[NOUVEAUTÉ] La partie, de Jean-Pierre Suaudeau 30/06/2014 – Publié dans : Notre actualité – Mots-clé : , , , , ,

Déjà auteur de trois livres chez Publie.net (qui vont d’ailleurs être mis à jour), Jean-Pierre nous revient avec un OVNI littéraire, sur son idée originale de plonger dans les pensées d’un joueur de football amateur. L’idée nous plaisait bien, le texte encore plus, et débarque sur vos écrans de tablettes, ordinateurs, liseuses, smartphones, La partie, un texte assez court pour être lu pendant toutes les mi-temps de cette Coupe du Monde ! Merci à Pierre Ménard, Daniel Bourrion et Danielle Carlès pour leur collaboration au travail éditorial. suaudeau_la-partie Le ballon rond en littérature… peut-être que la meilleure manière de regarder un match c’est encore de le lire ! Qu’est-ce qui traverse l’esprit d’un joueur de football quand il est sur le terrain ou dans les vestiaires ? Quand il loupe, quand il réussit, quand il a froid, quand il court, quand il se bat ? 
C’est ce que Jean-Pierre Suaudeau explore en six parties : approche, échauffement, première mi-temps, mi-temps, deuxième mi-temps, fin de partie, le tout pour une lecture d’1h30 environ, soit la durée d’un match (voyez comme il a bien pensé les choses). 
Une équipe de football comme un régiment qui part en guerre, dans le froid et dans la boue : c’est bien plus que taper dans un ballon, et les combattants qui attendent chaque semaine le nouveau coup de sifflet de l’arbitre, ne le font finalement peut-être pas pour la victoire mais pour la bataille…

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EXTRAIT
Les deux équipes face à face, vingt-deux joueurs, vingt-deux adversaires sur le pré rectangulaire, prêts à en découdre. Pas de quartier, pas d’amitié sur le terrain. Après peut-être. Mais les amitiés d’une équipe à l’autre sont malsaines, douteuses, susceptibles de compromis footballistiques, de retenues dans le geste, de gentillesses trop éloignées du jeu, de l’enjeu, qui demande un engagement sans remords, sans frein. De l’autre côté de la ligne médiane, j’essaie d’identifier le joueur qui sera face à moi, car, depuis le temps qu’on se croise au sein du même championnat, on connaît, à de rares exceptions, la valeur de chacun, les petites faiblesses, les points forts (beaucoup de technique mais trop personnel, ou trop statique ou intenable ou violent ou…), tentative d’évaluer la difficulté de ma tâche à venir.

Mais déjà Sonnez buccins, résonnez trompettes, « Morituri te salutant ! » au lieu de quoi un simple coup de sifflet, coup d’envoi, et tout de suite on commence à courir, à petite allure, trouver sa place, prendre des repères, accompagner son vis-à-vis, celui contre lequel le combat va s’engager, ma partie dans la partie, être meilleur que lui, l’empêcher de développer son jeu puisque tel est mon rôle, selon une division précise du travail, chacun doté d’une zone territoriale et consécutivement d’un alter ego, d’où découlera une série de duels, une mission à respecter au service de l’équipe, du collectif sous peine de faire sombrer l’ensemble, trottiner, se déplacer, évaluer, ne pas faiblir, ne pas se laisser impressionner, le déroulement des premières minutes est déterminant, peut suffire à prendre l’ascendant sur l’autre, à disposer d’une emprise durable, petit jeu du chat et de la souris, côte-à-côte pendant quatre-vingt-dix minutes, un rapport non seulement physique mais psychologique, tandis que Ballon sort du terrain, l’arbitre m’interpelle : Vous le 6, maillot ! et, joignant le geste à la parole, doigts pointés sur la ceinture de son short, m’intime l’ordre de rentrer le maillot dans le mien, de short, un point ridicule du règlement (au motif spécieux de pouvoir vérifier que les joueurs n’accrochent pas leurs adversaires par le maillot) que certains arbitres tatillons s’évertuent à faire respecter, un excès manifeste d’autorité, et donc selon l’arbitre, son degré de compréhension ou d’indulgence, ou plutôt d’intelligence, compte tenu également de la nécessité de ne pas me faire davantage remarquer, de montrer sournoisement ma présumée soumission, mon obéissance à l’ordre établi, à son ordre à lui, je choisis un refus à peine déguisé : Oui oui ! tout en m’éloignant, sans plus lui prêter attention, en courant vers un adversaire esseulé à l’instant où le jeu va reprendre, loin de lui mais tire-bouchonnant vaguement le bas de mon maillot, sans conviction, ou, plus prudent, choisissant l’obéissance feinte : Oui oui ! sans fuir, main levée en signe d’excuse, de bonne volonté évidente, enfonçant le devant du maillot dans le short, et de nouveau absorbé tout entier par le jeu, ne plus s’en soucier, dans certains cas évaluant mal la situation, le rapport de fermeté que compte imposer l’arbitre jusque dans les plus petits détails, justement dans les petits détails, à moins qu’il ne s’agisse d’une sorte d’avertissement à mon encontre, ayant flairé ma combativité brouillonne, une hargne suspecte qu’il entend bien endiguer en me signifiant ainsi qu’il n’acceptera aucun désordre, aucun manquement à la discipline, dût-il être vétilleux, insistant, au regard d’un règlement qu’il a décidé d’appliquer à la lettre : Dans le short s’il vous plaît ! ton menaçant, sourcils froncés, doigt pointé accusateur, ne permettant d’autre alternative qu’obtempérer, me contraignant à draper ma dignité offensée d’une moue navrée, Merde C’est la coupe du monde ou quoi ? qu’on pense sans oser rien dire, même si le plus souvent le résultat est identique : au bout de quelques minutes de jeu, le maillot continue de flotter sur le short, permet à l’air de circuler sans entrave, le torse libre de s’ébrouer (plutôt que corseté, maillot tendu par l’élastique du short, tel un petit garçon endimanché, ridicule), silhouette distinguée de footballeur dilettante, pareil à Platini ou Cantona, m’imaginé-je, et plus qu’un effet esthétique, une manière d’être, d’envisager le jeu, à laquelle la plupart des arbitres sont insensibles, une insupportable contrariété donc qui finirait par peser sur la partie si on ne s’en émancipait pas soi-même…


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