Carnet de bord 2020, semaine 24 14 juin 2020 – Publié dans : Carnet de bord – Mots-clés : , , , ,

publie.net, le feuilleton, à retrouver chaque semaine, par GV

lundi

Mon premier acte fondateur dans cette semaine 24 de l'an de grâce 2020 sera de paramétrer (enfin) un raccourci clavier parfait pour la commande accepter les modifications. Plus de clic droit ni  d'accept change. Juste une combinaison digitale, puisque nécessitant l'usage de deux doigts. Du coup, c'est ce que je fais sur le manuscrit de la Comédie urbaine revu par Sébastien Doubinsky : je cmd a à tout va. Dans l'intervalle, Ahmed Slama m'a également renvoyé la nouvelle version de son manuscrit (titre indéterminé). J'avance donc sur le premier trimestre 2021. Et, comme souvent, je mets toutes les précautions langagières qui s'imposent quant aux deadlines mentales à venir, ce qui prend la forme, dans un mail par exemple, d'un recours excessif à la construction j'essaye de (plutôt que je vais faire) parce qu'après tout on ne sait jamais et que je n'ai pas spécialement envie que des engagements non-tenus de ma part en viennent à me réveiller la nuit par culpabilité, merci bien ; non, la nuit je rêve plutôt que les auteurs avec qui l'on travaille font la couverture de magazines littéraires à succès (c'est un oxymore), ce qui est en soi préoccupant, il faut bien le dire. Mieux vaut s'occuper de notre catalogue de la fin 2020, là en chair et en os :

mardi

Avec Julie au téléphone pour faire un point sur l'avancée des préparatifs de sa tournée parisienne de la semaine prochaine. Elle commence à prendre forme, et c'est encourageant car, compte tenu des circonstances (sanitaires) et de la situation (économique) on aurait pu craindre une entreprise difficile à ce moment de l'année. Mais non, les rendez-vous sont pris, et l'accueil (téléphonique, pour l'instant) plutôt chaleureux, fruit aussi de ces dernières années d'échange régulier ; on ne vient pas de nulle part (du moins c'est ce qu'on se dit). Mais je dois couper court à notre appel : j'apperçois un livreur Chronopost par la fenêtre qui, vu comme il est distancié, s'apprête à me faire une livraison hyper distanciée de la mort en laissant mes colis dans l'ascenseur et en me l'envoyant... mais sans me le dire ! Si je ne l'avais pas aperçu par hasard dans la cour intérieure, mes cartons seraient restés mille ans à faire le yoyo entre les étages. Je ne crois pas qu'on me les aurait volés : les cartons pèsent trois tonnes et les livres, c'est bien connu, ça ne vaut rien. Philippe quant à lui passe d'un coup de vélo me déposer un mot pour mes SP. Un SP, je passe en remettre un à quelqu'un qui est aussi (surprise) un voisin à quelques encablures d'ici. Quand soudain : Sébastien (Doubinsky) annonce la réédition de La comédie urbaine sur les réseaux en incluant la couverture, qui est un work in progress pas fini. Bon, c'est de ma faute, je lui ai donné mon feu vert pour le faire sans lui dire de ne pas leaker la couv. En plus, il y a un hiatus sur la date de parution, que je n'ai pas vu d'abord dans le message d'origine, on donne donc à nous deux deux dates contradictoires. S'en suit quelques minutes de cacophonies internes-externes, et faut-il supprimer les publications ou y répondre et si oui comment. Si j'en parle ici, c'est parce que je sais que Sébastien ne m'en tiendra pas rigueur, qu'au final c'est essentiellement de ma faute, et que de fait la scène est plutôt rigolote, et que par ailleurs c'est un vrai sujet d'édition tabou dans la vie d'un auteur (est-ce que je peux parler publiquement du livre, est-ce officiel ou pas, oui mais et si l'éditeur décide soudain de ne plus faire le livre je passe pour quoi et, justement, j'en passe). Par ailleurs,  comme le souligne Sébastien par ailleurs, il se trouve que c'est une scène parfaitement raccord avec le livre, et typiquement les personnages du roman auraient pu la vivre : Oh là là, ça pourrait être une scène du roman, ça... Et Roxane de l'avertir que cette scène pourrait bien figurer dans le carnet de bord de la semaine (vous le lisez, c'est le cas). Roxane justement : On est des as de la stratégie de communication, ça va faire d'énormes polémiques : comment ça le roman de Seb Doubinsky ne sort pas à l'automne ?! émeutes et larmes, succès garanti. Tutafé.

mercredi

Un spam essaye de nous vendre sa solution BULLBIM. Si j'ignore ce qu'est ou n'est pas une solution BULLBIM je me dis spontanémenent : voilà un chouette titre de livre. La solution BULLBIM, ça claque. C'est intrigant. On veut savoir. Quelle est-elle cette solution BULLBIM, qu'est-elle capable de provoquer chez nous ? Est-ce inquiétant, voire monstrueux (les solutions, dans l'histoire récente, ne sont jamais très glorieuses) ? Ou comique, sarcastique, parodique (non mais BULLBIM quoi) ? On ne saura pas. Mais, de fait, je cherche un titre pour un texte, et ça déforme tout. J'ai noté des pistes dans un carnet mais on pourrait chacune les ranger dans l'une des deux catégories suivantes : celles qui ne font pas titre (et c'est un problème) VS celles qui font titre (et, bien que ça semble être une solution, c'est un problème aussi). Non, la solution BULLBIM, ici, ça risque de ne pas marcher. Mais la solution BULLBIM va peut-être nous permettre de sortir de l'ornière structurelle dans laquelle la chaîne du livre s'est mise (un peu toute seule, on ne va pas se le cacher). La solution BULLBIM, pour ce que j'en sais, c'est peut-être un plan hyper secret qui vise à sauver le livre du marasme. Le livre, d'accord, mais la littérature ? C'est un autre sujet. La solution BULLBIM est peut-être tellement hyperprécise, voire hypercalibrée, qu'on ne peut pas l'appliquer à tout et n'importe quoi, et puis le livre, c'est déjà bien (n'est-ce pas la base de tout ?). Le livre donc. Mais que va donc nous apporter la solution BULLBIM que toutes les tribunes et lettres ouvertes durant le confinement ou après n'ont pas déjà esquissés ? Tout n'est-il pas dit ? Une chose, peut-être, que je n'ai pas beaucoup vu dans les revendications relayées dans la presse. Elle concerne précisément la presse. N'est-il pas temps, en matière de littérature, de délaisser ne serait-ce qu'infimement l'actualité ? De prévoir des espaces de respiration et, donc, d'inactualité ? En clair, de parler du fond, et de ne pas s'interdire des chroniques sur des livres parus ne serait-ce que quelques mois plus tôt ? Ce serait appréciable. On pourait même aller sur des livres vieux de plusieurs années (mais c'est sans doute bien ambitieux).

jeudi

C'est peut-être un détail pour vous mais voilà que je découvre ébahi dans le back office d'Hachette (au look assez vintage, il faut bien le dire) qu'on peut faire une recherche des dernières ventes sans avoir à filtrer en renseignant chaque code article un par un (en se basant sur le relevé de ventes de la veille qui nous arrive par email chaque matin) mais bien en filtrant TOUT sur une date (ou laps de temps) donné(e). Pour ce faire, il suffit d'écrire TOUT en lieu et place du code article, ce qui devrait nous économiser quelques minutes par jour de manipulations rébarbatives et c'est particulièrement bienvenue en ces temps de manipulations rébarbatives. D'ailleurs, mon quotidien du jour est tellement manipulé rébarbativement parlant que je vais switcher sur un autre occupant du glorieux open space publie.net, sis comme chacun sait sur une surface étonnamment étendue qui va de Paris à Montpellier en passant par Lourdes et Toulouse, soit tout de même une surface de ah ah, ne rêvez pas, c'est au-dessus de mes compétences mathématiques , du moins faisables en trois quatre minutes sur un coin de table, bref, Roxane. Roxane envoie un planning ultra carré des prochains mois pour qu'on puisse s'organiser, notamment avec les parutions du premier trimestre, avant de se remettre à Horace pour intégrer l'index vertigineux du tome 2.


Avant cela, elle termine son travail sur la mise en page de La littérature inquiète, c'est-à-dire que c'est pratiquement (mais, comme souvent, tout est dans ce pratiquement) terminé moyennant quelques corrections de dernière minute sur épreuve, ce qui me permet de finaliser une proposition de quatrième à envoyer à Benoît et à l'équipe (et la boucle est bouclée).

vendredi

Fin de la relecture du texte d'Ahmed Slama, à qui je renvoie le manuscrit annoté, commenté, et corrigé. Souvent, à ce stade, il convient de se poser pas mal de questions (et donc de les adresser également à l'auteur concerné) : qu'en est-il de la chronologie ? quand ça flotte, si ça flotte, est-ce voulu ou est-ce subi ? tel parti pris typographique, comment s'explique-t-il ? Etc. Etc. aussi le rapport du mois de mai : mais plus encourageant que celui d'avril (logique). Les librairies ont rouvert, bien sûr, depuis et de fait l'activité via Hachette repart petit à petit (mais sans compter sur Amazon pour les nouveautés, donc). Surtout, les ventes sur site permettent de rattraper le manque à gagner (super sic) qu'a entraîné l'annulation de la Comédie du livre à Montpellier et on fait plus que sauver les meubles, je trouve (on sauve aussi ce qu'il y a dedans). Quant au numérique, les chiffres sont certes retombés par rapport à mars / avril (c'était somme toute attendu) mais ils sont à un niveau plus élevés que ceux du tout début de l'année. Disons-nous qu'on progresse, focalisons-nous sur ça. Et ma foi si l'on termine cette semaine sur une bribe de mail dans laquelle j'écris que je perds des points de santé mentale à vue d'œil, c'est certes en apparence préoccupant, mais enfin on peut sans trop se tromper dire que ça arrive souvent. Et pas qu'à nous.

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