[PUBLIE.ROCK] 40 ans de The Cure : pourquoi lire J'ai été Robert Smith de Daniel Bourrion 16/10/2018 – Publié dans : La revue de presse, Notre actualité – Mots-clé : , ,

The Cure célèbre cette année ses quarante ans de carrière, l’occasion pour ceux qui ne le connaissent pas de découvrir ce chouette livre de Daniel Bourrion publié en 2012 dans la collection publie.rock.

Pour nous qui avons grandi dans les années 80, Robert Smith est l’une des figures qui nous ont guidés jusqu’au sortir de l’adolescence, le grand frère à qui on s’identifiait, émergeant de la sombre grisaille de la fin des seventies et du West Sussex de l’Angleterre. Sa musique était mélancolique, désespérée et triste comme nos adolescences, mais avait réchappé du nihilisme punk, suffisamment pour qu’en l’écoutant on se sente rebelle sans aller jusqu’à se mettre véritablement en danger.

C’est de cette adolescence-là dont il est question, bien plus que du leader des Cure, dans le livre de Daniel Bourrion, J’ai été Robert Smith : 

(…) échanger sa peau sa vie avec celle d’une star, qu’on s’imagine ça et que l'on comprenne qu’il y avait là une sorte de rêve fou et d’absurdité totale dont on n’avait pas le moins conscience, certain alors que c’était là que se ferait la sortie de la vallée et de la terre aux sillons hauts dont on voulait tant s’échapper (…). Face à l’ennui, face à un avenir que l’on nous promettait difficile, dans un monde où le Sida venait d’apparaître, un monde frappé (déjà!) par la crise économique, un monde en guerre froide, un monde revenu de tous ses idéaux, que nous restait-il alors pour rêver, sinon (…) la légende dorée qu’on s’inventait au lycée des heures durant vautré sur les mauvais fauteuils aux teintes passées usées par des fesses et des fesses à jeans toujours pareils (…)

Les phrases coulent et nous entraînent sur les traces d’un passé proche et pourtant définitivement dépassé, où l’on s’achetait un walkman pour écouter nos cassettes métal ou ferrochromes, Dolby NR, le temps des premières virées et des premiers défis, le temps des premières bitures aussi. C’est toujours la même histoire, en vérité, les idoles et le folklore changent, mais la blessure reste la même, d’une génération l’autre, qu’on ait grandi en Lorraine, à Paris ou ailleurs.

Philippe Castelneau

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