[NOUVEAUTÉ] Les Classiques connectés, d’Olivier Ertzscheid 09/09/2016 – Publié dans : Notre actualité – Mots-clé : , , , , , , , , , , , , , ,

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Et si Baudelaire avait écrit un hymne aux algorithmes au lieu de son hymne à la beauté ? Et si Jean de La Fontaine avait connu Google, Facebook et Amazon, quelle fable aurait-il choisie pour raconter notre rapport à ces acteurs ? Et quelle morale en aurait-il tiré ? Et si Aragon avait été davantage fasciné par les « données » plutôt que par les Yeux d’Elsa ? Si, plutôt qu’un renard, c’est Google qui avait appris au Petit Prince le sens du mot apprivoiser ?
Anthologie critique réalisée en l’an 4097 pour nous aider à appréhender dès aujourd’hui l’évolution de notre rapport au monde… connecté.

[…] on conseillera au lecteur de garder un sourire aux lèvres en lisant les pages de cette anthologie, ce qui ne devrait pas être très difficile étant donné que certains passages sont hilarants. Mais comme souvent chez Olivier, il y a dans ces textes plusieurs niveaux de lecture imbriqués et on en retirera aussi de quoi méditer longtemps et profondément sur des enjeux aussi fondamentaux que la Neutralité du Net, le droit à l’oubli, la protection des données personnelles ou l’emprise des grandes plateformes.
Ceux qui pensent encore que les pratiques transformatives relèvent de la paresse ou du parasitisme devraient se plonger dans ces « Classiques connectés » pour se convaincre qu’elles peuvent au contraire être porteuses d’une véritable valeur ajoutée ! Comme le laisse entendre Olivier, chaque création contient des milliers d’œuvres potentielles que l’on peut déplier dans de multiples directions inattendues pour augmenter ce que l’auteur originel n’a pas écrit (et parfois ne pouvait tout simplement pas prévoir).
Dans le Mundaneum 2 qu’imagine Olivier, il doit forcément exister une loi écrite qui réconcilierait la considération pour les auteurs avec la liberté de création. Puissions-nous un jour avoir suffisamment d’intelligence collective pour la découvrir…

Extrait de la préface de Lionel Maurel aka Calimaq

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Je vous raconte. Au départ il y a un jeu, une pochade, je reprends une fable de La Fontaine et j’en fais un pastiche en « l’adaptant » aux enjeux du numérique. Et puis je me prends au jeu. D’autres fables suivent, d’autres textes aussi. La plupart (mais pas tous) publiés sur ce blog dans les rubriques idoines (« fleurs du mal connecté » et fables connectées, et classiques connectés). Me vient alors l’idée saugrenue de les rassembler pour « faire un (petit) livre » en y ajoutant un certain nombre « d’inédits ». Je me tourne vers Publie.net qui accepte mais qui me demande (et ils ont eu bien raison) de retravailler ces textes, de les habiller différemment, de trouver une sorte d’intrigue, un fil conducteur qui puisse les inscrire dans tout autre chose que de simples et ponctuels pastiches. Je me prends au jeu, j’invente une sorte de récit nourri d’imaginaire fantastique pour donner corps à un monde Borgesien dans lequel tous les textes sont déjà écrits et où une caste « d’aucouvreurs » à la charge de retrouver ceux qui font sens, de les sélectionner, de les organiser, de leur inventer des auteurs et d’assigner à ces auteurs une biographie factice. Les classiques connectés sont nés. Le résultat final est un machin assez hybride qui mêle donc pastiches de textes classiques, réflexions autour du numérique, mais aussi ambiance S.F. et fausses biographies à clés (si vous aimez les anagrammes, vous devriez vous régaler) remplies de scénarios prospectifs (j’espère que vous aimerez les guerres de la déconnexion). Un grand merci à Guillaume Vissac pour m’avoir suggéré cet exercice et m’avoir accompagné dans sa réalisation.

Extrait de l’article de présentation d’Olivier Ertzscheid qu’on peut lire ici dans son intégralité

Extrait

Calendrier temps universel année 4097

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Le fantasme de la bibliothèque universelle de Borges est réalisé. Un programme d’intelligence artificielle mis au point conjointement par Google et Amazon a généré l’ensemble des livres pouvant être écrits. Dans ce qui fut le désert du Nouveau-Mexique, un territoire grand deux fois comme la ville de New-York abrite, sous terre, la plus grande banque de données de la planète : Textotal IV. La totalité des textes, écrits ou restant à écrire y est stockée. Le site s’appelle le Mundaneum 2.

Je suis Mitono, de l’ancienne Tokyo. J’ai 42 ans et je suis ingénieur littéraire de rang 1. Ce qui signifie que j’ai accès au Mundaneum 2 avec comme mission d’en explorer et d’en sélectionner les textes pour leur donner

  1. une « histoire »
  2. un corps
  3. un passé
  4. un auteur
  5. une existence.

Voilà déjà plus de 17 ans que j’explore le Mundaneum 2. Les gens n’ont aucune curiosité pour la lecture d’ouvrages générés par un programme d’intelligence artificielle, même si parmi les 17 trillions d’ouvrages contenus dans le Mundaneum figurent les chefs d’œuvre à venir des 10 ou 20 prochains siècles. Voilà pourquoi nous sommes 700 000 ingénieurs littéraires de rang 1 à nous rendre chaque jour sur le site du Mundaneum, à en explorer les entrailles et, lorsque nous repérons un texte qui nous semble intéressant, à en écrire la genèse éditoriale, à lui inventer un auteur, à fabriquer la biographie de cet auteur, et à remettre le tout aux créditeurs, des ingénieurs littéraires de rang 2 qui se chargeront de la commercialisation et de la diffusion du livre.
Je vais vous raconter ici l’histoire du livre connu sous le titre de Classiques connectés, que j’ai extrait du Mundaneum 2 en juillet de l’an 4097. Ce livre est particulier. Chaque ingénieur de rang 1 a le droit de s’attribuer deux textes parmi la centaine qu’il confiera aux créditeurs au cours de sa carrière : un ouvrage de fiction (roman ou pièce de théâtre) et une anthologie de textes poétiques. Les Classiques connectés sont cette anthologie. Et j’en suis l’aucouveur[*].


[*] Si les auteurs continuent bien sûr d’exister, une fois leur texte écrit ils viennent en faire la recherche au Mundaneum pour qu’il leur soit crédité et retiré de la base de données Textotal. Les ingénieurs de rang 1 se voient de leur côté affecter le titre « d’aucouveur », un néologisme reposant sur les mots « auteur » et « découvreur ».

TABLE

Sur les épaules des géants (et au-delà)
Calendrier temps universel année 4097
Il était une fois le web
Pour faire le portrait du réseau
La Vie antérieure. Ou le web « d’avant »
La foule
L’Homme et le web
Que le réseau est beau
Le web
Le petit internaute

Qui se transforma en jardins fermés
Le réseau d’abord
Le loup du lien et le chien du like
Le laboureur, le moteur et ses enfants

Puis vinrent les algorithmes
L’algorithme
Google Spleen
Le Guignon des données
L’albatros et l’algorithme

Qui collectèrent nos données et nos profils
Le corbeau des données et le renard des algorithmes
Les profils Aveugles
La tirade des profils
Hymne à la Donnée
Les données d’Elsa
Que reste-t-il de nos données
Le crypto-cancre

Identité numérique et droit à l’oubli
La mauvaise réputation
La cigale, la fourmi et le droit à l’oubli
Les voleurs, l’âne, et les données
Tu seras un homme mon fils. Et tu verras le web

Ce fut le temps de l’économie de l’attention
Au Lecteur, à l’internaute
L’Horloge. Et la FOMO
L’isolement
Allô maman, FOMO

Fleurirent les objets connectés
Le lièvre du Quantified Self et la tortue des Big Data
La montre connectée
L’Ennemi
Milly ou les objets connectés

Miscellanées
Le Jeu. Et l’application
À une passante
La montagne qui accouche de l’Hadopi
Les animaux malades de la peste (et le web de sa neutralité)

Glossaire

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