[NOUVEAUTÉ] Climats, de Laurent Grisel 18/11/2015 – Publié dans : Notre actualité – Mots-clé : , , , , ,

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Nous avons tous dans un coin de nos crânes le reflet de l’image illustrant la couverture de Climats, et nous avons tous en nous une façon de nous l’approprier. Ce sont diverses incarnations possibles, diverses formes ou représentations. C’est parfois une fiction post-apocalyptique dont la noirceur littéralement nous glace, c’est aussi un poème dont on dit qu’il est engagé, c’est un bout de journal qu’on a écrit le long de l’écriture, en accompagnement. Ce ne sont pas que des mots pour pleurer, ce ne sont pas que des listes d’espèces menacées. Cela va au-delà des simples chiffres pour le dire, ou d’évènements à venir (la COP21 à Paris dans les prochains jours, comme chacun sait). Climats est une épopée. Il inscrit son écriture dans un geste fondateur vis à vis de notre monde présent, passé et futur. On n’entre pas en poésie pour falsifier le chant des baleines. Ici, on entre en poésie pour changer le monde, et le chant des baleines participe avec nous.

regardez les falaises

regardez les mouettes vertigineuses qui montent le long des parois, appuyées

sur les vents de falaise

qui leur ébouriffent

les plumes

du ventre

Son épopée, Laurent Grisel l’a d’abord portée à voix haute, suite à la commande de Cécile Wajsbrot à la Maison des écrivains et de la littérature, puis dans des rencontres organisées par le mouvement Alternatiba. Son incarnation en livre découle de cette parole-là (qui est, aussi, une parole donnée). Dans la version numérique du livre, un accès à cette lecture est offert, permettant l’à voix haute. La lecture, elle, peut se faire de trois façons différentes, selon trois versions que l’auteur a aménagées pour une lecture courte, complète ou telle qu’elle a été conçue pour être donnée lors de lectures-performances.

 

 

la glace horizontale brille
l’eau prend les moindres pentes, filets, ridules, ruisselis, rigoles

friselis, glisselis de l’eau
se joignent, affluant en ruisseaux, en bédières grossissantes
qu’on entend de loin

méandres, cours ramifiés, convergents
formant lac
coulant dans une fente
une crevasse
entre deux contrées de glace écartées

tombant
dans un moulin, gouffre au bord de lumière bleue, puis sombre

pluie aiguë et mate
déferlement rauque, bruits d’orgue, tous tuyaux à la fois

et sous 2 000, 4 000 mètres de glace dense
chant souterrain, chant plein

des lacs sous-glaciaires
par tunnels creusés par l’eau
en quelques heures se vident
à l’air libre

lacs sous-glaciaires
certains isolés du ciel depuis 35 millions d’années
connectés entre eux
l’eau s’écoulant de lac en lac
lubrifiant l’interface roche-glacier
accélérant l’inflexion de l’immense masse blanche

Laurent Grisel n’est pas seul sur la banquise à voir fondre les blanches, à faire tout haut l’inventaire des catastrophes et à les conjurer. Frank Smith est là (son récent Katrina), tout comme Marie Cosnay (la guerre, bien sûr, mais aussi cette montée des eaux soudaine dans Cordelia la guerre) ainsi que ce même Laurent Grisel, qui écrivait dès 2006, dans son Journal de la crise paru cet année même : « L’extrême lenteur des catastrophes, le brouillard dont elles sont entourées, et très petites quand elles ne sont encore qu’à l’horizon. ».

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« [Prendre] la question du climat sous tous ses aspects : physique, psychologique, politique et financier », voilà l’objectif écrit de ce livre. La science n’est jamais loin, la rage et la tendresse non plus. Rien n’est incompatible. La poésie est une parole qui nous ensemence du monde. Ici, ce reflet bleu de la couverture, il est dans nos yeux, il se mêle à notre conscience propre, au-delà de nos perceptions et de nos divergences politiques. Il rejoint cette image, l’Éternité, celle de Rimbaud, ainsi que l’évoque en quatrième de couverture François Rannou, qui accueille ce texte dans sa belle collection L’inadvertance :

 Son poème rejoint l’ambition des anciens poèmes didactiques dans lesquels poésie et science s’allient, pour nous donner une plus ample vision du monde. Écoutons cette épopée qui sous tous les climats dresse en héros les Indiens Mundurukus ou Hansen « le rigoureux, l’émotif » ; ou simplement la Nature elle-même dans sa puissance, dans son silence bruissant. Écoutons ce chant rythmé qui offre à l’homme tout simplement une possibilité de futur. Au fond il faut un poème pour que la conscience de l’Éternité (« la mer allée/ avec le soleil ») puisse nous en montrer la fragilité et qu’elle nous éveille à une pleine conscience de notre humanité : il nous reste à sentir, comprendre et agir.

Restons-en là pour les mots périphériques. Les grands discours sont pour les grands discours. Pour l’heure, le monde est dans nos mains.

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