[NOUVEAUTÉ] « Laques », de Gabriel Franck 18/09/2015 – Publié dans : Notre actualité – Mots-clé : , , ,

Grande fierté aujourd’hui de proposer la parution de Laques, roman fantôme de Gabriel Franck. Pourquoi fantôme ? Car il s’agit d’un récit écrit dans son incomplétude même, la moitié des pages du livre étant volontairement manquantes, plongées dans un silence qui accompagne et rythme la lecture. Ce texte, qui peut être lu dans n’importe quel sens et dans le désordre le plus aléatoire, est ici proposé en deux versions : une version interopérable lisible sur n’importe quel appareil (liseuses comprises) et une version spécifiquement conçue pour la lecture sur iPhone et iPad qui propose une expérience de lecture aléatoire dans sa navigation.

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Laques peut se lire dans les reflets des lampadaires et des écrans dans les vitrines, dans les brumes de la nuit, dans les flashs stroboscopiques des néons de la ville, des éclairages hachés qui transpercent les immeubles quand on les contourne à grande vitesse. Mais c’est aussi un texte à lire dans la proximité des corps sensuels, successivement incarnés, désincarnés mais toujours palpitants. L’histoire d’une rencontre, comme l’écrit Pierre Ménard dans sa préface, un livre dont il signe la préparation éditoriale, et dont un extrait est proposé ici.

Préface

par Pierre Ménard

Laques est un texte de Gabriel Franck en lecture libre, non linéaire, dont l’ensemble dessine un roman lacunaire. L’histoire d’une rencontre. Premiers regards, échanges évasifs avant de s’étreindre, corps au défi de l’absence.Silence et stupeur, attirance et vertige, désir tremblant, gestes esquissés en secret, furtifs hérissements atomiques, en ondes aiguës. Attouchements et caresses, dans l’emprise des attentes, braises qu’on rallume d’un souffle, toutes les promesses d’un long parcours amoureux et les strates de son cheminement à force d’hésitations, errements, contradictions, découpés par un regard forcément fétichiste à force de fragmenter le réel.

« Chacune de nos entrevues était un événement, nous en avions décidé ainsi, nous ne savions pas quelle serait l’issue de l’histoire, mais nous savions avoir plus tard le temps de tracer les lignes, de chercher les rapports, de comprendre ou reconstituer à partir des épisodes le récit possible ou inventé de notre aventure, qu’il soit le même pour chacun de nous, ou désaccordé. »

Toutes les pages du livre ne nous sont pas accessibles, certaines font défaut. L’intrigue, qui se dérobe ou s’égare en digressions, lacunaire comme l’identité des personnages, la description des paysages traversés, s’accorde parfaitement avec la lecture parcellaire qu’elle nous propose, laissant apparaître en creux, une trame, un drame. Chaque page peut se lire indépendamment, bloc de texte rendu à lui-même entre deux pages blanches, comme des morceaux de prose, des blocs de silence.
L’auteur agence les fragments de son roman, mais le livre n’est rien si le lecteur reste passif, en retrait. Le lecteur doit donc s’emparer du texte pour l’interpréter à sa manière, comme un musicien avec sa partition.

« Il avait l’impression, en la regardant, de la tirer de sa propre abstraction, de la faire remonter à la surface d’elle-même, il voyait ses paupières-éventails battre comme on tournerait les pages d’un livre au rythme d’une lecture rapide, sautant des passages entiers et ne ramassant que les fragments épars d’une histoire devenant contradictoire. »

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Au cours d’un entretien réalisé à l’occasion de cette parution, Gabriel Franck, qui nous explique qu’il lui est difficile de définir, que c’est un rôle étranger à son travail d’écriture, brosse un portrait très juste de son livre :

Oui, c’est l’histoire d’une rencontre, mais aussi, d’antagonismes ; c’est une profusion de détails et de scènes. Une identification à des personnages, excessive jusqu’à en perdre les contours et les repères au profit des sensations directes. Comment, en conséquence, le texte peut prendre parfois le devant de la scène par rapport à la personnification ou au dessin précis des personnages. Ou comment on peut passer d’un « il » à un « je » et vice-versa ; un déplacement des perspectives, un dérapage de la référence au réel au profit des mots eux-mêmes. Il s’agit aussi « d’écoulements » entre narration et proses dites poétiques.
Ce sont des visages qui apparaissent, oui, parfois, derrière des buées, elles-mêmes derrière des vitres, des jeux de reflets et de lumières. Ou l’histoire d’une possession : comment deux personnes, deux corps, peuvent à la fois s’affronter, se rencontrer, se diluer l’un dans l’autre au point qu’on ne sait plus exactement qui est qui ; un jeu entre attractions et retraits… C’est, encore, une exploration de la ville comme figure, comme ombre, comme écrin. 

Roman en proses, récit par blocs, roman fantôme, Laques est tout cela à la fois. Une écriture en fuite, cubiste, qui ouvre en permanence des perspectives dans la nuit.

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Laques, conclut Pierre Ménard dans sa préface, est un texte stroboscopique, baroque, avec ses plis et ses labyrinthes, un roman lacunaire, qui nous invite à voir le monde à travers un miroir brisé, dans un rêve éveillé, une « vie à peine rêvée ».

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