[NOUVEAUTÉ] Nos guerres indiennes, de Benoit Jeantet 15/12/2014 – Publié dans : Notre actualité – Mots-clé : , , , , ,

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Fierté d’accueillir aujourd’hui Benoit Jeantet sur les bancs de publie.net avec Nos guerres indiennes. Son livre paraîtra également en papier le 4 mars. Mais quel que soit le support, les mots sont les mêmes, et aujourd’hui c’est en numérique que nous publions ce livre, alors à vos liseuses, à vos tablettes, à vos smartphones, à vos ordinateurs ! Merci à Matthieu Hervé et Jean-Yves Fick pour la préparation éditoriale, à Frédérick Jeantet pour la photographie de couverture.

Écrire, mais comment et raconter, à quoi bon ? Dans les récits qui composent Nos guerres indiennes, Benoit Jeantet interroge, d’une séquence l’autre, ce qui reste. Ce qui de tout demeure quand les blancs peu à peu dévorent le continu des souvenirs.

Le train roule. Au loin ça fait comme des flaques. Ça miroite. Jette des éclats intermittents. Des feux sombres qui s’allument. S’éteignent. Se rallument. Lassitude d’apprivoiser les prises de vue et les maquettes en dur qui défilent jusqu’à mon siège comme des tendresses minuscules. Esprit brouillé par le vent qui dehors souffle tempête. Les arbres se resserrent pour ne pas céder à leur envie de déracinement. Tout les pousse à se sentir seuls ces jours. Ne date pas d’hier cette histoire-là. Longtemps que la grande sapinière a dû accepter de se convertir en prairie. Depuis ils ont l’air de grands rescapés. Les arbres. D’éclopés en résilience. Promis sait pas trop quand aux copeaux. La prairie s’assoupit dans l’attente patiente de l’arrosage. Et sinon peut toujours s’en remettre à la rosée. Une vie de prairie c’est pas bien compliqué. C’est paisible. Monotone.

Quelques chiens courent sur la prairie. Ils courent pour se donner un peu d’exercice. Sautent par-dessus une succession d’enclos vides. Ne pas trop s’appesantir sur l’anéantissement prochain de la race. Le train se met à rouler à très grande vitesse. Quelques étangs menacent encore de leurs yeux noirs. Des puits où se laisser couler d’épuisement. Mais la distance s’est creusée. Tout pourtant portait à croire que. Mais c’est passé. Comme tout passe. Voilà. Deux amies entre elles. Baskets fatiguées à l’identique. Conversent en versant des larmes de rire sur leurs vies compressées par le stress. Le train abandonne la province à sa petite apocalypse personnelle. Paris s’annonce. Le train. Toujours cette fuite éperdue qui vous ramène à vous-même…

jeantet_nos-guerres-indiennesVieillir. Avoir été. Avoir vécu. Le lisant, on entre dans le geste de feuilleter un album d’images « flash­back / flash­forward ». On ne sait trop comment l’ordonner, ni l’entendre, et pourtant entre les pages, la vie. Son continu. Discontinué. Du présent se restitue, même passé, ou manqué. Quoi qu’il arrive, on sait qu’il est inévitable que les blancs l’emportent. Peu à peu, ils percent et délavent en sépia de plus en plus pâles les images. Celles où tous nous nous tenons. Mais « dans la règle du jeu debout », on aura au moins retrouvé l’île de Ré, la forêt, ses arbres, la réserve, la noyée que cherchait la solitude aux bords d’une rivière, le vacarme des boulevards, il/elle, ces aimé(e)s. Un peu d’éternité pliée, et à force, percée. Transpercée. Quelque chose comme d’une mélancolie, le sable du temps et ses éclats.

Comment c’est chez moi ? Des hautes plaines. Et là-dessus hurlent désormais les vents de la désolation. Des plaines peuplées d’hommes étranges. Harassés. Longtemps qu’ils ont fini de courir. Et puis courir pour aller où ? Et puis avec qui ? Comment c’est chez moi ? Des hautes plaines. Dépeuplées par le vent. Alors ces hommes ils auraient trop peur de se rendre ridicules à faire ça tout seuls. Courir. Et enfin quoi ? Rien. Alors ils marchent. Leur idéal s’est simplifié. Leur cœur est sec. Leurs jambes chaque jour s’affaiblissent. Dans le genou à présent ça les lance. Leurs mollets se contractent aussi au moindre faux mouvement. Un tas de jolies choses leur échappent des mains. Pas qu’elles ne soient plus capables d’étreinte, ces mains. Non. Plutôt qu’un peu tout leur échappe. Partout c’est pareil, vous savez, plus la vie s’écoule, plus les choses deviennent glissantes. Les gens fuyants. Les circonstances de moins en moins s’atténuent. Ils ont du mal à vieillir tous ces hommes. Mais vieillir c’est pas si simple. Vieillir c’est le monde qui n’est plus qu’un murmure. Vieillir c’est se contenter d’un bonheur à voix basse. Voilà ce que c’est. Vieillir…

« À part ça, son truc ? La micro­nouvelle » dit l’un des récits. Ce qui n’empêche pas le livre de construire le continu multiple d’une écriture. Liée et rompue. De celles qu’on ne quitte qu’à regret, une fois le livre refermé sur sa question.

Alors les souvenirs suivaient leur pente. En descendant. C’était hier. Écrit dans le vent. La vérité s’obscurcissait. Par ces temps qui courent autant. Mentent partout sans désemparer. Tout le temps. Tu peux supposer que le monde est une forêt. Tu peux. Tu peux dès lors t’attendre à ce que les arbres de ta forêt, les uns après les autres, prennent la grêle et le vent. Par des temps qui courent autant, le vent s’engouffre là où il trouve du champ. Les forêts font des proies faciles. C’est rempli de bûcherons pleins de cette gentillesse sculptée dans le dur de la vie, les forêts. Mais parfois ce qu’on y voit, ce qu’on y entend, ce sont de drôles de tronçonneuses dont les cris suspendent l’aube au-dessus des machines. Parfois comme maintenant. Ça qu’on y entend. Et ça fait pas que nous faire grincer les dents. Ça dit surtout qu’après l’arbre, bientôt viendra ton tour, mon enfant. Tu peux supposer que le monde est une forêt. Tu peux…


Nos guerres indiennes | Benoit Jeantet | Sortie le 15.12.2014 | 3,99€ | Ce livre est disponible aux formats EPUB et MOBI sur toutes les plateformes de téléchargement | ISBN 9782371710320

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