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Signatures

Anne Savelli

Anne Savelli

Vendredi 17 novembre à 17h

À même la peau

Comment vivre au plus près des corps ? Ce diptyque, Anne Savelli l’a écrit à leur contact. Tout contre. Né d’une collaboration avec la compagnie de danse Pièces détachées, c’est un roman double qui prend comme point de fixation la peau, les os, les muscles dans ce qu’ils ont de plus minéral, parfois, mais aussi de plus volatile. Ballet de mouvements qui écrivent autant qu’ils inventent leur rapport à l’autre et au monde, d’une part ; de l’autre, vertige de la fixité dans une série stroboscopique de photographies qui puisent autant dans les zones d’ombre du modèle que dans son éclat. En creux, c’est tout un monde de luxe, de perfection physique et de domination qui va se déployer et dont le récit tentera de reconstruire, d’assembler, de réécrire l’identité dans une forme proche de l’enquête fragmentée. C’est l’histoire d’un corps qui s’effondre, toujours. C’est aussi le lieu choisi pour une élévation d’une grande poésie.

© Crédit photo : Stefan Schopferer

Joachim Séné

Vendredi 17 novembre à 17h

La crise

La crise est partout, tout le temps. Dans les écrans de nos flux d’information en continu, dans les journaux, dans la parole surveillée des passants se rendant au travail — quand ils en ont encore un. On la retrouve taguée sur un mur de la ville, comme dans ce cri qui a motivé l’écriture de ce livre : la crise c’est chaque fin de moi(s).

À la fois drôle et glaçant, micro journal du temps qui passe, exploration par la langue d’une situation brutale, anticipation politique et poétique, roman fragmentaire frénétique, La crise, suivie du postapocalyptique Je ne me souviens pas, est un remède contre tous les éléments de langage désespérants de notre époque.

À la manière d’un pirate informatique, Joachim Séné fait œuvre d’insoumission littéraire.

C’était

Informaticien, Joachim Séné décide de quitter son travail pour écrire. Mais les fantômes sont coriaces – chaque c’était, en tête de chaque paragraphe, ira harponner à rebours un des éléments de l’ancienne vie salariée, la vie moderne des bureaux d’aujourd’hui, et leur informatique.

Une expérience formelle dérangeante, la netteté de ce qu’on voit, l’abstraction du monde, le quotidien du corps et des paroles, le travail du code, des bases de données, les chefs et le retour chez soi.

Ces 53 semaines en 5 fragments, sans jamais dire « je », révèlent une mise en écriture résolue, politique et tout aussi coriace, du monde du travail et des écrans.

Ce n’est pas l’open space qui nous fera rêver ici, c’est l’aventure renouvelée du roman, à échelle des êtres – même si parfois, pour cet instant, pour cette silhouette, cinq lignes suffisent.

Gabriel Franck

Gabriel Franck

Vendredi 17 novembre à 19h

Sanguines

Le portrait de deux hommes, Janvier et Joseph Sang, pas vraiment marginaux mais vivants à l’écart, « marqués bizarrement d’une certaine sérénité dans l’affliction », égarés dans leur propre vie, cherchant à se faire discret jusqu’à l’oubli. Leur rencontre inopinée avec une jeune femme, Helen Faraday, va les sortir brusquement de leur trajectoire en pointillé, de leurs rôles préétablis en toute indifférence.

La déambulation nocturne de ces trois silhouettes dessinées à la hâte « longeant sans relâche les rebords d’une géographie morcelée et toujours sur le point de les précipiter dans le vide » nous laisse entrevoir les formes évasives et instables d’une ville nocturne, déserte et désolée.

Sanguines décrit « ce jour qui d’une certaine manière ne devait jamais finir et restera à jamais comme inachevé, ininterrompu » et parvient à nous restituer avec élégance et justesse, le « bruit du visible » et « la fragilité d’un lien naissant noué à la faveur de la nuit et à l’abri des regards ».

Laques

Laques est l’histoire d’une rencontre. Premiers regards, échanges évasifs avant de s’étreindre, corps au défi de l’absence. Silence et stupeur, attirance et vertige, désir tremblant, gestes esquissés en secret, furtifs hérissements atomiques, en ondes aiguës. Attouchements et caresses, dans l’emprise des attentes, braises qu’on rallume d’un souffle, toutes les promesses d’un long parcours amoureux et les strates de son cheminement à force d’hésitations, errements, contradictions, découpés par un regard forcément fétichiste à force de fragmenter le réel.

« Chacune de nos entrevues était un événement, nous en avions décidé ainsi,nous ne savions pas quelle serait l’issue de l’histoire, mais nous savions avoir plus tard le temps de tracer les lignes, de chercher les rapports, de comprendre ou reconstituer à partir des épisodes le récit possible ou inventé de notre aventure, qu’il soit le même pour chacun de nous, ou désaccordé. »

Texte stroboscopique, récit en blocs, baroque, avec ses plis et ses labyrinthes, Laques est un roman lacunaire, qui se lit de manière non-linéaire et qui nous invite à voir le monde à travers un miroir brisé, dans un rêve éveillé, une « vie à peine rêvée ».

Lou Sarabadzic

Samedi 18 novembre à 17h

La vie verticale

À huit ans, on a cru que j’avais un problème de surdité. Je faisais trop répéter les gens.
À dix ans, on a cru que j’avais un problème de vessie. J’allais toujours aux toilettes avant de partir. Même si je venais d’y aller trois minutes avant. Si quelqu’un disait : « on y va », je devais y aller.
À douze ans, on a pensé que j’aimais bien emmerder le monde.
À quatorze ans, on a cru que je faisais des insomnies.
À seize ans, on a cru que j’avais un organisme capable de ne jamais grossir, même en mangeant des pizzas froides ou des tranches de pain à chaque repas que je me préparais seule.
À dix-huit ans, on m’a félicitée de réussir aussi bien.
À vingt ans, on a loué ma persévérance.
À vingt-deux ans, on a dit qu’en fait j’étais juste têtue comme pas possible, que ça en devenait chiant à la fin.
À vingt-quatre ans, j’ai cru moi-même que c’était juste de la volonté, de l’ambition, et un rapport constructif au stress.
À vingt-six ans, on a cru que j’étais addict au travail.
À vingt-huit ans, je suis née presque adulte en lettres étrangères.

C’est l’occasion de se rencontrer en personne, de discuter, de découvrir nos livres…

Espace des Blancs Manteaux
48 rue Vieille du Temple
Paris 4e — Métro Hôtel de ville

Entrée libre