[NOUVEAUTÉ] ThTr, Amin Erfani, JY : du théâtre contemporain ! 06/04/2015 – Publié dans : Notre actualité – Mots-clé : , , , , , , , , ,

Lancement d’une nouvelle collection sur publie.net : une collection consacrée au théâtre contemporain, dans toutes ses formes – manuscrits pour la scène ; textes théoriques et critiques ; monographies ; essais ; entretiens…

L’édition théâtrale souffre peut-être davantage que d’autres, dans un contexte qui est déjà à l’essoufflement. Cela tient sans doute à la fragilité même de sa nature, où le théâtre appelle avant tout à la scène, où le texte n’est qu’une part de son geste. Et si on ne possède que des fragments d’Eschyle, si les pièces classiques du XVIIe s. ont d’abord été des copies pirates, si l’édition même de ces derniers n’avait souvent pour but seulement que de les devancer, c’est aussi autour du théâtre qu’on s’est posé avec tant d’acuité la question de l’écriture non pas seulement en terme de droits (mais la naissance de l’auteur lui est contemporaine, pas de hasard dans des époques où il s’agissait aussi d’assigner un texte à un garant), mais aussi symboliquement : l’espace de la scène paraît celui de la diffusion des sens, là où tous ceux qui sur le plateau disent je est précisément l’endroit où l’auteur s’absente de ce je pour le confier.

Aujourd’hui, la fragilité touche à l’économie du livre même : et davantage. Textes peu sûrs de la scène ; textes recomposés au plateau ; textes collectifs nourris d’improvisations et de montage ; textes en forme de note de régie ; textes partitions – partout, dans les écritures les plus vives de notre théâtre, le texte résiste à la scène et au texte lui-même, se pose en défi aux acteurs, à l’écriture.

Mais à côté de cette vivacité qui bouleverse, peu d’éditeurs aujourd’hui pour les accompagner – le temps est partout à la fragilité, et évidemment, on peut comprendre que beaucoup s’appuient sur ce qui déjà est consolidé. Puis, quand un texte paraît, c’est souvent pour accompagner des spectacles déjà financés, produits, joués. Quid des textes en attente d’histoire, comme disait H. Müller ?

C’est un cercle impossible dans lequel la création tend à s’enfermer : les textes qui devraient appeler à la scène ne sont pas publiés parce qu’ils n’ont pas de scène où jouer : et sont joués seulement des textes déjà aidés, ou installer. Comment des écritures peuvent-elles émerger ? Il y a des festivals pour de jeunes écritures, et des paris sur des scènes ouvertes : elles existent. Mais les textes ne sont pas pour autant diffusés.

Quand ils le sont, c’est deux ou trois ans après leur écriture. On est déjà ailleurs, plus loin.

Triple enjeu : faire entendre et lire des écritures ; faire circuler des textes ; appeler à la mise en relation des écritures et des scènes. À ces enjeux se superpose celui de mettre ces textes en réflexion : cette création en perspective. La collection publiera ainsi des textes théoriques et critiques dans cette visée : que la création n’a de sens que si elle permet aussi de rendre lisibles les champs de force qui la constituent et qu’elle met en chantier.

C’est pourquoi on s’attachera à défendre des textes par la diffusion, mais aussi l’appui : accompagnement par des lectures / performances ; soutien à la création de sites d’auteurs ; présentation lors de festivals… Cet été, lors du festival d’Avignon, une présentation de la collection est d’ores et déjà prévue avec des lectures dans le cadre du projet qui associe L’Insensé, site de critique sur les arts de la scène, et la BNF Maison Jean-Vilar. Je présenterai également la collection et les enjeux des écritures théâtrales numériques lors d’un colloque à Strasbourg sur les écritures contemporaines, le 15 avril. Plus d’informations bientôt.

Réponse politique, donc – qui est le sens de cette collection : ou comment certains textes, de création ou d’essais, peuvent nous permettre de nommer ce que sont les secousses de notre présent, et de forer les failles ou d’approfondir les territoires, d’organiser les forces pour le monde qui vient, qui est là déjà.

La collection ouvre ses portes aujourd’hui. Plusieurs textes en préparation : on y reviendra. Chaque texte est accompagné d’une courte introduction par un lecteur. En avril, deux textes pour le plateau sont proposés : Jusqu’à ce que, première pièce de JY. (préface de Claude Régy) ; et Figures Nues, des monologues de l’écrivain et traducteur Amin Erfani, avec une préface de Valère Novarina.

Je codirige cette collection avec Christophe Triau, enseignant et dramaturge. Une page dédiée à la collection est d’ores et déjà ouverte. Merci à Roxane Lecomte pour l’invention graphique et la préparation éditoriale – et à Gwen Catalá et toute l’équipe de Publie.net, pour les risques pris, et la confiance donnée.


Ci-dessous, texte de présentation de la collection ; et l’avertissement au lecteur rédigé pour son texte par Amin Erfani, manifeste pourrait valoir pour les textes que l’on défendra.



« La collection ThTr publie des textes pour le théâtre aujourd’hui — matériaux pour la scène, essais, critiques, monographies, entretiens… ThTr défend des textes qui affrontent notre présent ou le questionnent par le théâtre : des écritures pour qui le théâtre n’est pas un espace de plus, mais un territoire qui rend plus brûlantes encore ces questions, l’urgence du présent dans la mise à l’épreuve du passé, la possibilité de reprendre possession de ses forces et de le réinventer. »

Arnaud Maïsetti et Christophe Triau

 



« L’écriture théâtrale qui définit ces textes n’est aucunement régie par les lois du genre dramatique. Elle opère au contraire à la genèse de l’écriture, quelle qu’elle soit. Traversée d’énoncés performatifs plutôt que mimétiques, elle œuvre davantage à jeter de l’ombre, par sa simple énonciation, que de la lumière sur le propos de son énoncé. Elle appelle la matérialité immédiate de la langue plus qu’elle ne cherche à s’effacer par transparence linguistique. Cette théâtralité rappelle aussi le lien le plus intime qu’entretient l’écriture à l’art plastique. Elle conjure la plasticité de la langue originelle, fébrile, parsemée de nerfs, lésée de part et d’autre, sensible. Elle manie la matière de la langue pour mieux la travailler du dedans. Après Artaud, Novarina, ou peut-être même Koltès, il n’est plus question de refouler la dimension profondément tactile de l’écriture, autant sur le plan lexical que syntactique. Il y a surtout urgence à affirmer cette pression subie par la langue qui bute contre ce qui ne cesse de lui résister. L’écriture se façonne alors par cette résistance intérieure, adoptant une forme et une texture toutes singulières, par éruptions rythmiques, successives, imprévisibles. »

Amin Erfani, pour présenter Figures nues

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