Le Catablogue des opinions numériques, développement du Twictionnaire des e-dées reçues 08/12/2013 – Publié dans : Notre actualité – Mots-clé : , , , ,

Développement du Twictionnaire des e-dées reçues — à lire également sur le site de Mahigan Lepage, initiateur du Twictionnaire. À ce jour 6265 téléchargements du livre. Une suite sur http://catabloguenum.tumblr.com/ ?

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En juin dernier, on avait lancé sur Twitter, sous le mot-clic #edéesreçues, une sorte de Dictionnaire des idées reçues à la Flaubert, mais à l’heure du numérique. Cela s’est appelé le Twictionnaire des e-dées reçues, un projet qui a pris plusieurs formes au fil des jours : fil Twitter, compilation blog, ebook…

Suivez ces liens pour en retracer les métamorphoses :

Maintenant, cinq mois plus tard, sur incitation de Gwen Catalá, l’ami de Chiang Mai (Thaïlande) qui est en train de reprendre les rênes de publie.net aux côtés de Roxane Lecomte, ce prolongement. Depuis le début, Gwen trouvait le ebook un peu mince, pensait à une deuxième salve d’e-dées reçues sur Twitter, à quoi j’ai répondu non, j’aurais eu impression trop forte de déjà-fait. En revanche, Gwen avait aussi l’idée d’une critique parodique du twictionnaire, et moi je pensais à toutes ces chroniques, par forcément « anti-numériques », mais contenant en tout cas de fortes doses d’e-dées reçues : là oui, ça me branchait. J’ai alors eu l’idée d’un petit blog temporaire qui prolongerait le twictionnaire en en développant les opinions.

En détournant cette fois le sous-titre du dico de Flaubert, Catalogue des opinions chics, j’ai lancé il y a quelques jours le Catablogue des opinions numériques. Le substrat est le même : les bêtises, lieux communs, idées reçues que l’on entend depuis des années à propos du numérique, de l’Internet, du web. Mais alors que le twictionnaire n’autorisait qu’une seule forme (le dictionnaire de moeurs) et qu’un seul format (ultra-bref), le blog permet d’explorer des types de discours plus longs et plus divers. Au début, je pensais m’en tenir à une parodie des chroniques d’opinions qui énoncent des bêtises (on en a tous vu passer des dizaines et des dizaines, au courant des cinq ou huit dernières années). Mais je prends de plus en plus de plaisir à parodier d’autres discours : programme de colloque, conversation, critique littéraire… L’impression, en faisant cela, d’attaquer en même temps sur le front des rhétoriques figées. Les idées reçues s’épanouissent tout naturellement dans ces régions mortes du discours.

Un développement, presque au sens botanique, de la graine (l’idée) aux branches et feuilles de formes diverses (discours). Mais tout cela séché et mort sur pied.

Avec Flaubert toujours comme référence. En parallèle du dictionnaire, qui recensait les idées, il y a Madame Bovary et Bouvard et Pécuchet, qui les développent dans le dialogue, la narration indirecte libre, etc.

On appelle cela Catablogue, parce que c’est un blog (ou « blogue », mais j’ai toujours trouvé que ça faisait trop « dogue » !)… et parce que c’est la catastrophe ! Ce qui m’apparaît, à force de baigner dans ces e-dées, comme leur principal engrais, c’est la persistance de la pensée binaire. Technophilie versus technophobie. Optimisme versus pessimisme (cette question que les journalistes posent inlassablement : « Vous êtes optimiste ou pessimiste ? »). Autant dire : bien versus mal. On n’en a pas fini avec le jugement, malgré les coups de marteaux de Nietzsche et bien d’autres après. Pensée binaire qui a conditionné la réception du twictionnaire, conçu par certains comme un pamphlet ou je ne sais pas quoi — jugement qui, au reste, remâche très exactement certaines e-dées reçues énoncées dans le Twictionnaire (voir entrées ILLUMINÉS ou PRÊCHEURS). D’où le catastrophisme auquel, finalement, tous ces discours peuvent se rapporter (c’était tout particulièrement clair dans les premières pages de Premier bilan après l’apocalypse de Beigbeder). Catastrophe pour la littérature, le livre, la culture, la pensée, le cerveau, et j’en passe. Si on ne partage pas ces peurs (ou si on les dépasse), si on va de l’avant dans la création, dans l’appropriation de ces outils, c’est forcément qu’on juge que « c’est bien »…

Pas grave : la matière discursive morte peut servir à la création vivante, sinon il n’y aurait pas eu Flaubert ! Alors amusons-nous, créons. Voyons si cette vieille forme, la parodie, a encore assez de dents pour remordre dans les discours d’aujourd’hui.

Le Catablogue est ouvert aux contributions : visitez la page Soumettre une chronique. Je l’aurais voulu collectif, comme le Twictionnaire, mais bien sûr sur blog c’est moins spontané que sur Twitter. Contributeurs très bienvenus, donc, mais si je dois continuer seul, ça ne me dérange pas le moins du monde : j’ai beaucoup de plaisir déjà, c’est un tout nouveau terrain de jeu pour moi. Je ne crois pas que ça durera très longtemps, deux ou trois semaines, sans doute.

Je me rends compte que ces projets sont pour moi des sortes de respirations entre deux voyages, lesquels m’astreignent à une toute autre forme d’écriture. J’ai lancé le Twictionnaire en revenant de Manille et Jakarta, maintenant je lance le Catablogue au retour des villes d’Inde. Besoin de rire, sans doute, après ces épreuves. Mais le rire n’est pas toujours ce que l’on croit…

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Article originel.