[NOUVEAUTÉ] Au temps où les femmes régneront : fantasmes et anticipations sur l'avenir de la femme 11/10/2018 – Publié dans : Notre actualité – Mots-clé :

On aurait pu souhaiter que le thème central de notre nouvelle anthologie ArchéoSF soit un objet de curiosité un peu étrange à notre époque : il aurait donc existé un temps où le droit des femmes n'allait pas de soi ? Mais non, l'égalité femme-homme n'est toujours pas, à l'heure actuelle, totalement effective et nous pouvons donc nous replonger dans ces textes du passé, qui anticipaient l'avenir, avec attention. Dans ces articles, exhumés et regroupés comme de coutume par Philippe Éthuin, il serait faux de parler véritablement de féminisme : il s'agit avant tout de textes d'auteurs masculins qui essayent d'envisager des futurs possibles durant lesquels le statut de la femme aura évolué. Si certains prônent une égalité des sexes absolue, d'autres au contraire envisagent un renversement des dominations. Il n'empêche, ces textes nous éclairent sur notre époque présente et nous aident à estimer le chemin parcouru (entre le 19e siècle et nos jours) et ce qu'il reste encore à parcourir pour faire advenir un temps où personne n'aura plus besoin de régner sur personne.

La femme, dans la société nouvelle, jouira d’une indépendance complète ; elle ne sera plus soumise même à un semblant de domination ou d’exploitation ; elle sera placée vis-à-vis de l’homme sur un pied de liberté et d’égalité absolues.

La femme de l’avenir
Auguste Bébel, 1891

Au XIXe siècle, alors que les revendications féministes ne cessent de croître, que les femmes gagnent peu à peu des droits, des hommes écrivent des anticipations sur le rôle futur des femmes. L’anthologie Au Temps où les femmes régneront réunit un échantillon représentatif des fantasmes masculins de cette ère à venir à travers différentes formes : conte, théâtre, utopie… Un siècle après, ces textes continuent de nous interroger et révèlent leur modernité.

Pour certains auteurs, ce sera une sombre époque de relégation des hommes, de remise en cause d’un supposé « ordre naturel », d’inversion des dominations et de tyrannie féminine. Pour les autres, ce sera le triomphe de l’égalité entre les sexes, de la déconstruction des genres et pourra alors naître une société utopique reposant sur des rapports femmes-hommes apaisés.

Comme le dit le poète, la femme est l’avenir de l’homme.

Présentation, par Philippe Éthuin

Pour un Charles Fourier affirmant : « Les progrès sociaux s’opèrent en raison du progrès des femmes vers la liberté ; et les décadences d’ordre social s’opèrent en raison du décroissement de la liberté des femmes », combien de penseurs et écrivains relèguant la femme à de multiples formes d’infériorité ?

À partir du XIXe siècle, alors que les revendications féministes ne cessent de croître, que les femmes gagnent peu à peu des droits, des hommes écrivent des anticipations sur le rôle futur des femmes. Nous en avons réuni une sélection représentative à travers les nouvelles ici rassemblées.

Plusieurs options idéologiques apparaissent. Nombreux sont les auteurs masculins à tenter de ridiculiser celles qu’on appelle les suffragettes et à dénier aux femmes la possibilité de connaître quelque forme d’émancipation que ce soit. Plusieurs textes réunis dans cette anthologie témoignent de ce sexisme. Pour la plupart, ils ont été édités dans la presse quotidienne (alors fort lue) et dénoncent une remise en cause d’un ordre supposé « naturel » dans une société future où les hommes auraient perdu le pouvoir. Sous la plume de Georges Courteline (1858-1929), dans « Un bataillon scolaire en l’an 1900 » (1885), un lieutenant ne parvient pas à faire régner l’ordre parmi ses troupes… féminines dont les charmes ne cessent de troubler les militaires.

Alphonse Crozière (1873-1946), surtout connu pour ses ouvrages pour enfants, serait classé aujourd’hui dans les propagateurs de la culture du viol. Il use du trope, fort répandu dans les anticipations sociales concernant les rapports femmes-hommes, de l’inversion des rôles : les hommes sont devenus les dominés et les femmes les dominantes. Loin de garantir une forme d’égalité, c’est bien de revanche féminine qu’il s’agit, comme dans le texte de Pierre Veber (1869-1942) dans lequel les femmes occupent les postes importants et les hommes sont relégués aux tâches subalternes.

À mesure que les revendications féministes se font plus fortes, que les femmes s’organisent et gagnent des droits, les anticipations anti-féministes se durcissent. Dans une position de défense, les auteurs masculins se livrent à des satires acerbes dans lesquelles les femmes de l’avenir regrettent le triomphe du féminisme, manière de vouloir que les rapports entre sexes restent inchangés et parfois se montrent encore plus tyranniques que les hommes. Certaines attendent, dans l’avenir quand les femmes régneront, des réactions inverses sous le nom de « masculinisme ».

Si le poète affirme que la femme est l’avenir de l’homme, l’avenir des femmes vu par les hommes fut souvent caricatural.

Il n’empêche que même chez les auteurs les plus sexistes, le fait de montrer en action des femmes occupant les fonctions de médecin, avocat, juge, etc., donne une légitimité aux volontés de bousculer l’ordre établi. Durcir le ton, c’est aussi montrer sa faiblesse et, en creux, la marche inéluctable vers l’égalité femmes-hommes.

Les auteurs les plus « féministes » ici réunis pourront sembler parfois bien timides par certains aspects mais ils sont aussi prisonniers des préjugés de leur époque et tentent, quelquefois maladroitement, de dépasser les stéréotypes et d’imaginer les femmes pleinement libres. Eugène Pottier (1816-1887), l’auteur de « L’Internationale », imagine « La Grève des femmes » (1867), qui est une interruption de toute procréation, jusqu’à la disparition de la guerre, source de toutes les misères populaires. Auguste Bebel (1840-1913), socialiste et féministe allemand largement traduit en France, envisage que la femme sera complètement libre dans la société de l’avenir et que cette liberté est la condition de l’égalité entre les sexes. Elie Brun-Lavainne (1791-1875) se livre à une anticipation utopique dans laquelle la femme n’a pas conquis le pouvoir mais est devenue l’égale de l’homme.

Si à l’époque où ces textes parurent, les revendications du féminisme concernaient principalement les questions du droit de vote afin d’acquérir l’égalité politique, de la conquête de droits sociaux et économiques et du droit à l’éducation, la femme y reste encore largement une forme d’altérité difficilement compréhensible et la déconstruction des genres y est déjà en germe. Ces textes posent déjà la question de la place de la femme dans la société, des rapports entre les sexes et de la remise en cause du patriarcat.

 

 

136 pages
ISBN papier 978-2-37177-546-6
ISBN numérique 978-2-37177-191-8
13€ / 5,99€

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