Littérature visuelle et force poétique : Une Épidémie, de Fabien Clouette 17/01/2014 – Publié dans : La revue de presse, Notre actualité – Mots-clé : , ,

Merci beaucoup aux Petites Notes pour cette belle lecture.

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Un genre littéraire contemporain
Je voudrais vous parler d’un petit texte qui m’a bien plu, Une épidémie de Fabien Clouette, paru chez Publie.net. Le titre annonce la couleur, on est bien ici dans le genre de la littérature (post-)apocalyptique ou littérature catastrophe, symptomatique et exutoire des inquiétudes contemporaines et des désirs de changements. Ici c’est une version soft et poétique du genre, en quelque sorte, mais qui parle d’un monde qui s’éteint, et de ce qui suit pour les survivants.

Retour dans la cité silencieuse
Au début d’Une Épidémie, le narrateur sort de la quarantaine mise en place pour enrayer l’épidémie qui a décimé la cité du vent. Il retrouve la citadelle et ses rues désertes, balayées par des rafales d’air chaud, vit au rythme du couvre-feu et de ses déambulations solitaires, tente de recroiser son amie R. On comprend qu’un dérèglement climatique a entraîné une sécheresse terrible, mais on n’en saura pas beaucoup plus sur les causes de l’épidémie, si ce n’est que cette citadelle, derrière ses remparts et face à l’horizon marin, paraît totalement repliée sur elle-même. D’un point de vue narratif, l’action semble en suspend (peut-être un chouïa trop à mon goût), et le temps s’être arrêté. On regarde le personnage évoluer au gré des projets avortés et des rencontres brèves et fantomatiques, enveloppé dans le silence qui s’est abattu sur la ville.

 

De visu in texto
Mais je sens que je suis en train de perdre certains d’entre vous, alors je précise tout de suite que malgré son sujet ce texte n’est pas sombre. C’est tout le paradoxe de cette peinture d’une citée abandonnée mais encore debout, car frappée par un mal invisible (non détruite par des bombes). J’ai rarement lu de la littérature aussi visuelle, qui laisse des images très nettes dans la tête. Quelle mystérieuse écriture que celle de Fabien Clouette, classique dans son style, qui a en revanche un véritable pouvoir d’évocation ! À travers les yeux de son personnage déambulant, il réussit à établir une véritable cartographie mentale de cet ailleurs qui constitue le décor de son récit. J’imagine la citadelle comme une de ces belles endormies maritimes que sont Essouïra ou Cadiz, construite de pierres jaunes, chauffée à blanc par un soleil puissant…

 

Lynch es-tu là ?
Mais la force poétique et littéraire du texte vient également des descriptions de la vie onirique du personnage, remplie de visions, de souvenirs, de rêves nocturnes qui situent soudain l’action dans une réalité parallèle, fractionnée et elliptique. Et même, on flirte avec l’étrange et les littératures de l’imaginaire, avec ces références à des temps immémoriaux, avec l’apparition du personnage du client, complètement lynchéen, inquiétant à souhait (« le rat est mort, vive le rat ! »), ou encore la très belle scène surnaturelle des traces de pas dans la bibliothèque abandonnée colonisée par des bandes de chats.

 

Quand y’en a plus y’en a encore
Malgré une prose que j’ai pu trouver un peu anguleuse parfois, la magie opère donc avec ce texte au fort pouvoir incantatoire et au décor vibrant et visuel qui s’incruste durablement sur la rétine du lecteur.

 

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