Carnet de bord 2019, semaine 17 28/04/2019 – Publié dans : Carnet de bord – Mots-clés : , , , , , , , , ,

publie.net, le feuilleton, à retrouver chaque semaine, par GV.

lundi

 

Comme souvent un jour férié, quand je ne suis pas ici ou là, par monts et par vaux, ou autres expressions désuètes, je me retrouve à me dire, est-ce que je travaille ou pas ? La plupart du temps je trouve un compromis en ne faisant que des tâches positives (mais qu'est-ce donc ?), comprendre rien de rébarbatif. Là, ce sera mettre un peu d'ordre dans les manuscrits en cours de lecture dans notre application de gestion cabine de téléphone rouge : je crée des balises Intéressant ! et À suivre pour que ce soit plus clair (et j'ai l'impression d'avoir inventé l'eau tiède). Surtout, je me replonge très vite dans le manuscrit remis hier soir par Xavier Briend, dont le titre a pas mal oscillé ces dernières semaines et qui se fixe finalement sur Ambiance garantie. Quand on me demande de façon informelle de quoi parle le livre, voici ce que je réponds : c'est un roman parodique sur des gens qui ne se comprennent pas. Comme dans la vie, quoi. La quatrième de couverture s'écrit toute seule ! Là, c'est ma troisième lecture et je suis très heureux de découvrir les passages modifiés : plus clairs, mieux construits et plus équilibré. Pourquoi le planning est-il serré ? Nous voulons faire paraître le livre à la rentrée, et comme toutes les parutions de la rentrée dite littéraire il convient de respecter un certain nombre de délais propres à la profession : par exemple avoir des exemplaires presse avant l'été si on veut que les journalistes puissent lire le livre pendant leurs vacances (et, oui, on veut). L'autre impératif intervient de plus en plus tôt chaque année : le dossier de Livres hebdo consacré aux romans de la rentrée est préparé plusieurs mois à l'avance et il faudra que nous puissions envoyer nos argumentaires d'ici début mai. L'an dernier, la deadline était mi-mai. Bientôt, de fil en aiguille, nous devrons annoncer nos titres pour la rentrée avant même que la précédente soit passée. Et le moment est venu d'écrire c'est comme ça, je pense. Sur un autre fil, nous apprenons qu'un texte que nous avions beaucoup aimé sera finalement publié par un autre éditeur (c'est le jeu). Mais cela ouvrira certainement des perspectives dans le futur.

 

mardi

 

Un spam altruiste comme tout nous invite à faire le plein de nouveaux clients, n'est-ce pas chic ? Si je pense au mot chic, c'est qu'il se retrouve à un moment donné dans un dialogue de L'épaisseur du trait et je me dis, si je n'avais pas travaillé sur ce livre, je n'aurais pas spontanément pensé à ce mot, ce qui, en soi, précisément, l'est (chic).

— En tout cas c’est chic de me recevoir, Eugène.
— Tu as déjà dit « c’est chic » tout à l’heure, Ivan.
— Il a des expressions un peu comme ça, fais pas attention.
— J’ai des expressions comment ?
— Fais pas attention.
— Ce soir mon impasse avait disparu, je ne savais pas où aller. J’ai demandé à Alexandre si on pouvait rester ensemble et il m’a dit qu’il allait chez toi, alors il m’a proposé de venir aussi. Vraiment, c’est chic, parce que sinon je serais resté tout seul dehors.
— C’est quoi cette histoire d’impasse qui disparaît ?
— C’est à cause du plan, Eugène. Ivan a des problèmes parce que sa rue est mal dessinée. Un peu comme toi avec la pliure.
— La pliure ?
— La reliure du plan passe juste là, entre le salon et les chambres. J’explique pour Ivan. Ses parents n’en peuvent plus. Moi, je trouve que ça va ; il y a pire. Surtout par rapport à toi, avec ton impasse.

Je termine ma relecture de Ambiance garantie puis compare les passages "à problème" de la version précédente (le manuscrit en est à sa V8) pour voir dans quelle direction ils sont allés. Mes précédents commentaires datent de fin février, par exemple là j'écrivais qu'il fallait que le « wesh » soit perçu comme une virgule ou bien qu'ici c'était peut-être un peu too much. Et d'autres questions qu'on se pose, la plupart du temps fascinantes, comme par exemple : est-ce bien un imparfait du subjonctif ici et pas plutôt un passé simple ?  Pourquoi des guillemets ici et pas là-bas ? Est-ce que ça se dit, "dudit" ? Ou sinon écrit-on euh ou bien euh ? (Quelle vie). Ensuite, ce sera vérifier les variantes orthographiques pour des mêmes mots et écrire uniformiser un peu partout. Ça, c'est une application qui le fait pour moi, je ne fais qu'ajouter les commentaires dans le manuscrit. L'application fournit également une liste de mots inconnus et on pourrait s'amuser, pour chaque livre que l'on publie, à proposer un genre de nuage de tags des mots inconnus qu'il comporte (ce qui serait, en soi, une porte d'entrée parallèle et ludique dans le livre). Quelques exemples ici  dans Nouvelles de la ferraille et du vent.

Préparation d'une commande pour l'étranger, ce qui implique tout un tas de déclarations douanières pour l'accompagner (licence, certificat, facture, n° tarifaire...), ce qui prend un certain temps surtout quand on se retrouve comme moi à fermer par erreur le mauvais onglet et donc devoir TOUT RECOMMENCER DEPUIS LE DÉBUT mais tout va bien, on reste zen (non). Plus sérieusement, les envois dans certaines zones hors UE impliquent des frais de livraison prohibitifs (Suisse ou Canada notamment), là en l'occurrence ce sont des frais de port qui seront plus élevés que le seul prix du livre. Pas réellement de solution à cela pour l'instant, à part peut-être pour le Canada l'impression direct via Lightning Source aux États-Unis et envoi par un prestataire américain (mais ça fait des années qu'on nous l'annonce, c'est toujours sur le point d'être mis en place). On ne désespère pas, ceci dit, et si j'en crois mon planning il me reste précisément 13 minutes pour jeter sur un papier les différents sujets et questions que je voudrais aborder lors de la soirée de lancement Nouvelles de la ferraille et du vent demain soir au Monte en l'air, que j'animerai. Pendant ce temps, à quelque chose comme 679 km de là, Roxane est dans Michelet.

mercredi

 

Pour la sortie de Je les revois aujourd'hui, je cherche en vain à caser une phrase que j'aime beaucoup dans mon article de présentation du livre, et qui pour une raison qui m'échappe n'arrête pas de me revenir, peut-être parce qu'elle symbolise assez bien ce que veut faire ce livre, je pense, à savoir aller au-delà des limites (ici de la physique, là du temps) pour chercher des correspondances. N'est-ce pas ce que nous tentons tous, dans nos lectures, dans nos recherches, dans nos écritures, de faire ? Voici cette phrase, qui est en réalité une proposition entre parenthèses (je souligne) :

N’osant pas se qualifier lui-même de chercheur ou de scientifique, il invente un type de discours plus informel, mi-philosophique, mi-poétique, mi-scientifique pour exprimer ses sensations (ça fait trois mi mais s’agissant de licences poétiques, il est des quarts partagés).

Aujourd'hui, c'est aussi un grand jour pour les Nouvelles de la ferraille et du vent : Hédi Cherchour est l'invitée de Pauline Baduel pour son émission "Ta Page" sur CliqueTV. Ce sera une demi-heure d'émission centrée sur son écriture, ses personnages, ses univers, le tout sur le ton de la conversation et entrecoupée de quelques références musicales, clips, et lectures du livre ici et là. Nous sommes dans les anciens locaux de Radio Nova et avant cela, il y a cette scène cocasse au cours de laquelle on vit une espèce de coïncidence bizarre qu'on pourrait précisément retrouver dans un Je les revois : je suis là à attendre l'arrivée d'Hédi, pendant que deux mecs attendent juste à côté l'ouverture d'un café dans lequel ils travaillent, ils croient que c'est également mon cas, une conversation se noue, ils me demandent si j'attends bien Eddy (le gérant du bar s'appelle Eddy), et moi j'attends Hédi, bref, voilà, on y est, c'est le quiproquo mesdames et messieurs, et des scénarios de sitcom ont été écrits pour moins que ça ! L'émission, quant à elle, sera diffusée le 19 mai.

Le soir, ce sera donc le lancement au Monte en l'air, et une conversation entre Hédi (et non Eddy) et moi, le tout parsemé de moments de lecture. Dans la foulée de l'enregistrement de l'émission, je lui avais demandé ce dont elle voulait parler, voilà ce qu'elle me répond : les violences policières, l'exil, la musique (le jazz, l'opéra), le décor, le cinéma. Tout est enregistré mais rien réécouté encore. Il faudra remonter ça un minimum pour en faire de petites pastilles sympa (un mot dont j'ai abusé ce soir). Derrière, c'est un pot en terrasse au vin blanc et au nectar de kiwi.

jeudi

 

Au cours de la cérémonie consacrée à Dominique Dussidour au Père Lachaise, Cécile Wajsbrot lit un extrait des Petits récits d'écrire et de penserLe voici :

Je suis partie récrire le chapitre deux d’un roman.

Il y avait les arbres dans la campagne, des poulains de l’autre côté de l’étang, des canards bleus, des moutons, des bagarres entre un chat sauvage et deux chattes, un chien endormi.
Dans le grenier, trois tableaux en cours.
Je ne voyais presque rien.

Il y avait un rossignol la nuit, des paons et des oies le jour.
Je n’entendais presque rien.

Tout se défilait à moi.

Quand j’ai eu fini de récrire j’ai écrit ce texte.
Il dit quelque chose de pas inexact de l’acte d’écrire.
Il dit quelque chose de quand je récris un chapitre de roman.

Écrire à partir de là où le corps est en extrême proximité de soi quand on n’écrit pas.

Corps qui enfle et désenfle selon séquences de travail, respiration qui traverse ventre cou dos puis se jette dehors

corps qui allonge ses terminaisons jusqu’au noir qu’il touche

pas le mettre à regarder
ni à écouter

le renoncer

le déplacer sous atmosphère de vide jusqu’aux épaisseurs et profondeurs de frondaisons/extractions d’un statut du réel qu’on conduira en force
avec délicatesse
vers les-mots-qui font présence qui font sens et qui font sons annonçant ne pas connaître plutôt que connaître.

Entre et sort de ce corps
quelque chose d’écrire.

Le savoir quand on écrit
au petit matin
petit nœud au bout des doigts

pas trop éloigner le corps de son axe
vite battu
vite las perclus absent

à retourner les flèches on s’esquinte la peau

personne au singulier
pluriel de la visitation

langue du roman
qui
claque

dire
ce que je ne sais pas dire plus exactement.

Laurent Grisel a lu lui un extrait de S.L.E. paru à la Table ronde en 2012. On peut retrouver en chantier ces récits (d'écrire et de penser ou liés à l'Algérie) sur la rubrique que lui consacre remue.net. Et, donc, continuer à lire Dominique Dussidour.

 

vendredi

Le mois n'est pas encore tout à fait terminé, mais ce mois d'avril nous permettra d'atteindre, et même de dépasser, le chiffre d'affaire mensuel le plus élevé de nos ventes de livres en librairie via Hachette (ce n'est pas rien). Cela demande beaucoup d'efforts, de travail, de suivi, et rien n'arrive pas hasard. Continuer alors. D'autant que nos livres phare du printemps commencent à être lus. Ici, deux lectrices enthousiastes des Nouvelles de la ferraille et du vent :

Nos livres à venir, eux, se dessinent. C'est-à-dire que, littéralement, ils commencent à apparaître. La couverture de Paysage augmenté est là, la voici dépliée. Une invitation au voyage et aux cartographies littéraires.