Ceux qui lisent Publie.net, version longue 02/03/2013 – Publié dans : Notre actualité – Mots-clé : ,

En plus des microcritiques, les livres de Publie.net sont parfois plus longuement commentés, de la dissection la plus méticuleuse à la vidéo inventive. Un bref vol au-dessus d’un nid de lectures, avec à chaque fois un extrait de ces critiques version longue.

François Bonneau & sa lecture d’Abyssal Cabaret de Maryse Hache, en Publie.papier, sur son blog L’irrégulier (et merci pour le soutien). Abyssal Cabaret qui existe donc à la fois en version numérique et en version papier.

[…] Texte seul, que nous laisses-tu ? […] Une prose poétique, qui exclut la ponctuation pour mieux envoyer le verbe à la figure. On mettra quelques temps à refermer la dernière page.
Mentionnons le travail photographique de Frédéric Desmesure, qui vient agrémenter les pages de cette édition.
On saluera enfin la mémoire de Maryse Hache, trop tôt partie, voilà quatre mois.”

Pour un humanisme numérique, de Milad Doueihi, a été chroniqué par Guénolé Boillot, de l’équipe de la librairie numérique Sans papier sur leur blog.

Que ce soit l’agencement de l’information dans l’espace numérique, le retour du récit dans le web 2.0.(avec l’exemple des timelines Facebook), ou les préjugés culturels à la base du code informatique, l’auteur prend à rebours toutes les idées préconçues.”

Philippe Aigrain, auteur de Cause commune (en epub sur Publie.net et en PDF gratuit sur son site), avait également chroniqué Pour un humanisme numérique lors de sa première sortie dans sa version papier aux éditions Seuil dans son article sur nonfiction.fr , et éclaire intelligemment le cheminement intellectuel de Milad Doueihi.

L’approche de Milad Doueihi est d’une profonde originalité, puisqu’il aborde l’univers numérique avec une boîte à outils que lui seul peut réunir. […] Cela nous donne un livre où l’auteur peut analyser les liens « d’amitié » sur Facebook en les comparant aux définitions que donnent de l’amitié Aristote, Cicéron et Francis Bacon, et le rôle essentiel des dispositifs narratifs et de la mémorisation universelle dans les cultures numériques à la lumière d’auteurs de science-fiction comme Philip K. Dick et Frank Herbert.”

Guénolé Boillot et Camille Grenier, toujours pour le blog de la librairie Sans papier, ont été assez inspiré par Zigzags à travers la science de Michel Verne (le fils du fameux Jules, lui aussi fasciné par un futur qu’il décrit dans une langue surréaliste et fantasque) pour en faire une chronique vidéo (attention, son charme réside principalement dans la voix de la chroniqueuse, n’oubliez pas de monter le son). Ce recueil de neuf articles écrits en 1888 et redécouvert par Philippe Ethuin fait partie de la collection ArcheoSF.

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Brigetoun n’est pas exactement Brigitte Célérier, ce qui ne l’empêche pas d’écrire sur Une pièce à soi de Virginia Woolf, retraduit par Jean-Yves Cotté, « En antre clos se souvenir d’une lecture ».

Ce serait une pièce, tout en haut, dominant la rue qui file vers la place, plus loin, devant, grande ouverte. Ce serait une pièce en amour avec le ciel, ce serait une pièce sans mur, juste cet écran – mais percé pour cadrer la vue sur pierres – baignée dans le ciel qui ce jour là serait en gloire glacée.
Non
Ce fut un jour d’yeux qui plissaient, de tempes enserrées, de fil d’air passant comme toujours à travers les battants qui ne ferment plus complètement, ce fut un jour où carcasse ne voulait rien, renonçait.”

Et pour finir sur de la dissection de haute précision, Marc Jahjah, soit l’homme derrière SoBookOnline. Il a commencé il y a 105 jours (c’est son blog qui nous le dit) une série de billets intitulée Découvrir la littérature numérique avec Publie.net. Pour résumer en très peu de mot le fil rouge de ces billets : « Sortir des visions désenchantées, fausses et idiotes […] aller vois ce qui se fait […] sans chercher à “faire le tour du propriétaire”. » Dans son premier article se retrouve cette idée plus complètement déroulée. Le second texte de cette série creuse la chair de l’Accident de personne de Guillaume Vissac, et la langue de Marc Jahjah est curieuse, vive, pique aux endroits névralgiques pour finalement rendre compte (bien sûr subjectivement) de la structure qui anime cette création de Guillaume Vissac (et, dans sa version epub, une structure aussi construite avec l’aide de Gwen Catala).

[…] Accident de personne est une très belle oeuvre (même dans ses maladresses et précipitations, observables sur Twitter), qui a beaucoup gagné en structuration et justification lors du passage à la compilation. Avec Gwen, Guillaume a manifestement découvert les possibilités offertes par l’ePub et les effets littéraires qu’il pouvait en tirer. Le travail accompli est énorme et impressionnant : construire ainsi des parcours cohérents nécessite d’en suivre la logique et les ramifications éventuelles, de les mettre à plat, de les lier, avant de les répartir soigneusement (Claude Simon utilisait par exemple des fils de différentes couleurs pour suivre la progression de ses propres personnages) afin de faire de certains éléments des fragments (pronoms, verbes, etc.), à partir de la puissance notulaire, les espèces d’un index classificatoire.

Admirable aussi de voir comment le chaos (la contingence, le hasard) s’ordonne dans le cosmos, la nécessité de la lecture : car il n’y aurait aucun sens à lire Accident de personne de façon « linéaire » (terme souvent utilisé abusivement pour des raisons promotionnelles : « linéaire »-ennuyeux VS « interactivité »-trop-fun mais pas ici), page par page. On ne manquerait pas seulement l’esprit du projet, ni sa structure, mais la lecture elle-même de l’oeuvre. À titre de comparaison et d’exemple : c’est comme si vous cherchiez la musique dans la lecture de sa partition et dans la dissociation de chacune des notes d’une chanson. […]”

 

Merci à eux pour ces retours, importants et même essentiels. En plus de relayer des livres, ils sont surtout les concrétions prolongeant et dévoilant des expériences de lectures dont Publie.net est l’un des médiateurs.