[NOUVEAUTÉ] Les Ruines de Paris, une anthologie réunie par Philippe Éthuin 19/06/2015 – Publié dans : Notre actualité – Mots-clé : , , ,

Le XIXe marque, non sans résistances, l’émergence de l’archéologie scientifique. Les fouilles entreprises à la fin du XVIIIe siècle à Herculanum à partir de 1738, de Pompéi à partir de 1748 puis les découvertes de Pétra (1812) et plus encore l’engouement pour l’égyptologie en France après la Campagne d’Égypte de Bonaparte popularisent les méthodes scientifiques de l’époque et soulèvent l’intérêt du public.

La littérature s’inspire des découvertes archéologiques. Edward Bulwer-Lytton raconte en 1834 Les Derniers jours de Pompéi, Prosper Mérimée imagine La Vénus d’Ille (écrite en 1835 et publiée en 1837), Gustave Flaubert reconstitue Carthage au IIe siècle avant Jésus-Christ dans Salammbô (1862). Théophile Gautier produit plusieurs textes d’inspiration archéologique comme la nouvelle Arria Marcella (1852) ayant pour cadre Pompéi ou Le Roman de la Momie racontant l’histoire d’une jeune Égyptienne au temps des Pharaons.

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De la reconstitution du passé grâce aux traces archéologiques à la question des traces que Paris laissera dans cent, mille ou cinq mille ans, il n’y a qu’un pas régulièrement franchi par les écrivains.

Dans la préface de Mademoiselle Maupin (1835) Théophile Gautier réfléchit à ce qu’il restera de son époque dans mille ans :

« Si, demain, un volcan ouvrait sa gueule à Montmartre, et faisait à Paris un linceul de cendre et un tombeau de lave, comme fit autrefois le Vésuve à Stabia, à Pompéi et à Herculanum, et que, dans quelque mille ans, les antiquaires de ce temps-là fissent des fouilles et exhumassent le cadavre de la ville morte, dites quel monument serait resté debout pour témoigner de la splendeur de la grande enterrée, Notre-Dame la gothique ? — On aurait vraiment une belle idée de nos arts en déblayant les Tuileries retouchées par M. Fontaine ! Les statues du pont Louis XV feraient un bel effet, transportées dans les musées d’alors ! Et, n’étaient les tableaux des anciennes écoles et les statues de l’antiquité ou de la Renaissance entassés dans la galerie du Louvre, ce long boyau informe ; n’était le plafond d’Ingres, qui empêcherait de croire que Paris ne fût qu’un campement de Barbares, un village de Welches ou de Topinamboux, ce qu’on retirerait des fouilles serait quelque chose de bien curieux. — Des briquets de gardes nationaux et des casques de sapeurs pompiers, des écus frappés d’un coin informe, voilà ce qu’on trouverait au lieu de ces belles armes, si curieusement ciselées, que le moyen âge laisse au fond de ses tours et de ses tombeaux en ruine, de ces médailles qui remplissent les vases étrusques et pavent les fondements de toutes les constructions romaines. Quant à nos misérables meubles de bois plaqué, à tous ces pauvres coffres si nus, si laids, si mesquins que l’on appelle commodes ou secrétaires, tous ces ustensiles informes et fragiles, j’espère que le temps en aurait assez pitié pour en détruire jusqu’au moindre vestige. »

Les ruines futures de Paris sont un terrain d’exploration pour les auteurs rassemblés dans cette anthologie. Pour certains, il s’agit de ridiculiser les travers de leurs contemporains, pour d’autres d’illustrer une philosophie et faire réfléchir sur la petitesse de l’homme et pour les derniers de tout simplement amuser le public.

Alors qu’il n’a que quinze ans, Victor Hugo aborde le thème des ruines de Paris. Dans l’ode Le Temps et les cités (1817, publication posthume en 1892), le poète évoque le futur de Rome et de Paris vouées aux ruines. Les vestiges de Paris apparaîtront vingt ans plus tard dans l’œuvre hugolienne dans Les Voix intérieures avec une vision de l’Arc de triomphe en ruines dans trois mille ans superbement illustrée par Georges Riou.

Maurice Saint-Aguet (1809-1873) est aujourd’hui un auteur oublié. Membre de la Société des gens de Lettres, il a publié des poésies (comme Les Perce-Neige), des vaudevilles, des romans.

À la fin du XIXe siècle, la Comtesse Dash écrit : « [il] fit parler de lui pendant fort peu de temps ; il eut comme une fusée de succès, brillante et lumineuse. Elle retomba vite, puis il disparut de la carrière. Il avait fait un recueil de nouvelles, où il s’en trouvait une, Catherine ou la Croix d’or, qui frappa davantage les imaginations. Elle eut la bonne fortune d’inspirer deux vaudevilles qui réussirent à différents théâtres. Lafond y trouva un de ses plus beaux rôles, le sergent Austerlitz. Ce fut même, peut-être, l’origine de toutes les Croix de ma mère, de mon père, de ma tante, que nous avons vues depuis ; le mélodrame s’empara de l’idée et nous la servit sous toutes les formes. »

Quant à Gustave Vapereau, il nous livre cette notice dans le Dictionnaire universel des contemporains :

« MAURICE SAINT-AGUET (Louis-Charles), littérateur français, né à Paris, le 17 mars 1809, fit ses classes comme boursier au collège de Rouen.

Fils d’un capitaine au corps des ingénieurs-géographes, il entra, en 1828, à l’École polytechnique, d’où il sortit au bout d’une année. Il était précepteur dans une riche famille, lorsqu’il fit insérer en 1833, dans Salmigondis, une nouvelle, l’If de Croissey, ou la Croix d’or, qui eut du succès. Il voulut, sur la foi de ce début, tenter a fortune littéraire, collabora à l’Entr’acte et au Vert-Vert, puis devint professeur de mathématiques au collège de Vendôme. il ne cessa pas de se livrer à son goût pour les lettres, et publia par souscription un petit volume de poésies, les Perce-neige (Vendôme, 1835), dont une pièce, le Fil de la Vierge, grâce à la musique de M. Scudo, devint rapidement populaire. Revenu à Paris en 1837, M. Maurice Saint-Aguet entra, en qualité de secrétaire de la rédaction, au Journal général de la France, et y donna ses premiers feuilletons. Il réussit dans ce genre de littérature et vit ses romans accueillis par divers journaux, principalement par le Siècle. De 1839 à 1842, il fut employé dans l’administration du domaine privé du roi Louis-Philippe. Ses romans, à l’exception de Jean le matelot (1837, 2 vol. in-8), n’ont pas été imprimés à part. »

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En 1850, il propose dans le Bulletin des Gens de Lettres une longue nouvelle ayant pour titre Les Ruines de Paris. Il s’agit, à notre connaissance, de sa seule incursion dans le domaine de l’anticipation.

Vingt ans plus tard, Alfred Franklin, qui a fait pratiquement toute sa carrière à la bibliothèque Mazarine, dont il fut administrateur de 1885 à 1906, imagine la relation épistolaire entre une expédition calédonienne et les membres du gouvernement Nouméa dans Les Ruines de Paris en 3875 (1875) plusieurs fois réédité, modifié (sous le titre Paris dans 3000 ans, fantaisie prophétique en 1879) et augmenté jusqu’en 1908 (sous le titre Les Ruines de Paris en 4908). Érudit concernant l’histoire de Paris, il se moque dans cette œuvre de la vanité des archéologues qui pensent reconstituer le passé à partir de quelques fragments et qui risquent d’en tirer des conclusions erronées.

Il aborde le thème de l’archéologie du futur une nouvelle fois dans le court texte Mœurs et coutumes des Parisiens en 1882, Cours professé au Collège de France pendant le second semestre de l’année 3882 par Alfred Mantien, Professeur d’Archéologie Transcendante (1882).

Sous le pseudonyme collectif de Santillane nombre de collaborateurs ont rédigé des chroniques pour le journal Gil Blas. En 1901 paraît un petit conte d’archéologie du futur où l’ordre occidental a été bouleversé et dans lequel l’on retrouve des traces archéologiques parisiennes dont les savants du futur sont bien en peine de comprendre les tenants et aboutissants… pour le plus grand plaisir du lecteur.

Enfin, pour clore cette anthologie, Louis-Sébastien Mercier (1740-1814), polygraphe connu pour son Tableau de Paris et son anticipation L’An 2440, s’interroge sur l’avenir de Paris qui risque bien d’être celui de toutes les grandes métropoles du passé comme Thèbes, Tyr, Carthage ou Palmyre : un tas de ruines…

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