[REVUE DE PRESSE] Sabine Huynh lit Ali et Ramazan, de Perihan Mağden 18/04/2016 – Publié dans : La revue de presse – Mots-clé : , , ,

Un article à retrouver ici. Merci Sabine !

Basé sur des faits réels que Perihan Mağden, écrivain, poète et journaliste istambouliote, a découverts dans un journal, le récit poignant de la vie d’Ali et Ramazan nous plonge dans une Istanbul broyeuse de vie. Ali ile Ramazan (titre en turc du roman publié en 2010) de Perihan Mağden, prête sa voix aux jeunes amis éponymes d’orphelinat puis amants, atrocement malmenés par le destin et la société turque. Ce livre, traduit avec beaucoup d’empathie par Canan Marasligil, estomaque son lecteur, à cause d’abord du courage qu’a eu Mağden de s’emparer d’une histoire aussi troublante et triste – on sait combien en ce vingt-et-unième siècle la parole libre en Turquie est menacée, devenant alors parole « polémique » –, et de réussir à en confier la tension et la beauté sur un ton sobre, confidentiel, qui dénote tout le respect qu’elle a éprouvé pour les deux jeunes amants. Ali et Ramazan sont Aliéramazan, ils ne font qu’un, tout comme Perihan Mağden ne semble faire qu’une avec eux, et tout comme nous ne faisons qu’un avec eux trois, inévitablement. Un vrai livre de symbiose et de résistance. Ensuite, lors de sa lecture (l’effet est intact pendant la relecture), on suffoque, de tendresse, de colère et de peine. On se sent voyeur et concerné, responsable, impuissant, devant tant de violence, d’injustice, de jeunesse et de rêves piétinés, surtout quand on connaît un peu Istanbul une ville qui m’a terrifiée autant qu’elle m’a ensorcelée. Ali et Ramazan est un texte qui remue, un texte qui tue oserais-je même dire, donc un texte difficile à lire, donc un texte absolument nécessaire, que j’ai lu il y a quelques années, que je relis ce soir, que j’ai relu en pleurant dans un avion il y a deux semaines, que je relirai encore. Merci à Canan Marasligil de nous l’avoir offert en français. Sabine HUYNH

Extraits d’Ali et Ramazan :

Couché sur des journaux étalés sur le sol, la tête serrée entre les bras, les jambes tirées vers le ventre ; quelqu’un dort comme un fœtus. Comme un bébé dans le ventre de sa mère. Quelqu’un qui s’est plié en deux, pensant se protéger du froid en se cambrant.

Laisse-moi Ramazan. Je le sais, elle n’est pas belle notre destinée. On… on est trrrèèès…. vraiment très très amoureux. C’est impossible dans ce monde.

Depuis l’enfance d’Ali ; même au pire, au plus sale de ses jours il a toujours eu la même odeur, Ali. Toujours une belle odeur au nez de Ramazan. Une odeur qui fait du bien. L’odeur d’Ali.
Il la respire longuement. Comme c’est beau de retrouver Ali ! C’est comme retourner au paradis qui vous a chassé, rentrer à la maison. Tout ce qui est bien, c’est ça.

Il est fatigué, exténué de l’hiver, du froid, de la froideur, et de tout le reste du trou du cul de cette ville d’Istanbul, Ramazan.
Il se sent comme s’il avait baisé la ville tout entière. Comme s’il avait baisé tout Istanbul puis l’avait jeté.
Il veut jeter Istanbul.
Il veut jeter cette ville cruelle, douloureuse de son corps, de son âme. De son intérieur.
« Casse-toi putain d’Istanbul ! » a-t-il parfois envie de hurler en traînant sur ses places. Quand il marche dans ses rues, que de l’eau noire coule sur ses pieds ; quand il racole des mecs dans les parcs, dans les chambres d’hôtel, il veut hurler. 

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