Régine Detambel et Jacques Serena prochainement dans la revue D’Ici Là 12/06/2013 – Publié dans : La revue de presse, Notre actualité – Mots-clé : , , , , , , ,

Un article écrit par Pierre Ménard, responsable de la revue D’Ici Là dont vous pouvez découvrir les numéros ici-même, le neuvième et dernier numéro à découvrir étant Vienne la nuit sonne l’heureRendez-vous sur le site dédié à la revue pour suivre toutes les actualités de la revue, résidences, portraits, bande-son…

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Publie.net vient de diffuser deux nouveaux ouvrages : Martin le bouillant, de Régine Detambel, et Musaraignes de Jacques Serena. Deux auteurs que vous pourrez également retrouver dans le prochain numéro de la revue, sur le thème du corps amoureux.

9782814507340« Martin bouillonne de vitalité, écrit Christine Jeanney dans la présentation du livre. Ce qui est, selon sa mère, « la seule chose utile envers les gens qu’on aime, et même ceux qu’on n’aime pas ». Martin a douze ans. Son ami Seb vend des frelons, cité Mimosa, dans un appartement où on frappe les orangers pour qu’ils fleurissent. »

« Je suis censé être Martin le Miséricordieux qui distribuait à tour de bras des moitiés de manteau » dit Martin. Et la mère de Martin laisse pousser ses ongles, comme un oursin. Elle dit « Pleurer c’est une corvée aussi lourde qu’une lessive, et qui vous trempe aussi ». 

Un soir je suis assis sur le lit dans ma chambre, c’est un soir important parce qu’il faut que je prenne une décision sinon ma mère avec ses idées croches va me jeter dehors. Tout à l’heure, en regardant ses ongles, elle a dit : « Ou tu te conduis correctement, et tu cesses de traîner avec des petits mafieux, ou tu débarrasses le plancher. »

Et je prends donc la décision d’être nickel, pour obéir à ma mère qui m’a pas appelé Martin pour rien. Je suis censé être Martin le Miséricordieux qui distribuait à tour de bras des moitiés de manteau. Pendant que je réfléchis à la meilleure manière de distribuer à tout va des demi-manteaux sans être chaque jour pompé, raplapla, rétamé, je suis distrait par un petit pain au chocolat. Je le considère amoureusement. Je regarde ses yeux qui coulent. Je me le farcis en une seule bouchée, les joues qui enflent, impossible de respirer, je le sens jusque dans mes oreilles, il prend son temps pour descendre, ce salaud de petit pain. Dans l’intervalle j’ai une idée. Je vais me faire tonsurer une étoile filante sur le sommet du crâne, et les gens de la cité Mimosa auront plus qu’à faire un vœu quand je passerai sous leurs fenêtres. Voilà pour la sainteté. Je l’annoncerai demain à ma mère. Maintenant je nourris mes guêpes dans leur cage de papier. La viande est si crue qu’elle est violette. Celui qui a inventé demain, quel con, on est si tranquille maintenant. J’éteins la lumière et je me couche tout habillé. »

Extrait de « Martin le Bouillant » de Régine Detambel aux éditions Publie.net.

[button link= »https://www.publie.net/livre/martin-le-bouillant/ » round= »yes » size= »normal » color= »blue » flat= »no » ]Télécharger le livre[/button] [divider style= »dotted » height= »40px » ] musaraigne-11-7« Jacques Serena est probablement le seul, écrit François Bon, depuis bientôt 20 ans pour ce qui concerne son œuvre aux éditions de Minuit, à explorer sans jamais cesser la nuit de la ville contemporaine. Les quartiers délaissés, les rues aux graffits, les bars semi-déserts et les équipées en voiture avec on ne sait trop qui.

Et bien sûr ces chambres où on se réveille le matin sans trop savoir, et ces silhouettes fragiles, à la fois dures et évanescentes, les corps prêts à se joindre et les aventures – ou la vie même – prêtes à tout instant à se disloquer à jamais. »

« Quoi encore. Quelqu’un pour moi, on dirait. Trop tôt pour moi de toute façon, et je suis fatigué. Et à quoi bon me prêter encore à ce genre de visite. Et par-dessus le marché je ne comprends pas cette silhouette assise là au pied de mon lit. Vêtue d’un tailleur, foulard autour du cou. Visage un peu congestionné par le microclimat qui règne en permanence dans ma chambre. Je ne vois pas le motif d’une visite, pourquoi on viendrait, aurait envie, ou besoin, de venir me voir. Comme s’ils avaient besoin d’un prétexte. Ce doit quand même être assez important, j’ai bien senti qu’on a secoué mon mollet plusieurs fois, trois fois au moins depuis que j’en ai pris conscience. Et à peu près autant je pense avant que j’admette le fait. Pour que j’admette un fait il faut ça, bien ça. »

Extrait de : « Musaraignes » de Jacques Serena, aux éditions Publie.net

Bonnes lectures et à très bientôt (d’ici la fin juin) pour retrouver ces auteurs et de très nombreux autres, dans le prochain numéro de la revue d’ici là sur le thème du corps amoureux.

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