[NOUVEAUTÉ] La Vie verticale de Lou Sarabadzic 05/10/2016 – Publié dans : Notre actualité – Mots-clé : ,

C’est un livre à la fois tendre et fort qui paraît aujourd’hui alors tenez vous prêt. Très grand plaisir de le partager avec vous, vraiment.

La narratrice de La Vie verticale n’a pas de nom mais dit je. C’est un combat en soi. Partie vivre au Royaume Uni (littéralement sur une île, donc), elle voit son parcours prendre un tournant littéraire lorsqu’il s’agit pour elle de s’éveiller au monde et à elle-même dans une langue étrangère.

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Premier roman hypersensible à la langue à la fois cadencée, drôle et chaleureuse (tout cela à la fois, c’est rare), La Vie verticale est un livre en plongée. Plongée dans la vie d’une jeune femme arrivée à un tournant de son existence, plongée dans l’âge adulte, plongée dans une vie d’expatriée. En plongée, surtout, dans la lutte menée, d’abord seule, puis moins seule, contre les troubles du comportement (TOC). Comment mieux vivre quand on ne sait pas encore qu’on va mal ? Comment guérir par la parole quand on se retrouve exilée hors de son propre langage ? Quelle place accorder au travail dans la frénésie de nos vies contemporaines ? Toutes ces questions traversent La Vie verticale comme autant de fractures. Et tous les âges (passés et présents) se succèdent pour dresser le portrait d’une figure fragmentée.

À huit ans, on a cru que j’avais un problème de surdité. Je faisais trop répéter les gens.
À dix ans, on a cru que j’avais un problème de vessie. J’allais toujours aux toilettes avant de partir. Même si je venais d’y aller trois minutes avant. Si quelqu’un disait : « on y va », je devais y aller.
À douze ans, on a pensé que j’aimais bien emmerder le monde.
À quatorze ans, on a cru que je faisais des insomnies.
À seize ans, on a cru que j’avais un organisme capable de ne jamais grossir, même en mangeant des pizzas froides ou des tranches de pain à chaque repas que je me préparais seule.
À dix-huit ans, on m’a félicitée de réussir aussi bien.
À vingt ans, on a loué ma persévérance.
À vingt-deux ans, on a dit qu’en fait j’étais juste têtue comme pas possible, que ça en devenait chiant à la fin.
À vingt-quatre ans, j’ai cru moi-même que c’était juste de la volonté, de l’ambition, et un rapport constructif au stress.
À vingt-six ans, on a cru que j’étais addict au travail.
À vingt-huit ans, je suis née presque adulte en lettres étrangères.

On le lit dans le livre, c’est écrit en italique (en italique, tout est plus vrai) : I suffer from OCD. I’m so sorry. On l’a dit, La Vie verticale est le récit de ce combat. Roman éclaté qui alterne les phases de narration et les séances de thérapie (dans le livre papier on retrouvera ces séances retranscrites sur des pages noires), sens de lecture bouleversé (le livre numérique, lui, vous proposera de suivre l’ordre du texte éclaté ou l’ordre chronologique des scènes selon votre convenance par l’intermédiaire d’un interrupteur à actionner en fin de chapitre, voir capture ci-dessous), déconstruction des pages qui vire à l’écriture poétique, extraits de paroles extérieures intégrées à même la page…

vvnumLe texte a tout absorbé (c’est aussi la grande force du roman), accordant toute sa place aux fêlures qui dessinent le relief  des voix et des personnages qui habitent le récit. La narratrice, mais aussi (surtout), celles et ceux qui l’aiment, l’aident, la soutiennent, l’observent, lui parlent, la comprennent (ou pas).

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Par son approche bienveillante de sujets difficiles, par la singularité de sa langue et ses partis-pris d’éclatements narratifs, Lou Sarabadzic parvient à peindre avec chaleur le tableau glacial de l’égarement au plus profond de soi.

À mon avis son problème c’est juste qu’elle devrait se concentrer quand elle fait quelque chose. Elle a l’air toujours ailleurs. La dernière fois, elle a dû retourner deux fois dans son bureau pour aller chercher ses marqueurs, les étudiants attendaient. Ce n’est quand même pas compliqué de commencer un cours à l’heure, si ? Surtout qu’elle est à la fac dès neuf heures, tous les matins. Et elle est la dernière à partir, le soir. L’autre jour, je suis partie à vingt heures, elle y était encore. Je pense qu’elle traîne sur Facebook ou Twitter au lieu de bosser correctement dès qu’elle arrive. J’ai vu dans un magazine que c’était un fléau pour la productivité, et pas qu’en Europe, hein. Moi c’est bien simple j’interdis ces sites à mes enfants. Enfin j’ai aussi entendu dire que certains jeunes restaient tard au bureau pour payer moins de chauffage chez eux, et apparemment chez elle il fait un froid de canard, rapport aux plafonds de trois mètres de haut – tu savais qu’elle habitait dans une maison victorienne ? Je ne sais pas, mais comment ton bureau peut devenir ta deuxième maison ? Moi je t’assure avec les enfants qui m’attendent ce ne serait pas possible. Qui leur préparerait à manger, non mais sérieusement ?

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