Carnet de bord 2020, semaine 37 13 septembre 2020 – Publié dans : Carnet de bord – Mots-clés : , , , , , , , ,

publie.net, le feuilleton, à retrouver chaque semaine, par GV.

lundi

Si j'écris quelque part que me voilà de retour sur le pont de la rentrée c'est que c'est le cas. Voilà. Quelques petites frustrations survenues durant mon absence : nos deux lancements en librairie sont victimes du (non, de la) covid. Le lancement aux Mots à la bouche prévu initialement le 16 septembre est repoussé à octobre, du fait de la clusterisation de Paris et de la difficulté d'organiser ces évènements tout en respectant les consignes de sécurité (distance, gestes barrières, masques, etc.). Même chose à L'arbre à lettres où, entre le passage de Julie en librairie en juin et sa reprise de contact en août pour finaliser la rencontre, les règles du jeu ont changé. Si l'on peut craindre que la situation tendue se prolonge dans les prochaines semaines, cela devra nous inciter à plus de créativité pour y palier : tâchons de voir ça comme un challenge. Le 18 septembre, la rencontre avec Lou Sarabadzic à Blois est, elle, maintenue. Ce sera avec masques obligatoirement, y compris pour les intervenants ; il faudra être expressif avec les yeux.

Plus tard, c'est dans la brume. Mais une brume plus bénéfique pour nous : du fait d'un désistement, nous pourrons finalement participer au Salon de L'autre livre mi-novembre. À condition bien sûr qu'il se tienne effectivement.

mardi

Pendant que Roxane trime sur l'entrée des corrections de Quelque chose que je rends à la terre et Marche-Frontière, mais surtout sur la composition du catalogue 2021, point rentrée avec Julie. On pourrait croire que la situation exceptionnelle change la donne. Il n'en est rien. Ou alors si : En fait, c'est une rentrée littéraire comme d'habitude, mais en pire.  Les valeurs sûres (sic) sont partout, de la presse aux tables des libraires et chaque vitrine ressemble à ses voisines, et par la même aux pages des magazines. Les miettes restantes vont à de vraies fausses découvertes qui sont en fait des coups d'agence de presse prêts depuis des mois. Pas beaucoup d'espace pour aucune autre surprise. La communication des uns et des autres en prend un coup, là encore : pour justifier la non tenue d'une rencontre prévue de longue date, on nous dit qu'en cette période de restrictions sanitaires, nous n'acceptons que des demandes qui répondent à des critères très particuliers. Libre à vous d'imaginer sur quels critères se basent ces critères particuliers, et ce qu'ils ont de si ($$) particuliers. Ailleurs, pour un évènement quelque part, pour un dépôt de quelques livres, on insiste pour qu'on vienne absolument récupérer les exemplaires avant la fin de l'évènement concerné. Après nous être envoyé virtuellement des bises pas du tout désespérées (c'est le cas, puisque nous ne le sommes pas), on se dit que peut-être les respirations sont à trouver dans les manuscrits arrivés fin août ? Voilà notamment ce qu'on peut y trouver : Connaissant la réputation de votre maison et le fait qu'elle édite beaucoup de littérature régionaliste... C'est pas gagné.

mercredi

C'est aujourd'hui que paraît (enfin, après report) Doucement (!), de Katia Bouchoueva. Aujourd'hui également est mis en ligne cet enregistrement de lecture à deux voix de certains des poèmes proposés dans ce second recueil paru dans L'esquif. Lecture de Katia Bouchoueva et Guillaume Richez :

L'envoi de ces premières douces commandes permet aussi la reprise des expéditions après les tribulations du déménagement. Je ne suis pas encore pleinement installé, mais au moins les livres publie.net ne sont plus en carton. Me manque quelques étagères qui m'éviteraient d'avoir à tout chercher en permanence, ça va venir. Il faut aussi se faire à la (brutale) rupture postale quand on fuit les grandes villes : ici (quel que soit cet ici), la Poste n'est ouverte que quatre demi-journées par semaine. J'apprendrai bien vite qu'on n'est pas non plus à l'abri d'une fermeture intempestive de dernière minute sur l'une de ces demi-journées. La plupart des envois que je fais correspond à des timbres pré-imprimés, je n'ai donc qu'à les glisser dans la boîte. Mais dans le cas d'un colis urgent, comme ce fut le cas il y a une dizaine de jours (une fameuse société de production tv qui demande, le jeudi midi, des SP à recevoir absolument d'ici lundi matin), c'est plus compliqué. Mais je ne devrais pas me plaindre, dans le bled d'à côté la Poste est fermée jusqu'en décembre. Bon. N'y pensons plus. Il est l'heure de se replonger dans les (lents) séismes de Juliette Cortese, dont j'ai reçu la dernière version il y a peu. Reprendre d'abord les bulles de commentaires dans l'ordre chronologique et régler les petites choses. Pour les grosses choses, relire le manuscrit en entier et au calme, dans un PDF cette fois (cf. l'épisode précédent). S'immerger dedans. Faire des va et vient. Nécessairement trembler.

Souvent, je donne des exemples de ce que je recherche quand je relis un texte. Je dis pourquoi ne pas plutôt faire ceci ou cela et j'écris quelque chose, une piste pour la réécriture. Je précise très souvent (dans le commentaire en marge du texte ou dans le message qui accompagne son envoi) c'est un exemple. Si j'écris cela c'est que je n'entends pas qu'on reprenne telles quelles mes suggestions. Je ne suis pas là pour réécrire à la place de l'autrice ou l'auteur son propre texte sans elle, sans lui. Je suis là pour donner des pistes et tâcher de me faire comprendre (même si, parfois, nous ne nous comprenons pas non plus, du moins pas autant que si nous étions face à face). Après, c'est à lui ou elle de s'approprier ces pistes et réécrire, ou ne pas réécrire s'il y a désaccord sur la piste. C'est assez basique, je trouve, mais il n'est pas rare qu'on n'explique pas tout ça à un auteur qui débute, qui peut tout à fait se dire que les corrections proposées sont en réalité imposées. Or souvent, et c'est bien normal, on n'est pas dans le même rythme que l'autrice, l'auteur. On ne met pas l'accent sur les mêmes choses. On ne porte pas le même regard.

jeudi

Toujours dans Lent séisme, je prends des phrases au vol. Ça peut toujours servir. Ce sont aussi des points d'accroche. Par exemple :

Rien n’empêche le ruissellement du temps sur nos épaules.

Rien n’empêche le passé de nous revenir à la figure avec le vent.

Mais pour l'heure, rien ne ruisselle. L'heure n'est pas au ruissellement, on le sait bien, c'est même le contraire : il y a absorption des profits (quand profits il y a), avec la hausse des coûts d'impression (cf. l'avant-dernière épisode). En moyenne 6,3% sur nos parutions de 2020, quand même. Nous avons une réunion avec LSF pour tenter d'y remédier (y parviendrons-nous, pas sûr). Covid oblige, c'est une réunion dématérialisée. En attendant d'entrer dans la quatrième dimension des réunions business-B2B-black-mirror-zoom-machine, rare portrait de l'éditeur attendant d'être aspiré par le vortex :

C'est pas trop l'éclate totale à ce stade mais bientôt oui (en fait non). Nous faisons, avec Philippe, valoir nos arguments (qui sont grosso modo que c'est abusé), LSF fait valoir les siens (qui sont grosso modo que c'est la mondialisation). Nous voilà bien. Quelques rustines, néanmoins, ainsi qu'une perle (ce sera déjà ça de gagné pour le carnet de bord) : d'où que vienne la marge, ça fait de la marge. Amen to that.

vendredi

Pendant que Roxane termine les derniers ajustements au catalogue 2021, met en ligne pour les abonnés la version numérique de Soeur(s) en avant-première, et que Julie s'écharpe avec une librairie qu'il faut motiver à aller récupérer l'envoi d'un dépôt (si ce n'est pas adressé à quelqu'un en particulier, seul le gérant pourra le récupérer -- fort heureusement c'est le cas --, il faut aussi me préciser aussi dans quel bureau de poste je dois aller -- misère...), je prépare moi un autre colis, à destination d'un prix. Comme le destinataire est à rallonge (direction des affaires culturelles de la ville de Tralala), ça ne rentre pas dans les cases prévues par l'envoi en ligne de Colissimo (il y a des cases, et comment souvent elles sont strictes). On croit donc pouvoir biaiser en usant de & au lieu de et par exemple (ça fait tout de même un caractère en moins), mais le bot postal nous coince et remplace ça par un and anglais, ce qui revient donc à créer un caractère en plus. Mieux vaut revenir à Lent séisme. Le relisant, je me disais : c'est un peu lynchien (ou faut-il dire lynchéen ?), il faudrait le mentionner en quatrième de couverture. C'est un raccourci utile de faire référence en quatrième à un imaginaire référent qui dépasse le livre et qui peut être facilement identifié par des lectrices, des lecteurs. Au fond, on sollicite le mot-clé lynch pour s'économiser d'avoir à dire que c'est onirique, un peu étrange, fantastique peut-être, très visuel, tortueux parfois, décalé en tout cas. Je ne sais pas si c'est une bonne chose. De fait, ça réduit le livre à ce qu'il n'est pas. Mais, j'ai envie de dire, le job d'une quatrième, c'est de réduire. Tout le travail qu'on fait en amont de la publication d'un texte, le baliser, le questionner, le circonscrire avec l'autrice, l'auteur, le prolonger parfois, le resserrer dans d'autres cas de figure, c'est réduire. Partager un texte avec quelqu'un, c'est accepter qu'il soit réduit à sa perception. Peut-être faut-il donc accepter de réduire, finalement, jusqu'à ce que l'accumulation de toutes les lectures mises bout à bout, petit à petit, permette au texte d'accéder à un autre statut : devenir un livre augmenté par la sensibilité de chacun. De livre augmenté (plus que ça même : réinventé sous d'autres formes), il en est question au festival Extra au Centre Pompidou : Le Journal du brise-lames de Juliette Mézenc et l'adaptation vidéoludique de Stéphane Gantelet y sont présentés. Courez-y : l'exposition dure jusqu'au 27 septembre.

Photo Juliette Mézenc

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