Sur un malentendu, l'amour peut durer mille ans — sur le blog du Répertoire de la SF 29/09/2013 – Publié dans : La revue de presse, Notre actualité – Mots-clé : , , , , , , ,

L’amour en mille ans d’ici chroniqué par le Blog du Répertoire de la Science-Fiction, à découvrir ici-même. Merci beaucoup !

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9788145069236Certaines rencontres se font sur un malentendu (et bien des histoires d’amour aussi me direz-vous mais là n’est pas le sujet). Cet été la collection ArchéoSF fêtait ses deux ans. À cette l’intrégralité de son catalogue était proposait au prix exceptionnel de 0,99€ et « L’amour en mille ans d’ici » était offert. J’avais craqué sur « Histoire de ce qui n’est pas arrivé » de Joseph Méry (un classique de l’Uchronie que je me dois de rattraper) et « L’Automate » de Ralph Schropp. J’avais aussi récupéré « L’amour en mille ans d’ici » dans l’objectif de le chroniquer pour le My Summer of (SFFF) Love de Vert. Vert, je suis au regret de te dire que ce texte ne comptera pas pour ton MSoL (il y a presque tromperie sur la marchandise…). De romance il n’est point question ici puisque « L’amour en mille ans d’ici » est une utopie et une anticipation ancienne puisqu’elle date de 1889. Mardochée, fils d’un rabbin de la Kabbale, voit, en rêve, le futur de notre société et le couche par écrit dans une lettre destinée à un ami. C’est cet ami qui introduit le texte…

À quoi ressemble donc notre société en 2873 ? À un pur bonheur pour le narrateur (nous sommes dans une utopie ne l’oublions pas). Un français, Dumont Dartois, a mis au point en 1954 des ailes volantes individuelles. Ces ailes ne permettent pas seulement de voler de Paris à Iffendorf (village fictif d’Alsace) ou Moscou, elles ouvrent la voie au voyage spatial. Voilà les français (car, oui, la France par cette invention, se voit investie d’un rôle de guide par les autres nations et les peuples s’unifient sous le drapeau français) en route pour la Lune puis Vénus puis Mercure. Chaque planète abritant un peuple différent, les échanges de technologies sont sources de progrès pour chacun. D’autres progrès scientifiques stupéfiants remodèlent notre société : une eau pétrifiante permet à tous devenir propriétaire, une « formule » met l’éducation à la portée de tous. Progressivement la société abolit les clivages : plus de riches, plus de pauvres, plus d’ignorants, la science permet de faire tourner les machines en consommant peu de ressources naturelles, fabriquer un objet ne coûte plus rien, ce bien devient donc gratuit… Ces progrès techniques sont intiment liés à la Kabbale, source de toute science (la science moderne n’est pas encore connue, la religion fera donc office de moteur…). D’autant que pour l’auteur, Dieu a fait l’homme bon et que la Kabbale permet à cet homme bon de se révéler…

Le texte a une portée politique indéniable. Son argument ? Libéré des contingences matérielles par la religion, l’homme ne peut que révéler le meilleur de lui-même : solidarité, ouverture d’esprit, communauté de pensées et de biens. Fraternité, amour de son prochain et bonheur lui sont donc promis. Je me demande comment « L’amour en mille ans d’ici » a été reçu à son époque… Qu’en conserver maintenant ? Certains progrès techniques ont pris forme ou, du moins, ont permis des avancées dans notre société moderne mais sans apporter les effets escomptés par notre narrateur. Il faut plus que quelques avancées scientifiques pour abolir les clivages, la cupidité et l’individualisme de l’être humain. Quant à la religion, elle sert tous les jours de prétexte à des guerres ou d’excuses  à des actes de barbarie. Si Dieu a créé l’homme (c’est une hypothèse pas une affirmation), il est permis de douter qu’il l’ait créé bon et altruiste…

Quelques extraits :

« Comme toutes les natures d’élite, Dumont n’avait eu, dans le cours de son existence, qu’un seul rêve, qu’un seul espoir, qu’un seul but.
Il voulait diriger les ballons.
Il engloutit en essais infructueux une fortune considérable.
Jour et nuit, il rêvait et forgeait des navires aériens, des ballons à nageoires, des maisons volantes, des aérostats à hélices. Il avait renoncé à l’amour, à l’amitié, à tout ; il vivait seul avec ses livres de géométrie et ses instruments de mathématiques.
Cent fois il croyait avoir réussi et, nouvel Icare, il retombait brisé sur la Terre, faute de ce levier, de ce souffle, qui donne la vie à la machine et que cherche tout inventeur.
Souvent, il voulut se donner la mort, mais ce qui le retenait à l’existence, c’était son éternel espoir et son œuvre. »

— Quel siècle ! m’écriai-je, pourquoi n’en a-t-il pas toujours été ainsi ?
— Parce que les hommes étaient pauvres, ignorants autrefois. Maintenant qu’ils sont instruits, qu’ils sont dans l’aisance, il n’y a plus que l’homme tel que Dieu l’a créé, humain, bon et sociable.
— Mais il n’y a plus de pauvres, dites-vous ?
— Eh ! Comment pourrait-il encore y en avoir ! Non seulement il n’y en a plus, mais il n’y a plus de classes laborieuses ; il n’y a plus d’ouvriers, de domestiques, d’esclaves, de salariés.
— Il n’y a plus de riches, ni de nobles alors ?
— À quoi bon ? Tout le monde est riche, tout le monde est noble. Il n’y a plus que des hommes qui s’estiment, qui sont égaux et qui sont heureux !
— Quel rêve !
— Mais c’est la réalité, et cela devait arriver à la suite des temps par l’enchaînement de chaque progrès qui chaque jour arrachait à l’homme un anneau de son collier de misère.

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