[NOUVEAUTÉ] Journal de la crise : 2008, de Laurent Grisel 16/05/2018 – Publié dans : Notre actualité – Mots-clé : , ,

Cela dure depuis 2006 mais en réalité cela dure depuis plus longtemps que ça. La crise (ou les crises), que Laurent Grisel  étudie avec patience et minutie depuis plusieurs années maintenant et à laquelle il consacre sa série Journal de la crise de 2006, 2007, 2008, d'avant et d'après. Aujourd'hui, volume 3, c'est l'année 2008 qui est à l'honneur dans un livre limpide qui nous permet de garder le cap en plein tumulte : faillites d'AIG et de Lehman Brothers (entre autres), affaire Kerviel-Société générale, émeute de la faim dans près de 40 pays... Le sommaire est sensible.

Dans une langue toujours claire, pleine d'empathie pour ceux et celles sur qui la violence des puissants n'en finit pas de s'abattre, inquiète quand il s'agit d'aborder les bouleversements environnements qui n'en finissent pas, Laurent Grisel nous montre l'envers des discours dominants. Il nous permet de saisir les enjeux d'une situation qui, contrairement aux idées reçues, n'a pas nécessairement à nous dépasser. Il suffit d'aller au cœur de la tempête avec lui et de revivre l'enchaînement des évènements, loin des commentaires convenus d'une certaine presse de l'époque. Bien que recouvrant des années révolues à dix ans de distance, le présent n'est jamais loin : le Journal de la crise fait le lien.

 

Avant-propos

 

Il n’y a pas de « crise de 2008 ». Les lecteurs de ce journal savent qu’elle a commencé bien avant. On ne peut pas dater le début d’une crise selon ce qu’en retient « l’histoire » car dans cette expression, l’histoire, l’histoire ce sont les journaux et les journaux sont possédés par ceux qui ont intérêt à cacher le plus longtemps possible ce qui a commencé depuis longtemps — la date qui serait alors retenue serait toujours et fatalement tardive. Si on prend pour date de début d’une crise économique le moment où les responsables politiques et économiques ont pris conscience de son avancée irréversible, et prennent, ensemble, des décisions en conséquence, alors ce fut, à peu près, à la fin de l’hiver 2005-2006.

Mais ce fut, de toute façon, bien plus qu’une crise économique. Nous y sommes encore et nous en connaissons toutes les dimensions psychologiques, écologiques, géopolitiques — métaphysiques, même, puisque les catégories de pensées qui tourbillonnent dans l’air du temps pour saisir le monde sont fausses, elles font défaut, il faut les reprendre — et tout ce journal, ou plutôt son écriture, est un effort en ce sens — une bataille livrée contre les généralités et les bavardages, contre les charités aveuglées et aveuglantes, etc., dont on ne peut sortir que par un surcroît de précision, par la recherche des relations de cause à effet, non en fantasmagories, surtout pas en lieux communs, mais matériellement, par la tenue ensemble de toutes les dimensions de l’effondrement en cours.

Au reste, ce n’est pas une crise. Ce mot induit un état passager, dans lequel on entre et dont finalement on sort pour revenir à l’état antérieur, avec quelques modifications et « progrès », certes. Mais c’est autre chose. C’est un Empire qui s’effondre et avec lui la civilisation qu’il a portée. Il n’y aura pas de retour aux affaires habituelles.

Il y eut en effet, comme une sorte d’apothéose, la faillite de Lehman Brothers annoncée le 15 septembre 2008. Pas vraiment une surprise, elle fut précédée de faillites d’institutions de plus en plus grosses. Et toute cette année ressembla trop, côté finances, au scénario déjà entrevu à l’automne 2006 ; un sentiment de déjà connu attachait ces événements au passé. Je ne sais plus si ce fut au printemps ou durant l’été 2008 que je décidai d’arrêter cette folle prise de notes le 15 octobre parce que, de toute façon, l’explosion aurait déjà eu lieu.

2008 fut pour moi l’année de la faim. J’avais noté, juste en fin d’année précédente, le 30 décembre 2007, sans en saisir la signification ni la portée, mais parce que c’était une vue d’ensemble de la misère au cœur de l’Empire, je l’avais lu, ce rapport d’étude sur l’augmentation des demandes de secours alimentaire (+ 35% à Detroit) et celle des sans-abri. La faim revint dans mon actualité le 21 janvier, avec le prix du soja en Indonésie, elle devint évidente à Haïti, puis dans des dizaines de pays partout, indissociable de la flambée des prix du pétrole ; j’appris peu à peu que l’inflexion décisive s’était produite en 2005, 2006, avec la brusque bascule de l’agriculture industrielle vers la production d’agrocarburants — et les premières émeutes de la faim eurent lieu au Mexique début 2007 —, quant à l’ouverture des marchés à terme de matières premières sans limites elle commença en 1991, je l’apprenais le 27 juillet 2008, grâce à Paul Jorion, dans la note 21 du témoignage d’un gérant de fond spéculatif, Michael W. Masters, devant un comité du Sénat états-unien.

N’importe quel trajet parcouru une deuxième fois paraît beaucoup plus court — ainsi de cette année 2008 que je vécus comme si je la connaissais déjà — et dès son deuxième parcours un trajet connu est propice au recul, à la rêverie, rêveries qui entraînent vers le passé, vers les futurs possibles ; les deux derniers volumes de cette série de cinq, Avant et Après, en donneront une idée et c’est le rôle, sans doute, de ce troisième volume, 2008, comme un pivot, d’emporter avec lui l’expérience acquise en 2006 et 2007 vers ces recherches. Où ces lectures vous emporteront-elles, je ne sais pas.

 

Agenda

Le 28 juin à 19h à la librairie La terrasse de Gutenberg (Paris 12ème), rencontre avec Laurent Grisel à l'occasion de la parution du troisième volume du Journal de la crise.  Rencontre animée par Philippe Aigrain.

 

Il n’y a pas de « crise de 2008 ». C’est plutôt un changement d’époque que saisit Laurent Grisel, et dont il date le début « à la fin de l’hiver 2005-2006. »

Ce fut, de toute façon, bien plus qu’une crise économique. Nous y sommes encore, et nous en connaissons toutes les dimensions psychologiques, écologiques, géopolitiques – métaphysiques, même, puisque les catégories de pensées qui tourbillonnent dans l’air du temps pour saisir le monde sont fausses, elles font défaut, il faut les reprendre – et tout ce journal est un effort en ce sens – une bataille livrée contre les généralités et les bavardages, contre les charités aveuglées et aveuglantes, dont on ne peut sortir que par un surcroît de précision, par la recherche des relations de cause à effet, non en fantasmagories, surtout pas en lieux communs, mais matériellement, par la tenue ensemble de toutes les dimensions de l’effondrement en cours.

L’année 2008 fut celle d’un quinquennat Sarkozy commençant par des politiques d’extrême droite, de « l’affaire Kerviel ‒ Société Générale », des faillites de Countrywide, de Lehman Brothers, d’AIG. Dans ce troisième volume du Journal de la crise comme dans les précédents, Laurent Grisel, en écrivain qui finit d’écrire Un Hymne à la paix (16 fois), déplace le regard. « 2008 fut pour moi l’année de la faim », écrit-il : celle des émeutes de la faim dans près de 40 pays, comme un avenir qui nous est promis. Son enquête en découvre les causes, exposées au vu de tous et pourtant brouillées et niées ‒ et il en fait un événement qui rassemble tous les traits de l’époque, écologiques, industriels, financiers, politiques, humains ‒ nouant ainsi tout ce qui a été appris depuis 2006 et nous entraînant vers les deux volumes à venir, Avant et Après.

 

272 pages
ISBN papier 978-2-37177-507-7
ISBN numérique 978-2-37177-172-7
20€ / 5,99€

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