Bilan de l’année 2016 03/02/2017 – Publié dans : Notre actualité – Mots-clé :

Parce qu’il est plus que probable que tout un chacun ici préfère lire des articles en lien avec les livres que nous publions, les expérimentations littéraires que nous faisons ou les courants qui nous animent dans notre recherche de voix créatives sur le web et ailleurs, il convient de préciser en préambule que ce ne sera pas le cas aujourd’hui. Nous avons fait le pari il y a peu de professionnaliser notre organisation, notre équipe, notre fonctionnement, et d’investir, dans la limite de nos moyens, dans des projets de développement qui nous paraissaient essentiels. Un pari de cette nature ne peut pas se tenter sans se confronter aux réalités économiques que nous connaissons tous et il nous paraît juste et nécessaire d’avancer autant que faire se peut en transparence. Publie.net s’est construit au fil des années sous la forme d’un atelier à ciel ouvert permettant à chacun de suivre ses évolutions, et c’est aussi ce qui fait sa singularité. Raison pour laquelle il nous paraît important de publier les informations qui vont suivre, non dans le détail exhaustif des chiffres, ce n’est pas non plus l’endroit, mais dans les tendances générales. Quand nous disons nous c’est à un collectif bien plus large que celui qui s’occupe de la seule gestion quotidienne de publie que nous nous référons et c’est depuis ce nous que nous souhaitons parler. Un bilan, donc. Et puisqu’il ce n’est pas non plus notre souhait de verser dans l’obsession des courbes et des tableurs, une fois par an paraît un rythme correct.

Les enjeux de 2016 étaient forts et nombreux :

  • développement d’une nouvelle offre d’abonnement aux bibliothèques et collectivités pour prendre la suite de la précédente offre distribuée par notre partenaire historique Immatériel
  • développement d’un nouveau site internet nous permettant de proposer la vente à distance de nos livres papier
  • simplification des procédures pour la déclaration et le règlement des droits d’auteurs
  • création d’un livre-web expérimental de création
  • augmentation de notre présence en librairie et de nos ventes papier

Cela n’a pas toujours été facile, nous avons répondu présents du mieux possible. La nouvelle offre d’abonnement aux bibliothèques, complémentaire au dispositif PNB, a été lancée à l’automne et sera progressivement améliorée tout au long de cette nouvelle année. Le nouveau site est prêt, il fonctionne, la preuve : vous y êtes ! Il nous permet de traiter directement une vingtaine de commandes par mois dans des délais qui n’ont rien à envier aux géants de la vente en ligne. C’est aussi une respiration indispensable à tout petit éditeur aujourd’hui compte tenu des marges de manoeuvre limitées que nous laissent les rouages de la distribution papier. Les droits d’auteur ont été transmis à chaque auteur en septembre, et leur règlement est intervenu comme annoncé, à l’automne. À l’avenir, pour être plus cohérent vis à vis des auteurs, et puisque notre calendrier doit normalement nous le permettre, nous souhaitons effectuer ces actions avant l’été.

Sur le plan créatif, nous avons publié fin novembre un OVNI poétique et graphique, un livre hybride entre littérature, arts visuels, musique et performance. Ce livre s’appelle Kalces, nous l’avons fait paraître sous divers supports, parmi lesquels une forme neuve, le livre-web (puisqu’il convient de lui donner un nom) qui nous a permis d’aller explorer des territoires que le format standardisé epub nous refuse. C’était un défi et un challenge à relever et nous espérons bien que ce livre sera la première brique apposée d’une sélection de textes hors normes plus fournie. Nous aventurer dans cette direction ne va pas forcément de soi mais nous croyons que c’est un vaste territoire de création et il nous tient à coeur de l’explorer.

Aperçu du web-livre Kalces, à découvrir ici.

Enfin, nous avons poursuivi nos progrès en matière de présence en librairie et les ventes de nos livres papier chez les libraires s’en sont ressenties. Après une année 2014 en recul par rapport à la précédente, 2015 avait légèrement redressé la barre : moins de ventes en nombre de livres vendus mais un chiffre d’affaire supérieur aux années précédentes. 2016 a poursuivi cette tendance avec un chiffre d’affaire en nette progression pour tous les canaux de ventes papier confondus (+44%, incluant les ventes en librairie, les ventes sur notre site, les ventes lors d’évènements type salon ou les ventes aux auteurs). Ces bons résultats marquent le début d’une action plus soutenue à destination des libraires qui s’est encore amplifiée récemment avec le recrutement de Julie pour prendre en charge les relations libraires début janvier, le tout dans un contexte charnière de reprise en main de notre diffusion (c’est-à-dire la promotion de nos livres auprès des libraires) en interne. La distribution, quant à elle, sera comme par le passé effectuée par Hachette.

Le versant numérique de nos revenus est un peu moins heureux : nous constatons depuis plusieurs années une stagnation des ventes de livres numériques (et nous ne sommes pas les seuls), à tel point que notre chiffre d’affaire en la matière est identique à celui de l’année précédente à quelques centimes près. Après des débuts réellement encourageants lors des premières années de publie, une baisse assez forte est intervenue lors de l’arrivée sur le marché numérique d’éditeurs papier installés (et la visibilité que nous pouvions avoir lorsque le livre numérique en était à ses balbutiements s’est vite atténuée). Nous subissons surtout la politique tarifaire des grands groupes sur le livre numérique qui maintiennent les lecteurs papier en dehors du circuit numérique : des prix de vente élevés, à peine inférieurs aux prix de vente des livres grands formats, parfois supérieurs au prix de leur version poche. C’est une spécificité française, pays où la part du numérique sur le marché du livre reste bloquée à environ 5% (aux États-Unis, une baisse a été observée ces deux dernières années qui tient à la fois à la remontée des prix et peut-être un début de rejet des plateformes propriétaires par les consommateurs). Sans tomber dans le piège des prix sacrifiés, nous continuerons à proposer des prix qui nous paraissent adaptés au support, inférieurs au prix d’un livre poche.

Mais restons bien conscients des évolutions des rapports de force entre supports. En matière de chiffre d’affaire : même pour nous, ex-pure player qui peut s’appuyer sur un catalogue de référence en matière de littérature numérique, la part des ventes numériques (ventes directes + abonnements particuliers) ne représente que la moitié des revenus issus du papier. Chiffres à considérer avec prudence néanmoins, les marges distributeurs n’étant pas les mêmes pour chaque support (il arrive par exemple que nous gagnions plus sur un livre numérique, même à faible tarif, que sur un livre papier une fois soustrait les marges aux libraires, à la distribution et à l’impression des livres).

Enfin, depuis le début de l’aventure publie la part des abonnements bibliothèques a toujours été importante et cruciale pour sa soutenabilité à long terme. C’était anticipé et attendu : elle a baissé fortement l’année dernière (diminution de plus de la moitié du chiffre par rapport à 2015) du fait de l’arrêt de commercialisation de l’offre d’abonnement en streaming telle qu’elle était alors distribuée par Immatériel. Son remplacement par la nouvelle offre délaissant la technologie streaming et faisant le pari d’une mise à disposition des fichiers sans verrou ni DRM (une première en France) n’a été réellement effectif qu’à partir de l’automne 2016 et la majorité des abonnements sont intervenus ce mois, donc en dehors de l’exercice 2016.

Les abonnements particulier quant à eux sont toujours une preuve de soutien particulièrement appréciable de la part d’une communauté de lecteurs qui continue à nous suivre en nombre : sur nos revenus numériques de l’année, un tiers correspond aux abonnements particuliers. Leur nombre est resté stable, le prix quant à lui a baissé (passant de 99€ à 69€), ce qui a entrainé une baisse mathématique d’un peu plus de 30% de ces revenus. Nous maintenons néanmoins notre pari d’une tarification plus abordable, plus juste pour ses lecteurs, dans l’idée que plus de lecteurs pourront à moyen terme nous suivre et nous soutenir par ce biais.

Les résultats de 2016 sont dans la lignée de ce que nous avions prévu en mars dernier lors de notre précédente prise de parole sur la question, et nous pouvons désormais regarder vers l’année qui commence. D’autres chantiers sont déjà engagés et nous comptons poursuivre cette courbe en continuant de progresser sur tous les fronts (pour résumer très simplement, nous avançons sur trois jambes : ventes de nos livres papier, ventes et abonnements numériques aux particuliers, abonnements numériques aux bibliothèques et collectivités). Aucune fausse promesse ni discours de façade, il est important pour nous d’avancer à découvert : une gestion sérieuse et des efforts de tous seront indispensables pour se mettre sur la voie de la soutenabilité à moyen terme. Mais sans jamais rien sacrifier de nos ambitions créatives (et les prochains livres à paraître seront bientôt là pour vous le prouver) ou de nos envies de rencontres, performances, et manifestations littéraires dans l’espace public, comme certains d’entre nous ont pu le vivre le week-end dernier lors du festival Incipit en lien avec l’exposition In Situ de Mathilde Roux. C’est pour ces moments-là et ces émotions-là que nous nous sommes tous réunis au sein de publie, de cet élan commun qui nous porte. Revoilà le nous. Il vaut pour vous aussi.