Un texte/Une voix — Contact/Cécile Portier 22/09/2013 – Publié dans : Un texte/Une voix – Mots-clé : , , , , , , ,

Aujourd’hui c’est dimanche. Pour la rubrique Un texte/Une voix,  Cécile Portier a bien voulu nous parler de Contact et répondre à nos trois questions :

9782814506169Quelle est la phrase/anecdote/situation qui déclenche l’écriture de Contact ?

C’est l’expression « gendarmes couchés » qui est à l’origine de ce texte. Ces renflements de bitume posés en travers de la route pour forcer les voitures à ralentir. Une espèce de digression poétique qui vient, pour nous sauver la vie, nous extraire contre notre gré de la vitesse et de l’efficacité narrative. Cette expression c’est ma petite revanche personnelle contre ce que je ressentais d’incapacité à « faire un roman » : au sens de suivre un fil de récit un peu long, et qui nous emmène quelque part. J’ai écrit ce livre pour faire semblant de répondre à ces deux injonctions : suivre un fil, nous emmener quelque part. Le fil est en bitume, c’est la route elle-même, mais elle n’arrête pas d’enfler d’autre chose que le trajet. Le fil qui est suivi c’est seulement celui des pensées du conducteur, et on sait bien comment ça s’effiloche en permanence dans la tête, cette idée des pensées qu’on suit ce n’est jamais que le fil blanc dont est cousue toute promesse de continuité.

Quant à arriver quelque part, oui, on arrive, mais on ne saura pas où, et rien ne sera résolu de la question du désir et des choix, l’éternelle question qui fait en permanence bifurquer nos trajets de vie.

Si Contact était une personne ou un personnage, qui serait-il ?

Le gendarme couché bien sûr ! C’était le titre que j’avais envisagé initialement pour ce recit, François Bon m’en avait dissuadée, il avait raison, ce n’est pas un bon titre. Mais c’est un très beau personnage!
J’aime l’incongru de la formule, son côté désuet, un peu ridicule : France des années 50. Ce que ça charrie : l’exercice du service public, comme personnalisation du sacrifice. C’est du toc, bien sûr, mais le but de ces dispositifs est bien qu’on roule sur le gendarme, doucement certes mais bel et bien. Il y a symboliquement comme un don de soi de la puissance publique dans l’exercice de son contrôle sur les citoyens. C’est en cela que l’expression est vieillie, d’ailleurs. Maintenant la surveillance et la contrainte s’effectuent sans engagement, même métaphorisé. Mais je m’égare, cette histoire n’est pas politique… La seule question qu’elle pose c’est celle du courage qu’on peut avoir de se mettre soi-même en travers de sa propre route, qui va si vite, qui est si droite.

Quel  passage/mot/extrait de Contact vous tient le plus à cœur et pourquoi ?

Ce qui me tient le plus à cœur c’est la postface que François Bon m’a demandé de rédiger après coup. Je ne me rendais pas compte en l’écrivant à quel point elle mettait au travail les questions qui me font écrire encore aujourd’hui.
Dans le texte lui-même, peut-être ce petit passage, comme un autre récit de pourquoi on écrit.

 

Kilomètre 375
Il y a un petit bruit dans la voiture. Avant, ça ne s’entendait pas, à cause de la musique un peu trop forte. Et puis quand on est vraiment pris dans ses pensées, il n’y a pas d’interstice dans la tête. On conduit, pilote automatique, mais à part ça on est absent au monde. Mais maintenant ce bruit s’entend distinctement, sans doute possible : un bruit étranger à la marche habituelle de la voiture, une espèce de dissonance dans ce fond familier. Ne semble pas venir du moteur. Ça fait comme un cliquetis, dans l’aile droite, plutôt vers l’arrière. Et le rythme n’en est pas tout à fait régulier, il y a une légère syncope parfois. Bruit désagréable. Pas en lui-même - il est trop ténu, mais pour la sensation qu’il produit. Rappelle cette fuite incessante du robinet de la salle de bain, quand le joint, à force d’usure, s’est mis à fonctionner mal. Ça ressemble à une inquiétude.

 

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