Sabine Huynh lit Christophe Grossi 19/06/2013 – Publié dans : La revue de presse, Notre actualité – Mots-clé : , , , , , , , , , , , ,

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Merci Sabine Huynh pour cette Note de lecture que nous retranscrivons sur ce blog. Lecteurs, n’hésitez pas à découvrir le site de Sabine ainsi que ses livres

Va-t’en va-t’en c’est mieux pour tout le monde de Christophe Grossi (Publie.net, 2011) est un livre douloureux dont le fil se déroule comme la bobine d’un road-movie, un récit raconté par une voix hantée et qui hante, et qu’on aimerait pouvoir écouter pendant qu’on conduit. On y suit un narrateur de plus en plus perdu, sur la route again & again, douze mois par an, pour un travail de représentant qui  ne répond pas à sa nature profonde et auquel il ne se raccroche encore que parce qu’il s’agit d’écouler des livres, pendant que la vie elle s’écoule et que la mort se rapproche inexorablement… Même si la lecture injecte les respirations de plus en plus vitales et la musique parvient à transporter en adoucissant le quotidien morne et répétitif, la mort reste omniprésente dans ce récit. Le narrateur n’en peut plus de cette course contre la montre et contre la vie, de cette course-poursuite avec la mort, mais il sait aussi qu’il est en passe de devenir un homme mécanique (“un homme-panique”) et que descendre en route peut signer sa fin. Dans le style épuré qui caractérise son travail, Christophe Grossi nous entraîne dans une virée fascinante, et nous chutons avec lui dans le vertige d’une vie mal aiguillée, que seul l’amour, peut-être, pourrait réparer.

On retrouve Christophe Grossi en ligne, sur déboîtements (où, à partir du vendredi 5 juillet, dans la Chambre d’amis, il y aura un poème que j’ai écrit et qui m’a été inspiré par son livre).

 

Quand je pose le pied sur la première marche, une musique lente envahit tout l’espace et le corps. 

je m’en vais vendre du ciel de ville en ville, de librairie en librairie, du ciel et des mots : le théâtre de la vie

Je traverse encore des paysages.

route/ciel, voix diaphane de la chanteuse, route/ciel basse, route/ciel guitare électrique, route/ciel drums et claviers. Les kilomètres défilent à ce rythme-là.

Là où il y a de la vie, la mort rode, comme toujours. Vivre : un tournant.

Penser aux histoires qui se racontent, à celles qu’on se fait, qu’on voudrait écrire, aux morts dedans qui font mal à ceux du dehors. 

Envie de m’arrêter, de me rouler dans l’herbe à l’ombre d’un arbre

Je suis celui que la foule ne traverse plus parce que je suis sorti du chemin. Non pas que je veuille m’isoler ou l’ignorer mais parce que j’ai ressenti ce besoin : faire cet écart-là, ce pas de côté. 

Envie de me nicher dans un nuage.

Ni vu ni connu, je fais passer le temps et j’attends mon heure.

Comme d’habitude je ramène des portraits et des voix, des corps et leurs mouvements, des gestes captés et qui défilent ensuite au ralenti, des images d’hommes et de femmes dans leur quotidien, dans leurs lieux – l’ombre portée des vies qui me nourrissent longtemps.

Je suis devenu cet homme. Un homme-panique. Mais je ne sais toujours pas qui me crie Va-t’en.

J’aimerais tant revenir vers un geste d’amour pur. 

Dans une vitre, je me vois – ma coupe de cheveux, on dirait un soleil.

la peur de tomber rapproche les corps.

Elle porte en elle la mélancolie de ceux qui ont trop regardé les tableaux de Hopper.

et c’est trop beau et c’est trop fort un paysage pareil, tu prends tout ça dans la gueule,

Encore une ville rebâtie sur des plaies.

C’est le dégoût qui me vient et ce fragile équilibre qui fout le camp d’un coup

Mais il faut continuer. Parce qu’on sait aussi qu’on aurait pu se faire plus mal encore, qu’on aurait pu terminer sa vie dans les ornières sans plus personne à qui parler. Mais ça je préfère ne pas y penser.

À ce moment-là je ne suis plus grand chose. Je me laisse tracter.

Le ciel versatile est devenu mon plus fidèle compagnon de route ; les bandes blanches, mon fil ; les paysages, mon lien. Nouveau voyage automobile, encore un.

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