Carnet de bord, semaine 49 6 décembre 2019 – Publié dans : Carnet de bord – Mots-clés : , ,

publie.net, le feuilleton, à retrouver chaque semaine, par GV.

lundi

L'accès au back office d'Hachette se fait de façon sécurisée via un VPN assez restrictif (il faut être sous un certain navigateur, et on n'a pas réussi à le faire fonctionner partout). Ce week-end, tout a changé. L'application utilisée pour la connexion au VPN n'est plus seulement Tartempion mais Secure Tartempion. Même le logo est différent. Le marketing est dans les détails. Impossible pour autant d'accéder à quoi que ce soit. Il faut tout désinstaller, tout réinstaller, suivre le protocole de recherche du lanceur d'application (comme si on s'apprêtait à mettre un satellite sur orbite), échouer, recommencer, échouer mieux, etc. Et désormais, ledit lanceur d'application refuse de garder en mémoire login et mot de passe, et bien sûr comme partout il t'impose d'utiliser certains formats de mots de passe, à en changer toutes les X semaines, si bien que tu n'arrives jamais à en mémoriser aucun. Mais ce n'est pas tout : un nouvel accès, à un autre portail, comprenant de nouveaux identifiants nous ont été transmis pour remplacer les envois de facturation papier. Mais ça ne marche pas. Quand je consulte le manuel en ligne, je tombe sur cette indication : à partir du 8 mars 2004. Puis utilisateurs internes de Macintosh. Une autre vision du futur. Globalement, c'est Sisyphe. Sisyphe aussi chez Philippe qui est en pleine traversée intersidérale de la compta du dernier trimestre (décembre étant toujours à part). Pendant que tout charge, je relis les épreuves papier du Journal du Brise-lames, que, pour la peine, je vous spoile allègrement (à moins que je vous le divulgâche grave ?) :

 

mardi

Texto de Chronopost, probablement vexé par le dernier carnet de bordun évènement nous amène à décaler la livraison du colis XXXXXXXX au 04/12. Ce sont probablement mes hommes heureux, je veux dire les épreuves de L'homme heureux. Du moins, je l'espère. On ne saura pas à quoi correspond l'évènement en question (le camion livraison a-t-il roulé sur un câble malin ?). À la place d'expédier des services de presse, donc, écriture du brouillon de la lettre d'info de décembre (nous sommes précisément en décembre, tout va bien à ce niveau-là). Sauf que là, j'hésite. La dernière fois que j'ai envoyé une lettre d'information, nous avons reçu un courriel de quelqu'un qui nous expliquait être assez étonné de lire dans notre communication un langage inclusif, et que c'était, je cite la personne, la lèpre de la langue. Que dire, désormais ?  Tout le monde semble avoir un avis sur la langue inclusive, et, au-delà, les diverses possibilités offertes à nous pour pratiquer un langage qui ne soit pas exclusif (comprendre, essentiellement masculin). Mais ce qu'on peut faire en matière de communication, on ne peut pas toujours le faire en littérature. Peut-on écrire nos lettres d'information comme nous n'écrivons pas nos romans, nos récits ou nos poèmes ? Doit-on les écrire plutôt d'une telle façon qu'une autre ? En réalité, on ne s'exprime jamais comme autrui souhaiterait qu'on le fasse, à commencer bien sûr par le fait que, parfois, autrui ne souhaite même pas recevoir nos messages (bien que chacun ait fait l'effort, à un moment, de s'y abonner). Quoi faire alors ? User de tournures impersonnelles pour ne pas froisser qui que ce soit ? Tout accorder au féminin pour une fois ? Inventer des mots, ou utiliser les pronoms créés au fil du temps ? S'exprimer sous forme de pictogrammes ou de hiéroglyphes ? Ne pas pratiquer la communication standardisée, de base, et s'en sortir poétiquement par le haut ? Ce qui est écrit sur mon papier restera sans doute sur mon papier, et on ne verra pas toutes les directions que j'ai envisagé de prendre.

mercredi

Au fil des relectures des épreuves du Journal du brise-lames, une interrogation sur une citation de Sylvia Plath que l'on trouve à un moment du récit. C'est une histoire de virgule : savoir si cette virgule en est bien une, et ne serait pas plutôt un point. Il faudrait vérifier dans le livre dont la citation est tirée (c'est un poème qu'on trouve dans l'édition des œuvres complètes en Quarto). Juliette ne l'a pas à portée de main. J'en suis déjà à chercher via Place des libraires dans quelle librairie je pourrais aller checker discrétos ce poème pour que nous soyons fixé sur cette virgule, et que nous puissions dormir tranquille la nuit, et figurez-vous que le livre est en stock dans 50 librairies en ce moment, ce qui est à la fois beaucoup et peu. Dans mon arrondissement, on ne le trouve que dans la librairie Les Champs magnétiques. Quand soudain, je réalise que ce Quarto, je l'ai : il est à un mètre de mois à peine, sur le rayon d'une étagère, et mis à hauteur d'yeux. En fait, il était littéralement en face de moi et je peux donc tendre la main, l'attraper, trouver le poème, vérifier qu'il s'agit bien d'une virgule, et le reposer. Le reste de la journée, littéralement, sera passé dans des tableaux excel à gérer des noms de contact et d'adresse, à mettre des livres dans des enveloppes à bulle pour la presse, avant d'aller à la Poste, d'en revenir, d'y retourner, d'en revenir encore car L'homme heureux est arrivé et que la destruction d'internet n'attend pas.

jeudi

Aujourd'hui, pas de Poste. C'est la grève. C'est un genre de soulagement de se dire, aujourd'hui pas de Poste. Pas de Poste, mais des chiffres. D'abord, ce spam d'une agence de presse discount : Les fêtes de Noël approchent, les journalistes terminent actuellement de sélectionner leurs sujets pour la granderentrée 2020 !  C'est la dernière ligne droite pour, etc. Sur leur site, qui est aussi un brin discount, on peut trouver différents bouquets d'action RP : des produits, somme toute. Dans l'un d'eux, on nous propose de toucher 2000 journalistes. Dans un autre, plus cher, la même chose mais en plus 30 journalistes sont relancés par téléphone soit 30% de résultats en plus constatés dans les grands médias. Quid des petits ? Et surtout, comment détermine-t-on quel(le) journaliste on relance par téléphone puisque dans l'opération, entre les 2000 du débuts, et les 30 de la fin, on en a quand même perdu 1970. On ne saura pas. Ce qu'on sait en revanche, c'est que grâce au rapport de novembre, notre taux de retour décolle. Pourquoi ? Contrairement à ce que nous pensions il y a quelques semaines, ce n'est pas lié à une rencontre de 2017 dont on nous renverrait les invendus. C'est plus simple. Mais, étant plus simple, c'est aussi un brin compliqué (j'écris compliqué pour n'avoir pas à écrire révoltant). C'est l'Amazonie dans toute sa splendeur. Fin août, ils nous commandent 42 exemplaires d'un titre de la rentrée. Deux mois et demi plus tard, ils en retournent 40. Pour en vendre deux, ils en détruisent (ou plutôt, en font détruire) quarante. Rappelons qu'il s'agit d'impression à la demande. On a donc imprimé 42 exemplaires spécialement pour qu'ils puissent en retourner 40 deux mois et demi plus tard (déduire la durée de vie d'un livre dans ces grands groupes n'est pas difficile en partant de cet exemple). À l'origine, nous avons accepté les retours pour permettre de faciliter le placement en librairie indépendante. Quand on regarde les chiffres, sur l'ensemble de l'année, Amazon nous a retourné plus de livres à eux seul que l'ensemble des librairies indépendantes de France. Que s'est-il passé cette année ? Jeff Bezos a-t-il dû régler un coûteux divorce (plusieurs dizaines de millards de dollars) ? Oui. A-t-il été doublé dans sa course en solitaire contre le reste du monde pour être le plus riche de tous ? Oui, brièvement, par Bernard Arnault, dixit Challenges. Du coup, on se sent un peu mieux de se dire que nos quelques retours, à notre niveau, ont pu l'aider à revenir aussi sec sur la première marche du podium en décembre. Joyeux noël.

 

vendredi

Aujourd'hui, je peine à trouver quelque chose à dire dans ce Carnet de bord. Non pas qu'il ne se passe rien, mais il ne se passe rien de transposable dans le récit (et ce n'est pas tout à fait la même chose). Ce qui se passe le plus clair du temps , c'est une  fuite en avant : déplacer dans un planning ailleurs ce qu'on pensait pouvoir faire aujourd'hui, mais que l'on se retrouve, pour X raisons d'ailleurs, à ne pas pouvoir faire finalement. Ou bien encore, expédier aujourd'hui ce qu'on n'a pas pu posté hier. Écrire un brouillon de quatrième de couverture pour La ville soûle et Va-t'en, va-t'en, c'est mieux pour tout le monde, et se promettre d'y revenir plus tard, mais ne pas y revenir finalement, et n'avoir plus le temps de, ou alors ne pas se satisfaire d'aucune des pistes qu'on a trouvées. C'est comme la lecture de manuscrits en définitive : on se sent tout de suite très Boucle d'or et les trois ours car ça ne va jamais : ce texte-là est trop court. Celui-ci est trop long ! Là, le recueil n'a pas beaucoup d'identité. Mais là, on répète un peu toujours la même chose. Là, oui il y a quelque chose, mais enfin est-ce que ça nous ressemble vraiment ? C'est trop éloigné de nous. C'est tellement proche de nous que ça me dérange quelque part : on l'a déjà trop fait. Bref, on est insupportable (je dis on pour muscler mon je).

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