[NOUVEAUTÉ] Œuvres complètes, tome 1, d'Horace (nouvelle traduction de Danielle Carlès) 13 novembre 2019 – Publié dans : Notre actualité – Mots-clés : , , , , , , , ,

Pour celles et ceux qui suivent comme nous le travail (en ligne, notamment) de Danielle Carlès, cette intégrale d'Horace n'est pas une surprise : elle est la suite logique de sa pratique régulière de la traduction latine depuis des années. Proposée en deux parties (le tome 2 à paraître au printemps prochain), cette intégrale ne fait pas que transcrire Horace en français. Elle le réinvente pour un public contemporain, et pour notre plus grand plaisir.

Au-delà du seul carpe diem, qui a traversé les siècles, Horace, dans son rapport à son époque, à ses contemporains, et à l'écriture, manie le récit de vie comme bon nombre d'auteurs illustres menant carnet, journal, ou notes sur la littérature et le monde qui les entoure. Le lire aujourd'hui, avec autant de distance dans le temps mais si proche des pratiques de chacun, à l'ère des blogs et des réseaux sociaux, c'est poursuivre la continuelle exploration des laboratoires d'écriture tels qu'il se forgent depuis les origines de la littérature.

Extrait de l'introduction

[…] Horace nous raconte comment il devint poète. Fils d’un esclave affranchi mais non sans moyens, brillamment éduqué par un père aimant, il est en Grèce pour ses études au moment de l’assassinat de César (44 av. J.-C.). Le jeune homme se range alors du côté de Brutus, l’un des conjurateurs, contre Antoine et Octave qui veulent venger la mort de César. Dans l’armée de Brutus, avec le titre de tribun militaire, il subit la défaite de Philippes. De retour à Rome, humilié et dépossédé par confiscation du bien qu’il avait hérité de son père, il se lance dans la poésie tout en assurant sa subsistance par l’acquisition d’une charge de scribe soit, pourrait-on dire, de fonctionnaire du trésor public. L’amitié de Virgile lui ouvrira l’accès à l’amitié de Mécène, proche conseiller d’Auguste, qui protègera sa carrière jusqu’à la fin : on sait qu’Horace suivit de peu Mécène dans la mort.

Que de commentaires simplistes cette situation n’a-t-elle pas suscités, de la célébration d’une indéfectible et légendaire amitié à la condamnation d’Horace dans le rôle du courtisan ? Et cette qualification de poète officiel, comme elle fait mal aussi à sa réputation aujourd’hui, donnant l’idée que sa liberté de créer ait pu être entravée par telle ou telle impérieuse obligation idéologique.

Une longue fréquentation du texte m’amène à une position plus nuancée et assez différente. Si l’amitié est bien la clé, ce n’est pas celle de Mécène, exposée partout, mais celle d’Auguste, évidemment beaucoup plus discrète dans ses aspects personnels. On pense en général que la relation d’Horace avec Auguste est tributaire de Mécène et que c’est lui qui acquiert Horace à la cause impériale et à ses contraintes. Or je crois qu’on peut raisonnablement poser une hypothèse différente, celle d’une amitié directe entre le poète et le prince, amitié qui non seulement ne doit rien à l’intermédiaire de Mécène, mais autorise même Horace dans une certaine mesure à s’affranchir de la subordination à son protecteur officiel.

Comprendre la nature de cette amitié suppose d’abandonner certains préjugés à propos d’Auguste. Il est aisé en effet d’imaginer qu’un tyran ne peut aimer dans un poète de talent que l’image magnifiée qu’il lui renvoie et sert à son pouvoir. On reconnaîtra ici en particulier l’Horace des dernières odes. Il est plus difficile de penser que ce soit le satiriste qui ait conquis le prince. C’est pourtant ce qu’Horace laisse entendre dans la satire II, 5 à laquelle je laisse au lecteur le soin de se reporter. Il y a dans l’entourage d’Auguste un grand nombre de poètes aujourd’hui encore inoubliables capables d’œuvrer à sa majesté, à l’écriture de sa légende et de sa gloire, mais un seul capable de le faire rire, de le ramener à son humanité, et ce poète est Horace.

Nous verrons dans le deuxième volume de cette intégrale comment la lecture de certaines odes permet d’asseoir l’hypothèse. Il suffira pour l’instant que le lecteur la garde à l’esprit pendant sa lecture pour en apprécier par lui-même la pertinence. […]

— Danielle Carlès

232 pages
ISBN papier 978-2-37177-587-9
ISBN numérique 978-2-37177-222-9
19,50€ / 5,99€

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