[NOUVEAUTÉ] Yoko Ono dans le texte, de Christine Jeanney 24/01/2018 – Publié dans : Notre actualité – Mots-clé : ,

Que sait-on de Yoko Ono ? La figure de la sorcière venue briser l'harmonie des Beatles que l'opinion publique a cruellement gardée d'elle est encore vive dans l'imaginaire collectif, et ce même près de quarante ans après la mort de John Lennon. On dit d'elle qu'elle fut haïe par les autres Beatles, puis par les fans, on ironise sur ses prétendues piètres prouesses vocales ; c'est pourtant une artiste universelle dont la vision et l'éclectisme aura su marquer son siècle (voir les rétrospectives montées dans différents pays, parmi lesquels la France, ces dernières années).

Mais je ne crois pas qu'avec ce livre, Yoko Ono dans le texte (YODLT pour les intimes), Christine Jeanney soit allée lorgner du côté de l'hommage, ou alors pas seulement. Il rend compte. Il extirpe. Il joue aux Légo avec la personne (la personne et les personae) de celle que dans ce livre on apppelle Y.O. Il déconstruit plusieurs formes qui répondent toutes au nom de Y.O. : la figure de l'artiste, la figure de la femme, la figure de la muse, la figure de l'enfant... Autant de pièces d'un de ces puzzles à mille faces (ou autant de fragments de porcelaine brisée, autant de tessons, pour reprendre une image qui reviendra dans le livre) comme secouées par un bon coup de pied dans la fourmilière : le livre prendra alors furieusement les contours d'un de ces portraits cubistes qui parviennent à représenter plusieurs angles d'un même visage en même temps. Ou alors un portrait en volume, quelque chose de l'ordre de l'hologramme (il n'est pourtant pas nécessaire de lire ce livre muni de lunettes 3D). Car YODLT est aussi un texte plastique, et pas seulement grâce aux œuvres que l'auteure a conçues et disséminées un peu partout dans le livre. Son écriture l'est. Son ampleur.

Et c'est la langue légère et légèrement retorse de Christine Jeanney qui se charge de faire le liant. D'aller d'un point à un autre de l'esquisse, la big picture. Le mystère Y.O. Une langue assez distante pour oser de salutaires distorsions. Assez profonde pour révéler les énergies souterraines et recomposer les contours d'un nouveau masque encore : non pas Yoko Ono vue comme objet d'étude, biographée en quelque sorte (laissons faire les biopic à venir), ni même Yoko Ono comme personnage de roman mais bien Yoko Ono, l'œuvre littéraire (YOŒL si vous voulez), action poétique à elle toute seule, et voix réinventée.

Et parce que depuis tant d'années maintenant Christine est si précieuse dans son investissement à publie.net (sur scène et en coulisse, car vous n'imaginez pas tout ce qui, sans elle, ne serait pas possible dans la vie au quotidien de notre petite maison d'édition), profitez également de ce making-of fabuleux offert par la maison (lectures audio comprises) pour aborder ce livre avec bonheur. Chaleur. Espoir. Il le mérite.

 

 

On s’imaginerait une maison à construire ; on s’imaginerait une maison à construire avec des murs ; on s’imaginerait une maison à construire avec des murs de lumière ; dans cette maison aux murs de lumière, chaque pièce serait remplie de tessons de porcelaine brisée, oh comme tout serait brisé ; ce serait à nous de réparer ; ce serait difficile, nous serions obstinés ; nous recollerions tout ce que nous pourrions retrouver.

Yoko Ono réinventée. Elle est à la fois le message et le medium de ce roman kaléidoscopique qui la prend pour objet. De ses créations d’art contemporain à sa musique en passant par son histoire intime avec John Lennon, la mythologie qui a pu en naître, mais aussi son enfance, ses zones d’ombres et sa postérité, c’est un portrait fractal qui se dessine. Un portrait zen composé d’une infinité de petits tessons de porcelaine brisée, dont chaque fragment contiendrait une clé possible de son œuvre. Une maison ouverte à chacun, un atelier de travail dont l’écriture, limpide, nous entraine dans une danse (et une transe) créatrice. En cela, c’est aussi une enquête minutieuse : les morceaux sont bien faits pour être recollés. Ou recomposés encore dans le travail d’invention plastique effectué par Christine Jeanney et qui accompagne la lecture de ce livre.

 


 

168 pages
ISBN papier 978-2-37177-541-1
ISBN numérique 978-2-37177-182-6
16€ / 5,99€

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