[NOUVEAUTÉ] Marâtre patrie, de Mihàlis Ganas 15/03/2017 – Publié dans : Notre actualité – Mots-clé : , ,

Mihàlis Ganas fait partie des grands poètes grecs de notre époque. Il suffit de lire Yànnena la neige proposé dès les premiers mois de l’aventure publie en 2008 pour le réaliser. Et que dire de ce Marâtre patrieécrit en 1980 lorsque Ganas se lance dans le récit de son enfance bouleversée par l’exil ? Court texte (moins de 100 pages) d’une grande tension poétique, il se lit comme un roman d’une finesse remarquable, composé par petites touches (fragments, scènes brèves), ainsi que fonctionne la mémoire. Le tout dans une langue à la fois rauque et douce, merveilleusement traduite, comme de coutume, par Michel Volkovitch. Plaisir immense à présent de le partager ici.

 

Lorsque la guerre civile qui déchire son pays l’oblige à partir pour l’exil en 1948, Mihàlis Ganas a quatre ans. Et dix ans à son retour, en 1954. Et trente-six en 1980 quand il raconte cette enfance bouleversée, qui l’a marqué à jamais, dans Marâtre patrie.

Nous le suivons en Albanie, puis en Hongrie, puis dans le village perdu d’Épire où il vivra jusqu’à l’âge d’homme. La mauvaise mère, ce n’est pas la Hongrie plutôt accueillante, mais la mère patrie, la Grèce des années 50, qui inflige à ses enfants la misère économique et la répression politique.

Pour décrire ces années terribles, dire le désordre de la mémoire avec ses souvenirs fulgurants et fragmentaires, dire surtout la fureur du monde qu’un enfant découvre et ne comprend pas, Ganas — qui par ailleurs est l’un des plus grands poètes grecs de son temps — invente une langue inouïe, rugueuse et raffinée, proche de celle des paysans de son enfance et en même temps de celle des poètes. Voilà pourquoi, dans Marâtre patrie, qu’on a pu qualifier de « récit-poème », on prend la réalité en pleine figure.

Viennent les femmes de Kònitsa. Foulards noirs, vêtements noirs, longs manteaux de laine. Les lettres rangées dans leur corsage, elles les sortent avec précaution, les donnent à lire au grand-père. Les unes pleurent, les autres écoutent sans un mot. Elles lui font écrire les réponses. Ça commence toujours par « Nous sommes en bonne santé, nous espérons qu’il en va de même… » Elles lui dictent leurs histoires les mains dans la ceinture du tablier, immobiles comme embaumées. De temps à autre elles lui apportent une cigarette.

Soir. Nous sommes assis autour du fourneau. Dehors on crie dans le porte-voix le nom d’un homme que les fascistes en Grèce veulent tuer. Quand ils l’ont eu tué, on a donné son nom à notre village. BELOYANNISZ.

 

Marâtre patrie, de Mihàlis Ganas
80 pages
ISBN papier 978-2-37177-477-3
ISBN numérique 978-2-37177-163-5
13€ / 4,99€

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