[NOUVEAUTÉ] Ali et Ramazan, de Perihan Mağden 12/09/2017 – Publié dans : Notre actualité – Mots-clé : , , , , ,

Tragédie d’aujourd’hui dans un pays, la Turquie, qui depuis quelque temps n’en manque pas, Ali et Ramazan est un grand livre. L’histoire de deux orphelins dans la précarité et sauvés par l’amour, l’histoire d’une rencontre. Entre les personnages eux-mêmes mais aussi, peut-être même surtout, entre le lecteur ou la lectrice et le récit d’une passion hors normes. Nous sommes très heureux et fiers de le présenter aujourd’hui dans cette nouvelle édition et nous envions toutes celles, tous ceux, qui n’ont pas encore commencé à le lire. Ils s’apprêtent à faire une découverte bouleversante. Vraiment.

Le livre

Ali et Ramazan sont deux enfants. Ils sont orphelins. Ils se rencontrent dans la cour de pierre dans un orphelinat d’Istanbul. Ils tombent amoureux. Depuis leur naissance jusqu’à leurs dix-huit ans, quand ils se retrouvent à la rue. Du service militaire au manque d’emploi, Ali et Ramazan vivent et tentent de survivre dans cette ville qui leur est cruelle. Pas très longtemps. Ils meurent tragiquement. Tout ce qu’il nous reste de ces garçons, ce sont des coupures de journaux que Perihan Mağden ravive. À travers les pages de ce court roman, à coups de phrases brèves, de ponctuation déconcertante et d’émotion, sans jamais tomber dans le sentimentalisme, Mağden redonne vie à ces enfants de la page trois.
Et le génie de Perihan Mağden est de raconter ces vies, parfois trop courtes comme c’est le cas pour Ali et Ramazan, sans pathos ni utiliser de clichés. Perihan Mağden nous montre l’humain et non la victime. Elle ne veut pas que l’on pleure sur le sort de ces personnages, elle nous pousse à nous rappeler que nous sommes avant tout humains.

Ali et Ramazan : une histoire inévitable (postface par Canan Marasligil)

Il serait très facile de penser qu’Ali et Ramazan est un livre sur les droits LGBTQ. L’histoire d’Ali et de Ramazan touche bien entendu de près aux problématiques vécues chaque jour par ces communautés très fragiles en Turquie et à travers le monde. Cependant, le roman de Perihan Mağden nous transporte au-delà de ces questions. Tandis qu’Ali et Ramazan est basé sur un fait divers du début des années 1990, repris dans les journaux à coup de slogans et d’images sensationnalistes, le roman n’est ni de style True Crime – ce genre littéraire réaliste et se voulant documentaire – ni commentaire social. Comme tous les romans de Perihan Mağden, Ali et Ramazan est profondément psychologique, et intensément personnel, comme elle l’explique si bien elle-même :

L’histoire tragique d’Ali et Ramazan m’a hantée pendant des années et des années, parce qu’à un niveau profond et de façon sincère, je me suis associée à ces orphelins. Peut-être même (d’une manière perverse) je me suis identifiée à eux. Lorsque j’écrivais le roman, j’étais Ramazan : pas vraiment Ali, mais tellement attirée vers lui, vers eux. J’avais les photographies de leur scène de crime, leurs clichés anthropométriques, le corps de Ramazan étalé sur le sol : elles étaient sur mon bureau pendant toute la période d’écriture du roman. Elles étaient dans un dossier : pas toujours visibles (cela aurait été trop) ; mais constamment sur mon bureau, me rappelant à quel point leur histoire fut triste, si réelle, si inévitable. 

Après avoir écrit ma dernière phrase, je suis sortie pour marcher. Soudain, je me suis mise à pleurer. Pour eux, pour moi, pour tout et tout le monde. J’ai pleuré pendant une demi-heure – aujourd’hui encore, je suis incapable de lire le roman. Ça me rend tellement triste, ça me trouble tant. Je crois que lorsque nous pleurons pour les autres, nous pleurons aussi pour nous-mêmes ; c’est inévitable. 

Mağden a étudié la psychologie, elle est également une des observatrices les plus perceptives des médias et de la culture populaire en Turquie, et est une chroniqueuse incisive de leurs effets sur la société – dans sa fiction autant que dans ses essais. On peut sentir dans la plupart de ses romans qu’elle a sans doute vécu cette association et l’identification profondes qu’elle décrit plus haut, avec tous ses personnages. Si ses romans peuvent être considérés comme autobiographiques, c’est dans un sens psychologique. Son illustration de la condition humaine – avec ses multiples niveaux ainsi que son style déroutant – provoque chez les lecteurs un sentiment de sincérité qui les fait trembler, tout en laissant la place à ses personnages de respirer et ne jamais devenir des parodies d’eux-mêmes.

Un des défis de traduire l’oeuvre de Mağden est de conserver le rythme de son style d’écriture tellement précis, immédiatement reconnaissable. Son usage déconcertant de la ponctuation est un exemple. Mağden a déjà expliqué par le passé que faire bon usage de la ponctuation est chose bien facile : il suffit de suivre les règles de base – apprises à l’école, ancrées dans les livres de grammaire. « Je n’écris pas pour que ma prof de lycée me donne une bonne note, » dit-elle, « C’est très étrange que les gens puissent considérer, encore aujourd’hui, les écrivains comme des profs à la retraite. » Bien que ses propos soient dirigés vers des lecteurs et critiques conservateurs en langue turque, nous pouvons facilement les transposer à un contexte francophone. Au sein de mes efforts constants de rester fidèle à la voix de Mağden, autant que possible, certains de mes choix de traduction pourraient facilement être condamnés par des lecteurs ayant une perspective conservatrice de la langue française. Heureusement, je travaille avec deux excellents éditeurs et relecteurs à publie.net, Christine Jeanney et Jean-Yves Fick, tous deux écrivains, qui décortiquent avec moi le texte afin de présenter la meilleure version possible en français du roman, proche du texte original et laissant au lecteur son libre arbitre.

À travers son oeuvre, Perihan Mağden raconte l’histoire de ceux que la société oublie, ceux qui se retrouvent dans les gros titres des journaux comme Ali et Ramazan, ou encore les adolescentes angoissées et perdues dans l’immensité de la ville comme les héroïnes Behiye et Handan de son roman Deux jeunes filles. Tous ces personnages sont perdus dans une société intolérante face à ceux qui sont différents ou dans le besoin. Les oubliés et rejetés par le gouvernement, l’armée, leurs parents… L’impact extraordinaire tissé par Perihan Mağden à travers ses personnages, au fil des pages est dû au fait qu’elle nous décrit toujours l’humain, jamais la victime ; jamais elle ne tombe dans du sentimentalisme gratuit ni dans le piège des clichés. Mağden ne veut pas que vous pleuriez sur le sort de ces personnages, elle vous rappelle tout simplement leur humanité, ainsi que la nôtre.

Bien que souvent inscrits dans des contextes sociaux et politiques qui peuvent différer de ce que les lecteurs de son oeuvre en traduction peuvent vivre, les personnages de Mağden portent un langage et un message universels sur la condition humaine. Dans ce sens, l’oeuvre de Mağden est pour moi bien plus qu’une autre – bien que brillante – perspective venant de la littérature contemporaine de Turquie, car elle transcende notre compréhension des cultures à travers une écriture puissante. Perihan Mağden est véritablement une écrivaine du monde, et tout aussi inévitable que fût l’histoire d’Ali et de Ramazan – en réalité et en tant que roman, il était inévitable pour moi de la traduire.

Ils l’ont lu, ils l’ont aimé

 

L’auteur magnifie l’existence passionnée et tragique de deux orphelins stambouliotes ayant réellement vécu, sans pathos mais avec la volonté de témoigner. Et cela grâce à l’emploi d’une langue décomplexée et volontairement ordurière qui sonne juste.

Martin, libraire au Brouillon de culture à Caen.

 

Le roman de Perihan Mağden,“Ali et Ramazan”, paru en turc en 2010, nous transporte dans l’univers de deux très jeunes garçons homosexuels, Ali et Ramazan, tous deux rejetés et discriminés.

(…)

Ali et Ramazan se rencontrent dans un orphelinat d’Istanbul et tout simplement, s’aiment. Leur histoire de vie et d’amour prendra fin le 18 décembre 1992, comme décrit dans les colonnes de la troisième page du journal Hürriyet, sous le titre “Dérapage de nuit : deux morts”,  dérapage,  nuit de débauche, perversité, les mots abjects du fait divers et de l’homophobie…

Kedistan

 

Ali et Ramazan sont Aliéramazan, ils ne font qu’un, tout comme Perihan Mağden ne semble faire qu’une avec eux, et tout comme nous ne faisons qu’un avec eux trois, inévitablement. Un vrai livre de symbiose et de résistance.

Sabine Huynh

 

J’ai été saisie par l’opposition à ce qu’il y a de merveilleux entre ces 2 personnages et ce que la vie leur a réservé de si misérable. D’une part, on est pris dans une spirale de pauvreté et de violence et de l’autre aux sentiments amoureux toujours plus forts des protagonistes.

Shrekspeare, note de lecture à 5 étoiles sur Babelio

 

Destin funèbre de deux jeunes garçons rencontrés à l’orphelinat, en Turquie, de leur amitié naissante et de leurs amours clandestines. La vie de rue, la précarité, le froid et l’absence mais aussi le bonheur des moments partagés, la chaleur des étreintes et des vies passées à cent à l’heure.

Ali et Ramazan présenté par nos soins sur Rue89

 

Extrait en vidéo

224 pages
ISBN papier 978-2-37177-490-2
ISBN numérique 978-2-8145-0762-3
20€ / 5,99€

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