[NOUVEAUTÉ] Demain, l'écologie ! 2 décembre 2020 – Publié dans : Notre actualité – Mots-clés : , , ,

C'est le dernier livre de l'année 2020 pour les éditions publie.net, et non des moindres puisqu'il touche une thématique majeure de ces dernières décennies… Des décennies ? Croit-on ! Car cela fait belle lurette que l'écologie et les modifications environnementales posent question… Et pour accompagner la parution et vous donner un avant-goût de ce qui vous attend dans le livre, lisez ce texte court disponible sur le site ArchéoSF : La Terre dans 40 ans, de Bois Pouna, écrit en 1892, et qui anticipe parfaitement nos écueils d'aujourd'hui.

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Préface de Natacha Vas-Deyres
(la télécharger au format PDF ici)

Les mondes verts de la science-fiction

Particulièrement présentes dans la SF tant littéraire que cinématographique depuis les années 1970, les préoccupations écologistes sont désormais au-delà du phénomène de mode. Demain, l’écologie ! est le premier ouvrage à s’intéresser aux mondes verts de l’anticipation ancienne, celle que le critique québécois Richard Saint-Gelais appelle la proto-science-fiction. Brian Aldiss, auteur du singulier Monde Vert (1963), dans lequel le végétal dominait et annihilait toutes les formes de vie animales — dont l’humain —, affirmait que « la SF était un bon support de dramatisation d’un développement sociologique ou scientifique ». L’idée est loin d’être neuve mais dans le cas précis de l’inventivité autour des catastrophes écologiques, les auteurs d’anticipations puis de science-fiction ont créé un sous-genre de l’apocalyptique intitulé « écofiction », au croisement de la vraisemblance scientifique, de la prospective et d’un imaginaire au plus proche du réel. Même dans les deux grands romans de Frank Herbert, Dune et Le Messie de Dune, la métaphore de l’écofiction est à peine voilée : Dune est une planète désertique et ses habitants doivent lutter durement pour édifier un monde vivable. Symboliquement, son « messie » est celui qui apportera l’eau sur une terre où le crachat a une grande importance, où les larmes sont considérées comme un gaspillage. Pour Herbert, « la plus haute fonction de l’écologiste est la compréhension des conséquences. »

La préservation de l’environnement est assurément l’une des préoccupations les plus importantes du monde contemporain. La chute du Mur de Berlin ayant fait disparaître le spectre d’une guerre nucléaire imminente, la terreur atomique a été supplantée par l’angoisse écologique. Cette dernière fait partie des motifs privilégiés de l’imaginaire de la fin. La crainte de la catastrophe écologique façonne l’imaginaire collectif, au point où elle fait de nous les acteurs d’une aventure humaine qui donne sens à notre existence et dont l’enjeu n’est rien moins que le salut de la planète. Aujourd’hui, la porosité des discours fictionnels et scientifiques fait en sorte qu’en investissant les champs politiques et scientifiques ainsi que les productions littéraires et cinématographiques science-fictionnelles, l’imaginaire de la catastrophe environnementale s’est doté d’une puissante caisse de résonance. Selon Patrick Bergeron, spécialiste de la littérature post-apocalyptique, « le néologisme écofictions [a été forgé] pour désigner les produits [du] nouveau régime de médiatisation des thèses environnementalistes, dont le champ ne se limite pas aux œuvres de fiction, mais recouvre aussi l’ensemble des discours qui ont recours à l’invention narrative afin de répandre le message écologique. L’écofiction ne correspond pas à une étiquette générique, applicable à des œuvres littéraires ou cinématographiques, mais à une manière d’entrer en résonance avec l’imaginaire d’une époque fascinée par sa puissance et terrifiée par un avenir dans lequel elle ne sait plus lire que des promesses de déclin. »

Demain, l’écologie ! dévoile que nos terreurs contemporaines existaient déjà sous des formes différentes dès le XIXe siècle, sorte de préludes à l’écologie, une notion circonscrite en 1866 par Ernst Haeckel dans sa perception scientifique. Pour Jacques Goimard, « ces auteurs sont les ancêtres du mouvement écologique, pour qui la fin du monde est conçue avant tout comme une mort de la nature consécutive au “progrès” de la civilisation ». C’est, dans un premier temps, la formalisation, via la fiction ou l’essai, des inquiétudes grandissantes autour du développement industriel et de ses effets néfastes sur les populations de travailleurs, tels que les exprime Pierre-Marc-Gaston de Levis dans le premier texte du recueil. D’autres auteurs imaginent le bouleversement de notre planète par la perturbation d’un de ses éléments constitutifs, sous l’effet d’un accident naturel ou d’une manipulation scientifique due au progrès de la civilisation : « La nature avait des poisons, le génie humain les révèle », comme dans la chanson de Gustave Nadaud en 1857. Le passage d’une comète est néfaste à notre atmosphère dans Conversation avec Eiros et Charmion de Poe (1839), dans Au Temps de la Comète de Wells (1906), dans La Force Mystérieuse de Rosny aîné (1913) ou encore dans La Ceinture empoisonnée de Conan Doyle (1913). Les équilibres telluriques de la planète subissent des métamorphoses provoquées par les expérimentations d’un savant ou la surexploitation des ressources naturelles : Jules Verne, par exemple, dénonce la suroxygénation de l’air dans « Une Fantaisie du Dr Ox » (1872). Variation sur le thème, la commercialisation de l’air, ressource gratuite, sera habilement développée par Régis Messac dans La Cité des asphyxiés (1937), « vigoureuse satire, à peine déguisée ou extrapolée, de notre économie actuelle » dira Jean-Jacques Bridenne dans Fiction en 1957. Eugène Mouton nous initie au réchauffement du globe dans La Fin du Monde (1872), « […] elle mourra de maladie. Par suite d’excès […] » ; « Tout est fini. La terre est morte… Morne et glacée, elle roule tristement dans les déserts silencieux de l’infini. » Vingt ans plus tard, Camille Flammarion reprend à son compte cette terrifiante image finale et tente d’imaginer tous les scenarii possibles de la fin de la vie humaine dans une autre Fin du monde (1894) : les hommes périssent par la disparition de l’eau — comme dans La mort de la terre de Rosny (1910) — , par le froid d’une nouvelle glaciation, par la sécheresse… Le généticien anglais John Burdon Sanderson Haldane propose une vision de l’humanité dans 40 millions d’années (dépassant ainsi chronologiquement le futur envisagé par Wells dans La Machine à explorer le temps) dans The Last Judgement (1927), un essai méconnu dans lequel le ralentissement de la rotation terrestre entraîne une modification de la physiologie humaine…
Les premiers temps de cette anticipation ancienne écologiste ne sont pas toujours cataclysmiques : en 1805, Le Dernier Homme de Jean-Baptiste Cousin de Grainville met en scène des Terriens luttant contre le vieillissement de la planète.

Ces quelques exemples, parfois terriblement pessimistes, voire visionnaires, dont Barjavel s’inspirera pour décrire la disparition de notre planète dans Le Diable l’emporte (1948), restent cependant des fictions non engagées dans un combat politique. Il faudra attendre les années 1970 et 1980 pour que les écrivains français, Jean-Pierre Andrevon en tête, s’immergent dans le combat écologiste et imposent une « morale écologique ». Au-delà de son utopie écologique Gandahar, les hommes sont considérés par l’écrivain dans ses derniers romans et nouvelles, notamment Le Monde enfin, comme de véritables parasites de la Terre et cette dernière est enfin prête, personnifiée et vengeresse, à se débarrasser des êtres humains par l’arme climatique et la pluie, refermant ainsi la boucle issue de la Genèse et maintes fois évoquée directement ou indirectement par les auteurs français et européens depuis plus d’un siècle.

 

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Au XIXe siècle, la Révolution industrielle a profondément modifié le rapport de l’être humain à la nature. Dès cette époque, l’imaginaire littéraire s’est penché sur la question écologique et les textes d’anticipation réunis dans cette anthologie (datant de 1810 à 1920 et pour la plupart réédités pour la première fois) envisagent les atteintes à la nature, la destruction de l’environnement, voire la fin du monde. Devant les développements de la science et de l’emprise de l’humanité sur la Terre, certains imaginent une planète où la nature a disparu, où l’eau de source est une denrée plus rare qu’un vin millésimé, où les derniers oiseaux se trouvent en haut d’un Himalaya pris d’assaut par les villes, où l’on vit dans les égouts parisiens, d’autres font part de leurs craintes face à l’épuisement des ressources naturelles, tous lancent des avertissements qu’il faudra bien se résoudre un jour à écouter.

« Alors commencera la redoutable période où l’excès de la production amènera l’excès de la consommation, l’excès de la chaleur, et la combustion spontanée de la Terre et de tous ses habitants.
Il n’est pas difficile de prévoir la série des phénomènes qui conduiront le globe, de degrés en degrés, à cette catastrophe finale. Quelque navrant que puisse être le tableau de ces phénomènes, je n’hésiterai pas à le tracer, parce que la prévision de ces faits, en éclairant les générations futures sur le danger des excès de la civilisation, leur servira peut-être à modérer l’abus de la vie et à reculer de quelques milliers d’années, ou tout au moins de quelques mois, la fatale échéance. Voici donc ce qui va se passer. » (1872)

Sommaire

Lettre XXV • Pierre-Marc-Gaston de Lévis / La vie moderne • Gustave Nadaud / La fin du monde • Mérinos / La dernière bécasse du bois de Darel • G. de Chasseloup / Le bacille-homme • Grosclaude / Un empoisonnement au XXIe siècle • Jean Rameau / Un épisode de l ’an 2000 • Anonyme / Un repas en l’an 1930 • Alfred Capus / L’ouverture de la chasse au XXIe siècle • Rodolphe Bringer / Pêle-Mêle Causette • Fred Isly / Le cauchemar • Edmond Rostand / La dernière chasse au tigre • Roger Oudot  / Le paradoxe de la circulation • Lucien Cornet

122 pages
ISBN PAPIER 978-2-37177-605-0
ISBN NUM 978-2-37177-245-8
13€ / 4,99€

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