , ,

publie.net, le feuilleton, à retrouver chaque semaine, par GV.

lundi

Le back office du site me demande de prouver que je ne suis pas une machine ; peut-il lui me prouver qu'il n'est pas humain ? C'est donnant donnant normalement. Ou bien peut-il m'expliquer pourquoi je me retrouve souvent à envoyer le rapport du mois précédent à l'équipe le 9 ? Quel alignement des planètes le 9 du mois ? Quelles ondes telluriques ? Quelle alchimie des neurones ? Bon, c'est surtout que je ne peux pas faire le rapport tout de suite le 1er ou le 2 : côté Hachette les chiffres ne sont pas encore consolidés, il faut attendre quelques jours. On ne va pas se mentir, je n'ai aucune idée concrètement de ce que veut dire consolidé dans ce contexte, c'est juste un mot. Parfois, on s'en contente. Alors, combien a-t-on vendu sur le site en août ? Je vais vous le dire. On a vendu =SUM(L2:L23). Quant au total des ventes en librairie, il est égal à la somme des données contenues dans la colonne C24. Le back office d'Hachette, cette fois, comme souvent dans les grands groupes qui se trainent des outils informatiques antédiluviens (et/ou qui sont restés accrochés à leurs vieux process, il n'y a qu'à voir sur quoi tourne le parc informatique de la Fnac), malgré la modernisation de leurs interfaces, ils ont gardé un système de requêtes pour diverses actions possibles, par exemple pour accéder à mon flux retours pour le mois je peux soit aller chercher cet intitulé dans le sous-menu correspondant soit taper la requête RETO03, ce qui me donne la sensation de naviguer sur un minitel... Le taux de retour lui-même est retombé par rapport à juillet et on voit bien ici sur ce graphique l'effet "merde il faut qu'on fasse de la place pour la RENTRÉE LITTÉRAIRE™ autrement on ne va pas s'en sortir !".

Bien sûr, ça ne nous dit rien de notre mois d'août qui, si on se trouvait dans une appréciation de bulletin scolaire et non dans la vie tourmentée de l'édition contemporaine, pourrait se voir attribué le commentaire suivant : tu nous avais habitué à mieux. Et c'est peut-être là la limite de ce système de comparaison des mois entre eux ou des années entre elles : on ne peut pas comparer juillet et août, ce ne sont pas les mêmes enjeux. Quant au mois d'août 2018 VS son petit frère de 2019, ce n'est pas le même nombre de parutions (une nouveauté cette année contre deux l'an dernier). Que faire dans ce cas ? Pour commencer, ne pas aller voir le classement des meilleurs ventes GFK qui, lui, est d'une régularité sans faille : en août / septembre, c'est toujours Amélie Nothomb qui gagne.

 

mardi

Mail nous annonçant que nous n'obtiendrons pas une aide pour laquelle nous avons postulé. Avant cela, mail de la coordinatrice d'un prix nous annonçant la publication de leur liste pour 2019 : Les titres de votre sélection n’y figurent pas mais nous espérons que vous continuerez à nous envoyer vos ouvrages pour les éditions suivantes. Nous savons comme votre travail de repérage, de valorisation et de soutien que vous effectuez pour les auteurs contemporains est précieux. Et ainsi de suite. C'est qu'il faut jouer le jeu. C'est la même chose pour les libraires qui, quand nous ne jouions pas le jeu de la RENTRÉE LITTÉRAIRE™ nous invitait à le faire. Et maintenant qu'on le joue, ce jeu, on nous dit que c'est une période compliquée, la rentrée, il y a tellement de livres qui sortent, tellement de concurrence. Concrètement, Julie se retrouve à appeler des libraires qui n'ont jamais le temps, qui lui demandent de rappeler un autre jour, un autre jour où ils ou elles ne sont pas forcément là d'ailleurs. Quand elle réussit à les avoir : je ne retrouve plus le mail que vous m'avez envoyé, alors il faut renvoyer ledit mail et rappeler encore à un autre moment (et c'est encore la même affaire). S'agissant de la rentrée, c'est quand même compliqué : si tu appelles en mai, les libraires sont en rendez-vous avec des commerciaux, précisément pour organiser la RENTRÉE LITTÉRAIRE™. Si tu appelles en juin, c'est trop tôt. Passée une certaine date en juillet puis en août, personne n'est là, c'est les vacances. Mi août ou fin août, on est sous les cartons, de la rentrée précisément, sans compter les scolaires. Et septembre, eh bien, c'est la rentrée, il y a du monde en magasin. Et après c'est trop tard. Quand donc ? Faut-il contre-programmer nos livres l'année prochaine ? Publier plutôt des essais ou de la poésie en septembre, et proposer de la fiction en octobre ? La solution est peut-être à trouver dans notre boîte mail :  aujourd'hui on nous vente les clés d'une rentrée sereine. Bon, la mauvaise nouvelle c'est qu'il s'agit d'un spam qui cherche à nous vendre l'assistance administrative sans embauche (sic), comprendre : du secrétariat externalisé. Ce qui ne résoudra en rien nos problèmes de rentrée. Pour résoudre quoi que ce soit, il faut d'abord se plonger dans les livres. Là, relecture de l'épreuve des Sonnets à Orphée. Outre les habituels réglages typo et coquilles de dernière minute, il y a un problème avec la couverture. On s'en doutait un peu mais on voulait vérifier malgré tout le résultat à l'impression : la qualité de l'image ne permet pas un bon rendu sur le livre. Il faudra donc changer de visuel. Mais c'est aussi pour ça qu'on fait des épreuves.

Réunion improvisée avec Philippe sur des sujets divers : Riposte digitaleL'homme heureux, le numérique au sens large, les notices, les bibliothèques, le prochain salon des éditeurs indépendants (pour lequel nous aurons une table plus petite que l'an dernier, l'équivalent de l'espace d'une table avec un coin mais sans coin), Juan José Saer, Marguerite Young, ainsi que le compte Twitter d'Emily Dickinson qui est tombé dans un genre de fascination pour Lana Del Rey. Nous vivons une époque bien étrange.

mercredi

Après avoir pris connaissance des premières pages de la nouvelle version du manuscrit du Montaigne de Lou Sarabadzic, remonter encore un peu plus le temps jusqu'à l'Antiquité romaine :

Si un cou de jument à une tête humaine un peintre avait

l’idée d’unir, puis d’appliquer un plumage multicolore

sur tout un bric-à-brac de membres et qu’à la fin hideusement

en noir poisson se terminait le haut d’une superbe femme,

admis à regarder, pourriez-vous ne pas rire, mes amis !

Il s'agit de l'Épître aux Pisons, soit le fameux Art poétique d'Horace en cours de relecture avec, quelques vers plus loin, ce conseil aux jeunes poètes :

Choisissez, vous qui écrivez, un sujet en rapport avec

votre force et prenez le temps d’examiner ce que pourront

supporter ou non vos épaules. À qui opte selon ses forces

ne manquera ni éloquence, ni clarté bien ordonnée.

Par moment, j'ai le sentiment que c'est un peu ce que nous passons notre temps à faire : inciter les auteur.e.s à écrire quelque chose qui puisse mettre leurs qualités premières dans les meilleures conditions, mais aussi construire des genres de tableau d'animaux à tête humaine, qu'on ne sait pas par quelle extrémité attraper. Le fin mot de cette histoire c'est que, quoi qu'il arrive, au bout du compte, l'auteur.e n'en fait qu'à sa tête (et l'éditeur aussi). Plus fort encore : le fichier excel sur lequel tu travailles n'en fait, lui-même, qu'à sa tête. C'est ainsi qu'en récupérant l'export de l'ensemble des métadonnées du catalogue via la fonctionnalité prévue par Immatériel dans leur backoffice, et après avoir nettoyé le fichier pour y retirer les titres ne faisant plus partie du catalogue, voilà que lesdits titres n'arrêtent pas de remonter malgré tout et de ressortir, ressortir, ressortir encore, comme des genres de fantômes littéraires venus hanter un fichier informatique alors, eh bien, il faut passer un certain temps à supprimer des lignes jusqu'à ce que tout rentre dans l'ordre (et on pourrait croire que le visuel suivant correspond précisément à cette étape alors qu'en réalité pas du tout).

Bien que nettoyé, re-nettoyé, sur-nettoyé, exorcisé, etc., l'import du fichier ne passe pas, ça foire écris-je ici ou là, c'est dû aux sauts de ligne contenu dans les champs résumés qui décalent tout. On en restera là pour aujourd'hui.

jeudi

Pour supprimer des sauts de ligne résiduel dans un tableau, vous serez ravis d'apprendre qu'il suffit de faire un rechercher remplacer en ciblant les expressions $ et/ou /n et, ma fois, si vous le saviez déjà, eh bien je n'ai rien à vous apprendre aujourd'hui. Maintenant que les retours lignes ont disparu, le fichier global en csv s'importe parfaitement dans PMB, si l'on excepte quelques messages d'erreur dû à des résumés trop longs (rien qu'on ne pourra pas régler). Je cherche, néanmoins, la petite bête, une erreur quelconque dans la conversion du tableau en notices. Là, je remarque que le tableau était formaté de façon à changer automatiquement les dates, ce qui fait que le titre Mai 69  est devenu 01/05/69. Mais nous ne sommes pas seuls au monde : on estime qu'environ 20% des publications scientifiques qui font de la recherche en génétique sont erronées du fait d'une conversion intempestive de leurs données en date par Excel. Reprise du fichier après avoir terminé de relire les 36 pages (!) d'index du premier tome de l'intégrale Horace et posté les épreuves d'Amnésie du présent qui viennent d'arriver, et cette fois-ci, malgré la bizarrerie qui veut qu'unimarc ne prévoie pas de champ pour renseigner la couverture du livre(!), tout fonctionne au niveau de l'import du fichier : plus de 700 notices se retrouvent dans le système. Sur ces entrefaites, on en vient à se poser la question qu'au fond tout un chacun s'est déjà posé un jour en marchant dans les rues de la ville : quid de l'utilisation d'un serveur Z39.50 ?

vendredi

C'est assez rare qu'on nous renvoie un texte dont on a refusé une précédente version. Sans doute, j'imagine, car la plupart du temps les auteur.e.s concerné.e.s ont choisi de ne pas tenir compte de nos remarques (ce qui est parfaitement leur droit). Aussi parce que, parfois, des textes sur lesquels on ne s'est pas forcément retrouvés sont publiés ailleurs. Dans ce cas-là, il n'est pas rare que je reçoive un message pour m'en avertir, ou alors on s'en rend compte en librairie, dans la presse ou sur les réseaux sociaux une fois le livre paru. On pourrait se dire qu'on a raté quelque chose, ou quelqu'un, en tous les cas une occasion. Mais en réalité, pas vraiment. Cette semaine, c'est quelqu'un qui publiera chez un éditeur dont on apprécie par ailleurs la qualité, et c'était le cas aussi les fois précédentes. Bien sûr, il arrive que l'on ne dégaine pas assez rapidement, et là on ne peut s'en prendre qu'à nous-mêmes. Mais quand on n'a pas aimé un texte qui sera publié ailleurs, eh bien on se contente d'être content pour l'auteur.e concerné.e et se dire que insérer ici le nom de l'éditeur a souhaité aller dans une direction autre que la nôtre. Et, au fond, c'est très bien comme ça. Non, là, ce dont je voulais parler c'est quelqu'un qui nous a envoyé un texte, à qui on a fait un certain nombre de retours sur nos incertitudes et nos doutes, et qui revient vers nous quelques semaines ou mois plus tard avec un texte révisé qui tient compte de nos remarques. Je n'ai pas encore lu cette nouvelle version, donc je ne peux rien en dire. Mais c'est déjà un effort appréciable. Et il n'y a, au fond, que deux issues possibles. Soit cette nouvelle mouture parvient cette fois à nous convaincre (et nous aurons déjà gagné du temps sur la phase de travail sur le texte), soit ce n'est pas le cas. Par exemple parce que les modifications apportées ne sont pas allées suffisamment loin.  Ou alors, et là c'est plus embêtant, car malgré ces retouches, on en vient à distinguer plus nettement d'autres problèmes encore qu'on n'avait pas forcément perçus lors de la première lecture. Ça arrive. Je veux dire, c'est arrivé. Pas de notices aujourd'hui ? Oh, si. Un feu d'artifices de notices.