Carnet de bord, semaine 33 18/08/2019 – Publié dans : Carnet de bord – Mots-clés : , , , , , , , , ,

publie.net, le feuilleton, à retrouver chaque semaine, par GV.

 

lundi

Je dois organiser ma semaine de manière à terminer le travail sur Barbe bleue (c'est un nom de code) vendredi au plus tard. Ce n'est pas la première passe, le texte a déjà été lu plusieurs fois, par moi-même et par d'autres, au début de l'année et au printemps. Nous avions alors pointé ce qui nous apparaissait comme des failles dans le roman, des pistes pour le réécrire, et l'auteure m'en a transmis une nouvelle version en début de semaine dernière. En ce qui me concerne, c'est donc la troisième lecture. Là, on est au plus près de petits détails tels que le placement d'une virgule, la composition d'un paragraphe, ou bien remettre en question tout ce qui, dans l'écriture, pourrait paraître gratuit. Mais aussi des choix beaucoup plus stratégiques (sic) comme par exemple l'incipit : comment on va entrer dans le texte. Si je devais le décrire en quelques mots à quelqu'un, je dirais que c'est un thriller de littérature blanche (sic sic) qui se déroule dans le monde de l'art contemporain. Que d'italiques. C'est un roman de bonne facture, plus de 50 000 mots (ou 300 000 signes) : 170 pages dans le traitement de texte. Calculs, calculs : si je veux arriver à bon port à la date que je me suis fixée, il faut que j'avance au rythme de 30 pages par jour environ. Soit autant que jeudi et vendredi de la semaine dernière (certes en ne faisant pas que ça, mais tout de même). Là, il faudra donc nécessairement y être (comme on dit d'une région ou d'un pays comme peut y être quand on y passe quelques jours) matin et après-midi. Ça me va. Là, on est effectivement au plus près du texte. Je vais chercher dans un dico cohorte. Je vais chercher mirifique. Pour voir toutes les nuances. J'en suis donc à m'assurer du sens des mots.

 

mardi

Il y a des petits plaisirs infimes dans la vie. Par exemple, ne changer son mot de passe pour l'accès au VPN Hachette qu'à la dernière minute et voir s'égrener les messages automatiques de relance. Là, arrivé au graal des messages : votre mot de passe expirera dans une heure. Il m'en faut peu. Ou encore : remettre à plus tard ma commande de 300 enveloppes à bulles, jusqu'à la dernière ligne droite. Procrastiner donc. Celle-là, je l'ai passée hier et la voici déjà en bas de chez moi. C'est donc un livreur qui t'appelle pour que ce soit toi qui l'attendes et non lui. Il me fallait surtout des formats Cabane comme on dit. Ou encore : voir Passions, le livre de Nicolas Sarkozy jadis en tête des ventes (début juillet, c'était il y a mille ans) dégringoler du classement des meilleures ventes GFK à vitesse grand V. Il est quand même huitième. Bientôt, il sortira du top et j'aurai peut-être de la peine pour lui. Quoi d'autre ? Voir que la semaine, en terme de ventes Hachette, part sur des bases normales et non sur des chiffres atones, alors même que c'est censé être la semaine la plus molle de l'année (15 août oblige). Est-ce que chercher pendant quinze minutes un livre au mauvais endroit (et fatalement donc ne pas le trouver) fait partie de mes petits plaisirs de la vie quotidienne ? Non. Est-ce que je le fais néanmoins ? Bien sûr ! Et je finis par mettre la main dessus pour préparer un envoi destiné à un prix dont on se dit bien, lors de l'envoi, qu'on a autant de chances que d'autres de figurer, au moins, dans une sélection. À la Poste, les stagiaires d'août sont là : je ne crois pas que ce soit le genre de colis qui se dépose à la Poste... Les logos de la Poste et de Colissimo partout pourraient nous donner des indices qui nous incitent pourtant à le croire. De retour sur le manuscrit de Barbe bleue, je pointe parfois ce qui m'apparaîtra comme des tics de langage. Mais qui va venir commenter mes commentaires pour souligner mes propres tics de langage quand j'en suis à annoter le texte d'autrui ? Par exemple, je dis souvent qu'une phrase est inconfortable (euphémisme pour maladroit), que telle ou telle suite de sons n'est pas très heureuse (euphémisme pour ça ne fonctionne pas) ou que tel choix esthétique (par exemple trop d'adverbes) pèse sur le texte.

mercredi

Je ne sais pas si c'est dû aux innombrables commentaires que je laisse dans mon sillage en marge du document, mais Libre office (qui est juste une catastrophe niveau stabilité sur Mac) en est à ramer dangereusement chaque fois que je fais un geste. Je dois donc faire attention à chaque avancée dans la page, à chaque fois que je déplace le curseur et, cela va sans dire, à chaque fois que j'ajoute un nouveau commentaire. J'ai envie de dire, c'est de ma faute : je n'avais qu'à ne pas surcharger ces pages d'autant de petites pastilles jaunes. Mais on est dans ce moment d'hyper-malléabilité d'un texte où on peut (non, on doit) tout dire, même si tout ne servira pas nécessairement à l'auteure, qui devra faire le tri en fonction de son rapport au récit, de sa vision du récit. Mais alors, si je commente autant, c'est que le texte n'est pas bien ? Pas du tout : puisque je ne commente que sur une petite proportion du texte (10% ? 15% ?), c'est bien que tout le reste fonctionne. Tout roule donc. Là, plusieurs choses reviennent : varier les tournures de phrase (on est dans une enquête, ne pas hésiter à utiliser régulièrement des formes interrogatives), clarifier certaines situations et faire confiance au lecteur en laissant des éléments de l'intrigue hors champ. À première vue, ces deux derniers points peuvent paraître contradictoire mais c'est une question d'équilibre : être assez rigoureux sur des passages permettant l'articulation entre les parties, et resserrer le cadre sur des éléments centraux du récit pour inciter le lecteur à s'imaginer par lui ou elle-même ce qui se déroule en-dehors du champ de la narration.

jeudi

Le travail autour du recueil de Fabrizia Ramondino se termine doucement. À part Philippe, qui lit et traduit l'italien, nous sommes intervenus (Virginie Gautier, Jean-Yves Fick et moi-même) sous la forme le plus souvent de questions. Comme l'écrit Virginie dans l'un de ces mails, comme dans n’importe quel travail éditorial finalement, l’auteur (ici la traductrice) a le dernier mot. Puis elle ajoute : Nous voulons juste comprendre. C'est exactement de ça qu'il s'agit, comprendre. Ailleurs aussi, nous en finissons : Amnésie du présent, après plusieurs relectures, approche du bon à tirer. Celui de Pur sang, le dernier volet de la tétralogie Al Teatro est là, nous allons pouvoir déposer les fichiers à l'imprimeur dans les jours qui viennent. Avant cela, déposer les métadonnées auprès d'Hachette (et finalement toutes ces étapes se répètent de semaine en semaine). Les Sonnets à Orphée sont, eux, déjà chez l'imprimeur, tandis que Riposte digitale y est passé en production hier, j'ai pu en commander les épreuves. Cette semaine, nous sommes donc la tête dans le guidon,  moi dans le Barbe bleue, Roxane dans cette cascade de livres qui se déploient sous diverses formes avant leur vie de produit imprimé. Dans l'après-midi, Antonin me signale ce message sur son blog que j'ai plaisir à découvrir. Car en définitive, ces livres, c'est pour ce genre de moment qu'on les faits.

vendredi

Après avoir bouclé la relecture des dernières pages de Barbe bleue, qui m'aura occupé quasiment toute la semaine, j'envoie la version annotée du manuscrit à l'auteure, que j'accompagne d'un mail explicatif. Par rapport à la première version du texte, je crois que nous avons beaucoup avancé. Et, si nous ne sommes pas encore au bout du voyage, on s'y rapproche lentement. À un moment j'écris : globalement toutes les descriptions d'œuvre sont un régal. C'est, effectivement, l'un des gros points forts du texte. Viendra ensuite le moment de renouer avec la lettre d'information. D'abord, c'est un brouillon écrit à la main aujourd'hui (I) Le temps ; II) L'espace ; III) Achetez-nos livres svp), qui aura le temps, justement, d'être oublié pendant le week-end, et repris lundi pour la mise en place de tout ça dans Mailchimp. Et un envoi prévu mercredi, jour de la parution d'Au canal.