Carnet de bord 2020, semaine 11 15 mars 2020 – Publié dans : Carnet de bord – Mots-clés : , , , , , , ,

publie.net, le feuilleton, à retrouver chaque semaine, par GV

Une fois n'est pas coutume, le carnet commence par un préambule.

Il est évident que cette semaine sort de l'ordinaire. En raison de l'épidémie de Covid-19 et de ses conséquences immédiates sur notre mode de vie à tous, d'un jour à l'autre, d'une annonce gouvernementale à la suivante, nos préoccupations et priorités ont parfois brusquement changé. Ce qui était encore motif de distance et de second degré au début de la semaine ne l'est plus ce week-end. Même chose concernant la lettre d'information, d'ailleurs, dont la majeure partie a en fait été écrite dès la semaine dernière, à des années lumières donc de la réalité du moment où elle a été lue. Depuis hier (samedi), nous avons appris, fort logiquement, l'annulation du salon de Bordeaux Escale du livre, et du festival Les Echappées au Mac Val auxquels nous devions participer. La fermeture progressive des lieux où vit la littérature (établissements scolaires et universitaires puis bibliothèques et, à présent à l'heure où j'écris ces lignes, tous commerces non indispensables à la vie) est à présent une réalité pour une période indéterminée. Une librairie, est-ce indispensable à la vie ? Voilà le genre de questions que la situation nous amène à nous poser, et il n'est pas dit que nous sachions y répondre. S'agissant strictement de publie.net, puisque c'est ce qui concerne directement ce carnet, il va nous falloir discuter en interne des aménagements à prévoir, de notre action dans ce nouvel environnement (du reste nous avons déjà commencé à le faire), et de notre travail dans les semaines à venir (nous travaillons déjà tous en télétravail, de ce côté-là ça ne changera rien). Et bien évidemment mes lamentations quant à l'apathie des ventes au premier trimestre doivent paraître bien dérisoires aujourd'hui (dire que j'écrivais vendredi encore sur ce sujet dans un mail à l'équipe pour transmission du rapport de février, misère...). Il nous serait facile de ne pas publier ce carnet et de faire comme si rien de tout ça n'avait eu lieu. Cela n'aurait pas beaucoup de sens, mais enfin qu'est-ce qui en a à présent ? Je préfère mettre en ligne le carnet tel quel, accompagné de cette note, pour aider à le contextualiser. S'il y a du sens à faire ce que l'on fait chaque semaine, c'est aussi pour en retranscrire, sinon la vérité, du moins une vérité. En voici une ébauche.

lundi

Pour l'heure, les seules conséquences notables de l'épidémie de Covid-19 dans mon quotidien sont qu'au lieu d'écrire, à la fin de mes mails informels à l'équipe, comme formule de politesse, la mention bises, j'écris : pas de bises pour des raisons évidentes de santé publique, merci de votre compréhension. C'est un peu plus long, mais je suis sûr que l'on ne m'en tiendra pas rigueur. On peut aussi opter pour bises masquées, bises (avec masque) ou bises hydroalcoolisées. D'autres conséquences à venir ? L'interdiction des rassemblements de plus de mille personnes laissent craindre que oui. Dans les semaines qui viennent, trois évènements au moins auxquels nous participons sont dans une situation qui nous amène disons à nous poser des questions. Le festival Escale du livre à Bordeaux, auquel nous devons participer pour la première fois. Le festival Les Échappées au Mac Val à Vitry sur Seine organisé par Pierre Ménard. Et, pour d'autres raisons, la rencontre avec Emanuela Schiano di Pepe autour du livre de Fabrizia Ramondino à la librairie les Champs magnétiques (mais là, cela concentre moins le seuil des 1000 personnes que la situation présente en Italie). Voilà qui n'aide pas ma newsletter de mars (bien que, soyons sincère, la newsletter en l'état est bien le cadet de nos soucis). De fait, pendant toute la journée, on verra passer sur Twitter des messages s'interrogeant sur la tenue ou non de diverses rencontres à venir, quelle que soit l'affluence. Et là on est en droit de se demander, dans le contexte d'un carnet de bord, mais enfin quel rapport tout cela peut-îl avoir avec la littérature ? Aucun, bien sûr. Pour l'heure, c'est de la littérature à huis clos.

 

mardi

Cette fois c'est sûr, la rencontre autour du livre de Fabrizia Ramondino est annulée, la situation en Italie ayant encore évolué depuis hier. On en parle avec Julie, c'est notre point hebdomadaire. L'Autre salon (de l'Autre livre), au palais de la femme, auquel nous ne participons certes pas (mais enfin il y a une vie au-delà de publie.net), n'a pas encore été annulé, mais la nouvelle tombera en début d'après-midi. Plus tard encore : des salons prévus en juin déplacés en juillet. Quid des autres évènements ? Pour l'heure, on fait comme si tout se tenait normalement, et on avisera si ce n'est pas le cas (que faire d'autre ?). C'est forcément dérisoire à ce stade, et compte tenu de la situation ça nous passe au-dessus, mais bien sûr ça ne va pas aider ce début d'année morose en librairie. On constate que beaucoup de gros éditeurs feront paraître en mai des livres de mastodontes (comprendre, qui se vendent) qu'on aurait plutôt attendu généralement en septembre, voire en fin d'année (en ce qui concerne les bandes dessinées). C'est qu'il faut bien rattraper le premier trimestre ! Et pour cela, boucher un peu plus le calendrier, et occuper un moment dans l'année où, d'ordinaire, on a d'autres possibilités de respiration, précisément dû à l'absence des gros. C'est comme ça. Et plutôt que de s'en remettre à la fiction de l'édition à venir, mieux vaut encore se rabattre sur des choses très concrètes : préparer l'article de demain pour la parution de La ville soûle, pour commencer. Ou envoyer des commandes qui commencent à revenir sur le site (signe qu'on ne se rend effectivement plus en librairie ?). Et, en réalité, comme souvent, la réponse à des questions que l'on ne se pose pas se trouve dans les livres qu'on (re)lit. Par exemple, dans le Journal du Brise-lames, dont le journal du journal est dés à présent disponible sur le site, pour vous permettre de vous immerger dans le Brise-lames et voir dès à présent les coulisses de son écriture.

De même que le teaser du jeu vidéo (il y aura un jeu vidéo !), qui est en ligne est prêt à être partagé dans notre lettre d'info (et au-delà) :

Ou encore, se ressourcer dans les Oloés et leurs épreuves chaleureuses. Oui mais alors on tombe sur Dans les journaux, la grippe A, les accidents. Est-ce qu'on va mourir cet hiver ? Fort heureusement, la suite nous sauve. Réponse : sable et galets, croquants, fougasse, va-et-vient des parfums de glace.

 

mercredi

Le monde est bien fait, quand même. Par exemple, pouvoir communiquer très simplement entre nous via notre application de gestion de projet cabine de téléphone rouge. Il y a, comme partout, des notifications, des rubriques, un chat. Sauf que parfois, le monde bien fait se défait bien aussi, pour en finir par mal faire ce qu'il faisait si bien au début. Voilà sans doute pourquoi mon téléphone a remplacé de lui-même et sans préavis mes notifications du chat par des notifications (non-sollicitées, cela va sans dire) du Point et du Midi-Libre. Par exemple, saviez-vous que Jean-Pierre Darroussin rétropédalait sur Polanski (il vaut mieux ne pas imaginer la scène) ? Il en va de même pour nos ventes Amazon. Si vous suivez assidûment ce carnet de bord (et on ne voit pas franchement comment il pourrait en être autrement) vous savez déjà qu'un mécanisme est en vigueur sur toutes les ventes POD distribuées par Hachette : au-delà de 30 exemplaires, la commande est automatiquement bloquée, et nécessite que l'éditeur la valide (ou la revoie à la baisse), soit pour prévenir les erreurs de saisie, soit pour limiter les possibilités de retours (ou de non-retours). Ça, c'est la partie le monde est bien fait. Mais Amazon (nous voilà entrés dans la partie le monde est mal fait) possède plusieurs entrepôts. Et chaque entrepôt correspond à un compte différent dans l'écosystème de distribution (bien que reliés chacun au même compte de facturation, sans doute). Donc, lorsqu'Amazon commande, via quatre de ses entrepôts, des livres en quantité dépassant 30 exemplaires, mais réparties sur ces quatre comptes de manière à ce que chaque entrepôt ne dépasse pas la limite des 30 (je ne sais pas si vous suivez), là le mécanisme ne se déclenche pas. Il faudra donc s'attendre à des retours dans six mois.

 

jeudi

Depuis quelques semaines, je ne parviens plus à accéder, via le back office d'Hachette, ce qu'ils appellent le Palmarès (une synthèse regroupant l'ensemble des ventes mais aussi des retours de la veille). Le document s'ouvre, mais avec rien dedans. C'est une matrice vide. Les ventes sont exprimées ailleurs (mail quotidien le matin, envoyé avec soin par des robots - rêvent-ils comme ceux d'Asimov et si oui de quels animaux électriques, selon ceux de Philip K. Dick ?), mais les retours non. Bonne nouvelle, je trouve ce matin où récupérer ces infos de retours, même si ce n'est pas très intuitif car exprimé par mois, et non par jour. Là, certains livres présents en "pilons systématiques" n'apparaissent pas en "retours", ce qui laisserait à penser que des livres qui ne nous ont pas été retournés ont été malgré tout pilonnés, ce qui serait somme toute chelou (je crois que somme toute chelou est le terme technique qui convient dans le jargon). Bref, maintenant que je ne peux plus compter sur le palmarès pour récupérer très vite les références des livres de la veille (pour ensuite aller voir quelles librairies cela concerne), je dois nécessairement en passer par la case Dilicom pour récupérer le NUART (numéro article) propre à Hachette pour chaque livre et ensuite faire des recherches pour retrouver les libraires concernés. Ce n'est pas forcément aussi chronophage que l'écriture de cette phrase le laisse supposer, mais enfin cela permet d'être confronté à des scènes étranges. Par exemple, quand on tape "ville soûle" dans le moteur de recherche de Dilicom, voilà sur quoi on tombe :

Et quand on tape juste "Grossi", on obtient ceci :

Ça ne m'aide pas beaucoup dans mes recherches, mais enfin maintenant que je sais que le destin des Villes soûles est possiblement celui d'un super-héros aveugle qui combat le crime (en ville), ou celui d'un obèse essayant d'entrer par effraction chez les gens via leur conduit de cheminée chaque année à la même date (en ville le plus souvent là encore), je me dis que nous avons toutes nos chances.

vendredi

Cette fois ça y est, c'est la bonne, le dépôt légal du livre numérique pour les parutions de 2019 (et les premières de l'année 2020) va pouvoir être déposé. Avant cela, retrouver le PDF indiquant les bonnes pratiques à suivre pour un dépôt concocté par la BNF, puis retrouver comment faire un fichier MD5. En fouillant dans mes emails, et puis dans mes archives, je tombe sur ce fichier txt, nommé précisément MD5 :

Voilà donc à quoi ressemble un fichier MD5 ! Non, en fait pas du tout. Un MD5 est une fonction de hachage cryptographique qui permet d'obtenir l'empreinte numérique d'un fichier. C'est une simple suite de caractères, une signature qui sert à authentifier un fichier lors de son dépôt. Une empreinte. Ce n'est pas censé être un document graphique, et ça ce n'est pas une empreinte, c'est de l'ANSI. Je crois que ça correspond à des recherches que je faisais avant le festival Seconda, fin 2018, et j'ignore comment ça s'est retrouvé là-dedans, ni pourquoi ça s'appelle comme ça. En définitive, ce faux MD5 pourrait s'intituler a rose is a rose is a rose (c'en est une), mais je crois que c'est déjà pris (tant pis). Quelques minutes plus tard, les fichiers sont prêts : le dépôt de métadonnées au format onix détaillant les 47 livres concernés, le MD5 donc l'accompagnant, nommé comme lui, et une archive zip des 47 livres aux formats numériques. Dorénavant, ces dépôts seront fait chaque mois pour les nouveautés du mois précédent, et tout roulera. Il y a débat quant à la présence obligatoire ou non d'un fichier ok.txt, mais pas dans le cas d'un dépôt de fichier zip, si ? L'ok.txt ne ferait pas de mal avec un zip mais enfin c'est ok que l'ok.txt n'y soit pas, ok ? Ok. Etc.

 

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