Renaissance 18/11/2014 – Publié dans : Notre actualité – Mots-clé : , , , , , , ,

Quelque chose d’important à dire, trop longtemps retenu. Enfin, les conditions sont réunies pour que la nouvelle structure éditrice de publie.net puisse agir de façon réellement autonome, puisse donner ce qu’elle a fait miroiter parfois. Enfin, la pleine responsabilité de nos outils et accords éditoriaux, de nouveaux contrats proposés aux auteurs avec des modèles de rémunération originaux. Enfin, pouvoir expliquer ce qu’on va essayer de faire et vous proposer de nous y aider. Cette vision éditoriale qui mûrit depuis longtemps, enfin on a dans les mains les outils pour l’animer. Alors voilà, il faut qu’on dise tout, et ça ne va pas sortir en une seule fois.

D’abord, qui est ce nous. Comme d’habitude, il y a plusieurs nous. Ils sont ici. Ceux qui parlent maintenant, ce sont les associés de la SAS Créateurs & Associés, société éditrice de publie.net, présidée par Gwen Catalá, et plus précisément, ceux que vous ne connaissez pas, du moins pas dans ce rôle. Si cette parole on peut la porter aujourd’hui, c’est parce qu’il y a ceux qui pendant plus d’un an ont fait que le bateau reste à flot et qu’il puisse aujourd’hui dévoiler une nouvelle coque. Roxane Lecomte a tout simplement bravé l’impossible, pas seulement via ce blog mais dans l’invention de nouvelles formes d’édition, du web au papier, alors qu’on était encore suspendus dans le vide. Dans des conditions difficiles, elle a construit avec les auteurs de si belles choses dont vous n’avez encore vu que le début. Elle ne voudrait sans doute pas qu’on en parle comme ça, mais tant pis, elle n’a pas le choix, on lui doit trop. Gwen Catalá, malgré un grave accident de moto, a fait l’immense travail ingrat de mettre en place une nouvelle infrastructure juridique et de partenariats, un vrai outil de ce nouvel artisanat de haute technologie que sera l’édition de demain. Il porte le projet entrepreneurial de publie.net sur lequel un profond accord existe entre nous tous. Enfin, il faut qu’on dise le bonheur et la responsabilité que c’est de reprendre ce que François Bon, dans un élan génial et presque fou, a mis sur les rails. Honnêtement, ça n’a pas été de tout repos de comprendre ce dont on héritait et d’en faire un projet collectif nouveau. Des deux côtés, il y a eu d’immenses frustrations que ça n’avance pas assez vite, un sentiment d’urgence qui butait sur mille obstacles de détail. Les obstacles sont enfin derrière nous. Nous avons un besoin vital que tous ceux qui nous ont témoigné leur volonté de s’investir dans la nouvelle activité le fassent maintenant que nous pouvons leur offrir un cadre clair.

Alors de quoi s’agit-il ?

Du Web au papier et à l’objet textuel

Il y a un ancrage de publie.net qui restera toujours fondamental : être l’éditeur de la littérature qui s’invente, se manifeste et se partage sur le Web. Le texte numérique est encore à inventer tant les livres numériques n’en sont qu’à une esquisse maladroite ou prisonnière des opérateurs de plateformes propriétaires. Bien sûr nous continuerons à enrichir un catalogue déjà exceptionnel d’œuvres numériques sans DRM, dans le respect des lecteurs. Mais nous travaillerons aussi à des produits éditoriaux sur le Web compatibles avec l’entrée en possession par le lecteur d’une œuvre et la constitution d’une collection sur ses outils numériques de toute sorte. Nous allons également développer l’édition papier bien au-delà de ce qui a été exploré jusqu’à présent, avec des livres en POD (impression à la demande grâce à notre partenariat avec Hachette Livre) de meilleure qualité et lorsque ce sera nécessaire et possible des objets textuels ou des livres façonnés. Évidemment, la volonté de couvrir tout ce spectre suppose une politique éditoriale adaptée : tous les titres ne seront pas portés en papier ou en produits éditoriaux spécialement conçus pour le Web, et même pour les créations numériques, publie.net doit resserrer son offre pour être capable de porter des titres dans l’espace public.

Diffusion, promotion, médiation : porter des ouvrages dans l’espace public

La médiation est pratiquement inexistante pour l’écriture Web et l’essentiel de l’édition numérique. Ne hurlez pas, nous en sommes, et sommes au courant que nous nous médions les uns les autres, que notre écriture et nos autres pratiques de création se nourrissent de ces appréciations, recommandations et conseils des praticiens du lirécrire. Mais justement, c’est entre nous. Cet entre nous, quelle que soit sa richesse, nous devons en sortir et toucher d’autres lecteurs. Il va falloir agir à des niveaux très divers. Auprès des libraires, notre contrat avec Hachette Livre pour la POD contient des dispositions qui nous permettront de développer un réseau étendu de diffusion par rapport à celui actuel. Auprès des bibliothèques bien sûr, mais aussi auprès des lieux sans cesse plus nombreux qui hébergent la littérature et sa performance (galeries d’art, centres culturels). Et bien sûr en liaison avec remue.net qui est aussi notre maison commune.

La promotion et la médiation sont au moins aussi critiques, et elles demandent une transformation qui ne peut venir d’un seul éditeur. Nous devons travailler avec d’autres éditeurs, même plus éloignés du numérique mais avec qui nous avons des engagements communs. Nous devons reconnaître et interagir avec ceux, nombreux, qui commencent à mesurer la portée de la création littéraire sur le Web, que ce soit à l’université ou dans les médias. Enfin, nous devons mobiliser les outils des médias sociaux en privilégiant ceux qui ne supposent pas d’intrusion dans l’intimité informationnelle de chacun.

Un modèle économique pour l’ère numérique

Il faut regarder les choses en face. Ce n’est pas pour des fichiers ou pour l’accès que des gens sont prêts à payer, c’est pour l’existence même des œuvres, de ceux et celles qui les créent, qui les aident à mûrir, pour la valeur d’usage des objets qui les portent (le livre ou le dispositif de lecture), pour la valeur culturelle des relations qui s’établissent entre auteurs et lecteurs. Les modèles d’abonnement (pour les individus et les bibliothèques) et le financement participatif ciblé ou la souscription pour des œuvres ou projets joueront un rôle clé dans le futur. Publie.net a une longueur d’avance sur ce plan que nous devons préserver et approfondir. Dans le même temps les ventes individuelles (papier, objets textuels, combinaison papier / numérique, œuvres numériques Web) joueront toujours un rôle important. Plus généralement, la reconnaissance que représente le choix des œuvres individuelles est essentielle. La baisse du lectorat moyen des titres est une conséquence absolument inévitable de la révolution numérique, tout simplement parce qu’elle permet un développement des pratiques d’écriture et une diversification des médias qui se partagent notre attention. Il y a un enjeu culturel majeur à mettre en place une économie de mutualisation dans laquelle un lectorat plus réduit assure cependant une reconnaissance sociale et culturelle et une rémunération qui complète au moins d’autres revenus. La seule alternative à cette approche est la concentration sur un tout petit nombre d’auteurs marchandisés de la promotion et des ventes intensives, autrement dit la désertification artificielle de notre culture partagée. Cependant, il y aussi un enjeu culturel majeur à ce que certaines œuvres de littérature contemporaine atteignent un public élargi — et c’est notre conviction qu’il en émergera dans notre univers du Web littéraire et artistique. À nous de savoir les reconnaître et les porter.

Des choix éditoriaux différenciés et resserrés

Publie.net, hors même de l’édition du domaine public qui continuera à représenter une source indispensable de revenus, ce sont des centaines d’auteurs et le double de titres. Un catalogue d’une grande valeur, qui justifie que des bibliothèques toujours plus nombreuses souscrivent à des offres d’abonnement. Mais aussi une offre peu lisible pour chacun — lecteur ou animateur de l’espace critique. Publie.net restera ouvert à la diversité et à la richesse de la création numérique. Mais si nous voulons être capables de porter des œuvres avec énergie, d’accompagner des projets ambitieux, il faudra que nous soyons plus sélectifs, que nous attirions parfois des auteurs publiant habituellement ailleurs tout comme « nos » auteurs partent parfois en quête de reconnaissance dans d’autres cercles. Il faudra que très bientôt, être publié chez publie.net soit un enjeu.

Cet article sera suivi de plusieurs autres au contenu plus proche des enjeux littéraires et culturels. Et, oui, on va se retrouver, se rassembler, créer des événements ensemble et faire la fête.

Louise Imagine, Guillaume Vissac, Philippe Aigrain et Emmanuel Delabranche