[NOUVEAUTÉ] Archéologie du futur : Mémoires d'une Société de gens de lettres en l'an 2355 19/06/2019 – Publié dans : Notre actualité – Mots-clés : , ,

La semaine dernière, nous publiions L'empire savant, de Pierre-Marie Desmarest, un récit inédit retrouvé par Vincent Haegele. Cette semaine, la collection ArchéoSF s'enrichit encore d'un livre hors-normes.

Qu’est-ce que le futur dira de notre époque ? Cette question émerge dès le XVIIIe siècle sous la plume du graveur et journaliste Charles-Nicolas Cochin (1715-1790) à l’époque où l’on découvre Pompéi (1748) et où Piranese publie Le antichità Romane (1756). Dans une série d’articles prétendument publiés au XXIVe siècle de notre ère, Cochin livre les interprétations de savants de l’avenir sur les artéfacts architecturaux, picturaux et sculpturaux laissés par son époque. Les textes de ces érudits donnent l’occasion à l’auteur d’exprimer ses idées sur l’art de son temps. Les Mémoires d’une société de Gens de Lettres publiés en l’année 2355 influenceront Louis- Sébastien Mercier qui écrit en 1771 L’an deux mille quatre cent quarante. Rêve s’il en fut jamais, première anticipation d’ampleur. Ils inaugurent le thème de l’« archéologie du futur » qui connaît une vogue jamais démentie. Les Mémoires d’une société de Gens de Lettres sont pour la première fois rassemblés en un seul volume. Ils passionneront autant les amateurs d’histoire des arts (architecture, peinture, sculpture), les curieux qui se penchent sur l’imaginaire collectif du passé que ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’anticipation.

Présentation

par Philippe Éthuin

Le thème de l’archéologie du futur occupe une place particulière dans le champ de l’anticipation. Quand Charles-Nicolas Cochin (1715-1790) publie, en 1755-1756, les articles Mémoires d’une Société de gens de lettres publiés en l’an 2355 dans le Mercure de France, il ouvre une voie dans laquelle va s’engouffrer Louis-Sébastien Mercier avec L’An 2440, Rêve s’il en fut jamais (1771), premier véritable roman d’anticipation. Pour certains critiques, Cochin serait l’un des modèles de Mercier1.

Ses contemporains du siècle des Lumières déportent le regard au moyen de l’exotisme en faisant intervenir des personnages extérieurs à la société française tels les Persans des Lettres persanes (1721) de Montesquieu ou le géant Micromégas (dans le conte éponyme de Voltaire paru en 1752) venu de la planète Sirius, accompagné du secrétaire de l’Académie de Saturne.

Si la projection dans un futur plus ou moins lointain est un moyen souvent utilisé pour porter un regard satirique sur l’époque présente de l’écriture, quand Charles-Nicolas Cochin use de l’anticipation (c’est l’une des premières fois de l’histoire littéraire), il est extrêmement novateur.

Grâce à un regard rétrospectif de l’an 2355 vers son époque, Charles-Nicolas Cochin fait état de ses penchants esthétiques et participe au débat sur le « Beau » qui traverse son temps. Il est en effet un graveur, un dessinateur (on lui doit le frontispice de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert) et un historien d’art ; ses écrits et sa position sociale font de lui un acteur important de la vie artistique et culturelle. Il collabore à plusieurs reprises au Mercure de France entre 1750 et 1760 avec des articles dans lesquels il défend ses idées esthétiques. Il attaque par exemple l’art « rocaille » très à la mode à son époque (dans le Mercure de France de décembre 1754) ou la mode de l’antiquité dans les arts (dans Nouveau Choix de Mercure, 1760). Régulièrement il affirme que les gens de lettres n’ont aucune autorité pour la critique d’art. Selon lui, seuls ceux qui connaissent et pratiquent les techniques artistiques peuvent juger des œuvres artistiques.

Après un voyage en Italie, Charles-Nicolas Cochin publie avec Jérôme-Charles Bellicard Observations sur les antiquités de la ville d’Herculanum. À plusieurs reprises déjà, il attaque le goût de ses contemporains pour les œuvres antiques et défend les artistes modernes. Ces saillies critiques se retrouvent dans les Mercure de l’an 2355.

Ces Mercure de l’avenir rédigés par Charles-Nicolas Cochin proposent à la fois une satire des goûts de ses contemporains, trop marqués par les conventions, et entraîne le lecteur vers la critique de la science historique trop incertaine pour dévoiler toute la vérité.

Le thème de l’archéologie du futur connaît des développements qui débordent le seul domaine de la science-fiction. L’encyclopédie Rétrofictions en indexe plus d’une centaine pour la période 1755-1951, avec Cochin comme pré- curseur. De nombreuses œuvres continuent à être produites tant dans le domaine littéraire que cinématographique, radiophonique ou artistique.

Et quand les savants de l’avenir mis en scène dans les fictions de Charles-Nicolas Cochin accumulent les erreurs d’interprétation, cela fait certes sourire le lecteur mais le fait également réfléchir sur ce que le futur dira de nos goûts et de nos habitudes, de nos arts et de nos conventions, de notre temps et de nos imaginaires.

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104 pages
ISBN papier 978-2-37177-575-6
ISBN numérique 978-2-37177-209-0
12€ / 4,99€

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