Charles Tordjman, théâtre, voyages & notes

vendredi 22 juin 2007

J'AI PERDU MON AGENDA

En quinze jours , j'ai perdu deux agendas.Je ne sais pas où bien sûr autrement je les retrouverai.

Ce qui m'inquiète c'est cette drôle de sensation d'avoir perdu mon temps et en même temps la mémoire de ce temps puisque bien sûr je ne me rappelle pas de tout ce qui était inscrit dans ces deux agendas successivement perdus.

Je vais donc rater des rendez vous, des échéances, perdre des numéros de téléphone inscrits au hasard des jours , perdre des petites notes ou des idées notées dans les cases des jours.

Je me dis ce soir que j'avais certainement besoin de cases vides , de ne plus voir les journées se remplir de à faire, téléphoner, partir à telle heure et revenir à telle autre, prévenir, ne pas oublier, dire, noter, penser à, repenser à dire...

Il ya pourtant une chose dont je me souviens c'est que dimanche j'avais noté pour toute la journée:VELO.

Depuis deux semaines c'est vrai, je fais un peu de vélo... oh! juste un peu. Dimanche dernier 30km pourtant. J'ai même acheté un porte vélo qui s'accroche sur ma voiture et une bombe pour reglonfler instantatément son pneu s'il est crevé. J'ai même déraillé et su réparer. Il a fallu que j'attende mes très futures soixante ans pour avoir mon vélo.

Voilà, j'ai peut être perdu mes agendas mais j'ai trouvé le vélo. Bien sûr ça n'a aucun rapport mais écrire cela me donne le bonheur de n'avoir pas tout perdu.

En pensant à ces agendas perdus en si peu de temps, je me suis demandé si je n'étais pas suivi par quelqu'un qui aimerait voler mon temps.

Ce serait drôle ça d'écrire l'histoire d'un qui aurait volé le temps d'un autre. J'y penserai dimanche sur mon vélo si c'est bien écrit Vélo sur mon agenda... Mais qui me le dira?

vendredi 8 juin 2007

ORDI

Travaux sur site

Lire la suite

lundi 4 juin 2007

ARCHIVES AUX ARCHIVES

Aujourd'hui je remets "mes archives" aux archives départementales.

Les archives départementales se trouvent en face de chez moi. C'est pratique, quelques mètres à faire et je retrouverai les quelques mètres de boîtes de carton dans lesquels je range depuis des années les textes que j'ai mis en scène, des notes, des esquisses de scénographe etc...

En arrivant il y a dix-sept ans au Centre dramatique de Nancy , je n'avais trouvé aucune trace. Rien de ce qui s'était fait avant cette date n'existait. Pas d'archives du Festival Mondial de Nancy , non plus.Mais pas d'archives de la formidable aventure du Théâtre Populaire de Lorraine. Pas d'archives de la Comédie de Lorraine. Bref, difficile de savoir ce qui s'est fait ici dans cette région.

Mes cartons ne raconteront pas l'histoire du théâtre dans cette région. Ils ne raconteront que de petits morceaux de ce qui ici s'est créé .

Il faudrait se poser la question de pouvoir "enregistrer" plus facilement tout ce qui s'écrit, s'échange, s'invente dans un théâtre.

Les nouvelles techniques de communication nous le permettent aujourd'hui. Il est temps probablement qu'ensemble les théâtres de France réfléchissent ensemble à "stocker" l'imagination qui est au travail dans nos lieux.

Il y a une vingtaine d'années , Antoine Vitez, souhaitait que se crée en France à partir des théâtres de région une grande "vidéothèque" de ce qui se créait en France. Rien de cela n'a été fait. C'est dommage.

Voilà un projet collectif pour les théâtres de france. Mais il nous reste du travail dans ce domaine.

Alors encore un effort camarades directeurs metteurs en scène pour être meilleurs archivistes...

Ah! une chose ! Une boîte d'archive n'est ni triste ni poussiereuse. Elle raconte le temps. C'est parfois drôle. Ce sont bouts de choses comme "paperolles." Il ya des photos, des films ( même maladroits ). Bref quelque chose comme une époque quand même.

Merci au président du conseil général de Meurthe et Moselle ; Michel Dinet d'ouvrir ces archives aux saltimbanques et de croire qu'elles ont quelque valeur.

dimanche 20 mai 2007

UNE VOITURE CHEZ RODIN

J'ai vu la nouvelle ministre de la culture

Lire la suite

lundi 14 mai 2007

Un formidable PASSAGES

10 ANS CA NE SUFFIT PAS...

Lire la suite

dimanche 15 avril 2007

Retour de Tel aviv

Bien entendu , il va être encore très difficile de retrouver les photos que j'ai pourtant faites là-bas.

Tant pis, pas de photos.

C'était quand même il y a dix jours. Billet en poche. Passeport en règle et lui aussi en poche. Feuille de route claire.

A Tel Aviv c'est l'attaché culturel de l'Ambassade de France qui sera à l'aéroport . Il y est. C'est la quatrième ou cinquième fois que je viens à Tel Aviv.

La première fois , il y a de cela vingt ans c'est l'odeur forte des orangers qui m'avait surpris. Aujourd'hui l'odeur des orangers a disparu.

Les orangers aussi probablement.

A Tel Aviv je viens rencontrer des directeurs de théâtre israëliens,des universitaires, des metteurs en scène.

Objectif : venir à Tel Aviv pour y proposer un programme de théâtre français . Et puis aussi et probablement le plus important pour moi venir voir ma soeur qui vit à Tel Aviv depuis près de vingt cinq années.

Quand je pense à elle , je pense à la petite fille de trois ans qui sur le pont d'un bateau qui nous amenait de Casablanca à Marseille était tenue par une sorte de laisse ou un harnais pour la protéger des dangers.

Cette fois je lui ai parlé de ce moment là , du départ définitif de notre ville , de notre maison pour venir nous installer à Metz.

Elle n'avait aucun souvenir de ce moment là.

Elle habite à une quinzaine de kilomètres de Tel Aviv. Une sorte de RER permet d'aller rapidement chez elle à Kfar Saba.

Mais je suis resté à l'hôtel.Nous sommes allés au restaurant au bord de la mer . Nous avons parlé de la situation au proche Orient.

Nous avons parlé de la famille. Elle m'a dit des choses qu'elle connaissait du théâtre israëlien. Par exemple que l'an dernier 4,5 millions de billets ont été vendus ( il y a 6 millions d'habitants ). Eran Baniel qui travaille au ministère des affaires étrangères qui connaît bien le théâtre français et israëlien me l'a confirmé. L'attaché culturel me l'a aussi confirmé.

Je lui ai dit que je viendrais peut-être donner en 2009 plusieurs de mes mises en scène. Elle était contente à l'idée que je viendrais passer plusieurs semaines à Tel Aviv. Moi aussi . Je lui ai parlé de mes projets . Le soir même je devais aller au théâtre et lui ai dit que j'avais la flemme que je n'irais peut-être pas. Elle a insisté pour que j'honore ma parole.Le spectacle n'était pas très bon mais j'étais content d'avoir écouté ma soeur. Elle avait raison. On m'attendait au théâtre Cameri. Mon absence aurait été goujate.

2009, c'est quand même loin mais ça y est je travaille à ce projet.

L'attaché culturel est un type formidable, enthousiaste. Il a une haute et belle idée de sa mission ; représenter la France , sa culture, sa langue.

Il apprend l'hébreu et m' a donné l'envie de m'y mettre ... raisonnablement.

Au Festival Passages qui à Nancy invite des troupes à l'est de l'Europe , il y aura cette année deux spectacles israëliens réalisés principalement par une comédienne : Smadar Yaaron. Elle travaille à Saint Jean d'Acre. Ses spectacles très critiques, très inquiets sur la paix sont d'une rare et belle émotion.

Il y a en Israël une capacité critique des cinéastes, des écrivains, des gens de théâtre qui m' a beaucoup impressionné.

Le long de la plage de Tel Aviv , j'ai croisé un groupe d'arabes israëliens au bord de la mer qui restait habillé quand plus loin des israëliens bronzaient en maillots de bain.

Dans une librairie dite d'extrême gauche , le vendeur m'a dit que dans deux ans un pouvoir dur s'installerait en Israël.Chez lui j'ai acheté de beaux livres de photos sur l'histoire de ce pays aussi grand que la Meurthe et Moselle.

Ma soeur me dit toujours que s'il y avait la paix ce pays serait un paradis.Quand elle m'a dit ça j'ai repensé à ce que me disait Bernard Noël pendant la guerre d'Irak . Il me disait : "ils bombardent le paradis". C'est vrai que l'Irak se trouve entre le Tigre et l'Euphrate.

Qui a raison de bombarder qui et quoi ? Chaque fois cette question en Israël.

Ma soeur voudrait la paix.

Le vendeur de la librairie voulait la paix.

Aaron Appelfeld rencontré à Tel Aviv aussi veut la paix.

Je n'ai pas parlé des élections en France.

Je suis allé au marché aux puces de Jaffa. J'ai acheté es olives et du pain au marché de Tel Aviv.

Sûr, ce moment du pain et des olives était un moment de paradis.

En rentrant à l'hôtel j'ai découvert que j'avais perdu ma carte bleue.... Je croyais pourtant avoir tellement tout prévu cette fois-ci!!!

mardi 27 mars 2007

VOYAGES

Les voyages ne forment pas la jeunesse

Lire la suite

dimanche 18 mars 2007

BLOG FOU

Tout à coup voilà que j'ai des centaines de commentaires et de messages tous les uns plus fous que les autres. Sensation tout de même assez incroyable que l'on entre dans votre machine et qu'on se ppose sur vore écran sans frapper, sans demander la permission. Voilà qu'écrivant je suis sûr désormais de n'être plus seul.Voilà que j'ai la preuve écrite que je est un autre. Autant de mots qui attendent dans mon dos pour passer l'écran ça fait un peu flipper. Alors à tous ces mots qui attendent derière la porte pour me pourrir la case commentaire , je voudrais leur demander d'alleer se faire voir ailleurs , si c'est possible.

Mais à d'autres je voudrais dire merci. Merci à Gérard Haller pour son livre "Fini mère" ( paru aux éditions Galilée) qui m'a boulversé Merci à la musique du contrebassiste Avishai Cohen (www.avishaimusic.com) Merci à Emmanuel Wallon pour les textes qu'il a réunis dans "Europe, scènes peu communes" ( centres d'études théâtrales/ Université catholique de louvain la neuve)

J'ai fini mon dimanche avec eux et c'était bien.

lundi 19 février 2007

Reour au désert

Retour au désert est une pièce écrite par Bernard Marie Koltès en 1988 . il a quarante ans. Samedi 17 février jour de première à la Comédie française Muriel Mayette , nouvelle administratrice de la Comédie Française met en scène . La salle est pleine. Jack Lang au balcon et bien sûr beaucoup d'autres que je ne connais pas mis à part Bernard Sobel qui vient de quitter le centre dramatique national de Gennevilliers et Jacques Lassalle qui a été lui même administrateur de la Comédie Française. Ce théâtre est toujours impressionnant.tant d'auteurs crées ici . Tant d'auteurs au répertoire.Et aussi de savoir qu'il y a ici une troupe d'actrices et d'acteurs. Chaque fois cete chose incroyable ; se dire que c'est ici la seule troupe d'acteurs permanents de France (environ cinquante...).

Bernard Marie Koltès est né à Metz. Il a fait ses études je crois au Lycée Saint Clément aujourd'hui siège du Conseil Régional de Lorraine. Rien ne dit qu'il a été élève ici. Par contre une plaque a gravé les noms des hommes politiques qui ont inauguré ce bâtiement quand il est devenu conseil régional. Il ya notamment celui du maire de Metz Jean Marie Rausch. A-t-il vu une pièce de Koltès le maire de Metz ? Je le lui souhaite.

Un an après avoir écrit "Retour au désert" B.M.Koltès mourra le 15 avril 1989 du sida sans avoir pu assister à la création de sa dernière pièce Roberto Zucco.

Koltès est certainement l'auteur le plus admiré de sa génération en France comme à l'étranger.

Le Retour au désert est la seule pièce de koltès qui se déroule explicitement en France et on pourrait même ajouter dans sa ville natale: Metz.

Les personnages s'appellent Maame Queuleu , Mathilde Serpenoise , Marie Rozerieulles, Borny, Plantières,

Le Retour au désert met en sène une soeur qui revient d'Algérie et un frère resté dans sa ville natale.. Ils s'aiment, ne peuvent pas vivre l'un sans l'autre mais n'arrivent pas à se le dire. Il ya bien d'autres choses dans Le Retour au désert , pièce écrite comme un collage. Il ya notamment un aviateur noir qui se pose en parachute dans le jardin et laissera deux petits enfants à la fille de la soeur, Fatimah. Il ya le frère de Fatimah qui dit "Deux secondes en l'air et tout ira bien" et va boire dans les cafés arabes ( du Pontiffroy d'avant la destruction de ce quartier?)

Il y a le serviteur arabe de la maison qui se nomme "le couillon".

J'ai revu paradoxalement Metz dans Le Retour au désert. J'ai vu le désert de 1988 et d'aujourd'hui. Il faudrait que cette mise en scène soit présentée à Metz. Muriel Mayette a été très courageuse de monter ce Retour au désert à la Comédie Française. Le théâtre de Metz serait aussi courageux de l'inviter.

dimanche 18 février 2007

Maquette pour Slogans

Non seulement j'oublie mon passeport à Budapest mais aussi je me trompe de photos du décor à venir de Slogans.



En voilà deux, celles-ci sont les bonnes.

J'aime cet espace.Comme si on avait déchiré de l'air, ou un livre. J'aime cet espace en lambeaux qui devrait obliger le corps des actrices (elles seront quatre) à ramper, ou s'accrocher, ou se perdre. Un espace où les corps sont toujours déjà perdus.

dimanche 11 février 2007

pas vu Budapest ce week end

Hier matin: direction Roissy pour Budapest. je me réjouis de ce week-end. Je vais voir IVANOV mia en scène par Tamas Asher au Théâtre Katona à Budapest.

J'adore Ivanov avec ses histoires croisées , ses personnages qui ont tout raté et qui continuent à boire, rire , aimer.

J'adore Tchekhov parce qu'il écrit un monde en bascule , un monde où les forêts en même temps que les sentiments vont être abattus.

Un monde où le sublime voisinne l'ignoble.Un monde qui annonce des changements radicaux ceu qui diront que l'argent et le profit vont bientôt régler les rapports humains.

Je me réjouisssais de revoir Buda et Pest. Tout se passait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Dans le train qui m'amène de nancy à la Gare de l'est plaisir de relire Ivanov. Dans le train , je me plais à rêver d'interminables forêts de boulots.J'entends le son du thé qui remplit la tasse et la vodka remplir les verres des invités.

A Paris , tout va bien. déjeuner avec un journaliste qui me conseille une choucroute. " C'est léger le chou" me dit-il. je pense à la goulash que je mangerai peut-être ce soir à Budapest après les trois heures et demi d'IVANOV. Oui la choucroute était bonne.

Arrivée à Roissy avant l'heure. Temps d'un café et d'achats de journaux. Billet, médicaments, feuille de route nom de l'hôtel, heure d'arrivée, on vient me chercher.

Tout va bien.

Enregistrement (pas de baggage dans la soute) et là Bing! Pas de passeport! Oublié le passeport! Carte d'identiré ? Mais bien sûr ! Ah! mais trop vieille Monsieur!

Permis de conduire? Ah, ça ne compte pas!

Coup de téléphone à nos amis hongrois. Un gendarme de l'ambassade de France me conseille de refaire ma carte d'identité ou d'aller chercher mon passeport...

Le mur du règlement ne sera pas franchi. Deux journalistes qui m'ccompagnaient, eux avaient leur passeport. Je les regarde partir.

Je reprends le RER pour la Gare de l'Est. Je reprends mon train pour Nancy.

Je laisse IVANOV au fond de mon sac. Plus de thé ou de vodka. Je me sens le plus crétin du monde.

J'arrive chez moi et me dis au moins que je pourrais voir ce dimanche matin Daewoo qui passe sur Arte.

Levé à sept heures, j'ai oublié Budapest et puis j'ai aussi oublié de voir Daewoo à 9h.21 .Je suis allé au marché, j'ai acheté du poisson.

Paraît que c'est bon pour la mémoire.

mercredi 7 février 2007

Plonger dans une seule eau

Plonger dans une seule eau c'est réussir à mettre à distance les autres tentations.

Ces derniers jours j'ai eu du mal à quitter le futile et l'accessoire . Pas su où était mon disque dur.J'ai donc frôlé pas mal de disques mous.

Inutile d'y revenir . Alors que je viens à peine d'abandonner une grippe carabinnée , il me faut reourner au centre.En l'occurence revenir à cette première lecture de SLOGANS où le scénographe/musicien , l'éclairagiste,la costumière, des proches collaborateurs, l'adaptateur et moi même le metteur en scène écoutions les quatre actrices lire sans préparation aucune la version actuelle du texte.

Ce rituel de la première lecture me rend extrêmement timides. Je ne suis sûr que je ne suis pas le seul. Certains ou certaines se connaissent , d'autres pas.

La pudeur nous enroule toutes et tous.Pourtant aucune pression n'est perceptible. Cette première rencontre ne durera que quelques heures.

Pas de jugement de valeur. Ici ensemble seulement pour écouter.

La première fois on s'en rappelle. Pour ce qui me regarde , je ne prends que peu de notes. J'écoute d'abord l'accord des voix.Je ne cherche pas tout de suite à savoir où se niche la fiction ou le sens. Je le saurais assez tôt et cela va assez vite. Je le sais déjà. Alors j'essaie plutôt d'entendre comment se tissent voix et répliques.Je dois finir cette séance avec une sorte d'étrange vêtement de mots que je me fabrique. a la fin d la séance il n'en restera rien.

Sauf ceci quand même ; que l'actrice qui va jouer Suzy Vagabonde ( sorte de mère protectrice des prostiutées qui les préparre à entrer dans l'entre monde des vivants et des morts) donne l'impression que sa voix peut allonger son corps vers le haut , que sa voix ira donc vers le haut. Elle chantera beaucoup son texte. Pourquoi le chant dira-t-elle ? Parce que c'est ce moment où l'émotion trop forte ne permet plus d'articuler comme en plaine. Les chamans de Sibérie font sept voyages m'a -t-on dit pour atteindre les esprits des chamans morts et leur demander grâces et faveurs.

Je pense à ce chaman qui m' a mermis d'assister à un rituel chamanique en Mongolie. En quatre heures d'appels aux esprits il n'avait pu avait-t-il dit qu'atteindre le troisième niveau.

Bien sûr l'actrice ne mimera pas ce chaman de Mongolie. Mais nul doute ici que "LES VOCIFERATIONS" écrites par Antoine Volodine pour Suzy Vagabonde ont à faire avec une langue qui nous fait pivoter sur nous mêmes.Et ce mouvement loin de nous amener à l'oubli du sens nous y plonge sûrement.

En Mongolie cette séance avait provoqué en moi une vraie peur enfantine. J'aimerais que ce frissson de langue parcourt SLOGANS.

De cette première lecture je garde la formidable douceur de l'actrice qui jouera Maria Soudaïeva , l'auteur de ces Slogans , morte suicidée il y a trois années.Son texte à elle n'est pas scandée , pas de frappe de langue ou de corps au sol du théâtre.Une langue calme, quasi didactique et pourtant comment dire les mots d'une morte? Qui les souffle? Pourquoi n'a -t-elle pas droit elle aussi aux Slogans? Question ouverte.

De cette lecture, enfin les voix des actrices qui "joueront" les prostituées . Pas de cris dans lleur désir de vengeance , dans leur effort pour quitter la vie et depuis la mort revenir armées jusqu'aux lèvres.Là aussi douceur de l'accord. Chuchotements longs. La langue de Maria Soudaïeva nous empêche de prendre le temps de la pensée. C'est comme un moteur à temps infinis.Un moteur épuisant qui demande justic violemment sans gants et précautions, sans postures de dialogues inutiles. Une langue à l'état brut comme on le dit de l'art parfois.Une lngue comme un arc bandé , tendu vers sa cible. Et... tremble carcasse!

A propos de carcasse Vincent , mon scénographe de fils est venu avec sa première maquette. Voilà quelques photos.

lundi 15 janvier 2007

CHAUD ET FROID A BUSSANG

Braséro à Bussang

Samedi 13 juillet. Me voilà parti pour Bussang , petit village des Vosges où Maurice a créé en 1895 le Théâtre du Peuple. Un théâtre tout en bois à 900 mètres d'altitude. Au-dessus de la scène, deux inscriptions. L'une dit : Pour l'art, l'autre dit : Pour l'humanité.

Tous les étés, des milliers de spectateurs viennent à Bussang découvrir les nouvelles crétions où s'engagent amateurs et professionnels.

Ce dernier été il y eut UBU d'Alfred Jarry et KROUM de l'auteur isrëlien Hanoch Levin. Cet hiver l'idée était de donner un spectacle qui s'appellait Duvets, mouffles et ... je ne me souviens plus du troisième mot. L'histoire racontée par quatre acteurs évoque la mort de deux jeunes alpinistes qui se font prendre dans une avalanche près du sommet du Mont blanc. Ils vont mourir faute d'une bonne organisation des secours.

Volontairement le théâtre n'est pas chauffé. Les spectateurs doivent être en condition. C'est donc recouverts de couverture , bonnet , duvet etc.. que j'ai vu ce spectacle.

A la sortie, sur le pré on allume des braséros , on sert du chocolat et du vin chaud pour se réchauffer.

Pardon à l'équipe du Théâtre du Peuple que je soutiens et continuerais de soutenir ( le théâtre de la Manufacture que j'anime a aidé cette manifestation) mais je n'ai pas supporté ( non pas le travail des artistes que je salue ici) mais ce jeu sur le vrai-faux froid. Et au risque d'être rabat joie , pendant la représentation j'ai pensé au panneau indicateur qui près de Bussang signale Belfort à 38 km et qu'à Belfort trois semaines auparavant un SDF était mort de froid.

Alors, je n'avais pas vraiment envie de jouer au froid et au chaud. Je sais que le théâtre n'est qu'un jeu mais parfois j'ai du mal à le supporter.

A Bussang depuis quelques mois on a ouvert un casino tout en bois. On y joue sur des machines à sous, des tables à roulettes, il y a un rstaurant de 90 places, une salle de 450 places où Boujenah et Serge Lama vont se "produire".

En Lorraine du Nord à Amnéville il y avait autrefois des usines sidérurgiques. Aujourd'hui, il y a un zoo , un casino , un golf , des piscines , une fausse piste de ski en intérieur.Pas très loin à Hagondange à la place d'une autre usine il ya un parc de jeux habité par des schtroumpfs. Bientôt il y aura d'autres parcs de loisirs.

Un vosgien à Bussang me disait que La lorraine devait être riante, et que le tourisme était désormais la vraie source "d'attractivité". C'est dommage.

Malgré le brouillard je me suis promené dans les forêts vosgiennes et c'était bon. Le silence, les vrais arbres , les vrais cailloux , la biche vue en vitesse et l'écureuil aussi .

Bon j'étais un peu mécontent mais peu importe je retournerais au théâtre du peuple parce que c'est quand même beaucoup plus beau que le casino.

Alors un seul conseil. Venez dans les Vosges , ne passez pas par la case Casino , ne touchez pas vingt mille francs et allez lire là haut sur la montagne ces phrases en vrai Pour l'art, Pour l'humanité....

dimanche 7 janvier 2007

A Lausanne il y a un théâtre au bord de l'eau

A Lausanne il y a un théâtre au bord de l'eau. On dit que les théâtres construits au bord de l'eau ont une bonne accoustique.
Le théâtre de Vidy que dirige René Gonzalès n'a pas qu'une bonne accoustique ( il y trois salles chez René), il a cette chose rare qu'on y fait sans cesse du théâtre.

En ce début d'année , j'y ai passé quelques jours à répéter "L'éloge de la faiblesse" d'Alexandre Jollien. Il fallait remplacer un comédien. J'ai toujours eu beaucoup de mal à remplacer des comédiens. Le texte qu'ils ont réinventé en répétitions, les costumes qu'ils ont portés , les mots qu'ils ont dits, le décor sur lequel ils ont marché . Tout cela me paraît irremplaçable. Il m'est toujours extrêmement difficile qu'un autre ou qu'une vienne vienne mettre ses pas dans les traces si chaudes d'un ou d'une autre. Et pourtant, parfois il le faut bien.
Alors il faut faire l'effort de taire la voix du premier, d'oublier le corps du premier, d'effacer les visages.il n'est pas simple d'effacer des ombres parce qu'elles sont entrées dans la langue .

Alors ce n'est pas effacer qu'il faut c'est réentendre la langue sous l'ombre de l'acteur disparu. En l'occurence le texte d'Alexandre Jollien me touche toujours.
Alexandre Jollien a écrit ce texte à l'âge de 23 ans. Handicapé cérébral moteur de naissance Alexandre raconte ici simplement son chemin depuis la naissance jusqu'à ses études de philosophie.Pour cela il convoque Socrate à qui il se confie.

L'acteur qui joue Socrate porte une toge. Passant d'un acteur à l'autre j'ai mesuré à Lausanne l' incroyable travail qu'a nécessité le maniement de cette toge. Je n'ai pas beaucoup parlé de Socrate. J'ai peu donné de motivations à l'acteur qui reprenait le rôle de Socrate mais j'ai beaucoup insisté sur la façon de mettre, remettre, enlever cette toge. En se quittant après quelques jours de répétitions de cette reprise de l'éloge de la faiblesse , l'acteur a pris avec lui pour chez lui une des deux toges. Il allait s'entraîner m'a -t-il dit. Je l'imagine à l'instant maniant les multiples drapés , se couvrir et se découvrir de ce vêtement face à un miroir. Ce n'est pas Socrate qu'il cherche à être. C'est Socrate qui va venir à lui depuis le miroir.

A Lausanne , le régisseur qui suivait toutes les répétitions est amoureux de flamenco. Il danse très souvent en quasi professionnel.
Je rêve de voir Felix danser le flamenco. Il me dit le faire aussi devant son miroir. Qui vient vers lui quand il frappe le sol de ses talons ?
Félix n'aimerait pas le verbe frapper. Mais il sait qu'un autre lui même le regarde depuis le miroir.
Félix aime les acteurs.Il aime les écouter depuis la coulisse. Il sait les différences de chaque soir. Il le dit le plus paisiblement du monde.
Si Félix le danse c'est que le flamenco doit être une danse de sérénité.
Si Félix aime les voix des acteurs c'est que la langue qui bruit chaque soir est aussi temps de sérénité.

A Lausanne, au théâtre de Vidy , il y avait des acteurs et des régisseurs partout. Quatre spectacles se répétaient en même temps.
Et quand on a trop de mots dans la tête , on peut pousser les portes vitrées du théâtre , faire cent mètres et se retrouver au bord du lac. De l'autre côté de la rive on voit les montagnes. On fait quelques pas et puis on retourne dans les salles sombres où hommes et femmes comme ruche font et défont des toges.

samedi 30 décembre 2006

KNUFF

Finalement j'ai opté pour IKEA. J'ai trouvé les fameuses boîtes dont m'a parlé Vincent.
Knuff , c'est leur nom.
Dans ces dossiers en bois on peut y ranger d'autres dossiers déjà constitués par des chemises de carton fin dans lesquelles on a déjà placé des papiers d'origine diverses.
On fait normalement ces dossiers pour y voir plus clair dans ce qu'on a à ranger.
A force de ranger, personnellement, je ne sais plus vraiment où j'ai rangé telle ou telle chose.
Ces Knuff vont probablement me perturber davantage mais au moins mes rangements seront plus propres.
Moi, je serai un plus perdu.

J'ai choisi de déposer mes boîtes d'archives (celles du théâtre de la Manufacture ) aux Archives Départementales. C'est juste en face de chez moi.
Est ce que j'aurai un jour l'envie d'aller me ballader dans ces boîtes ? Je ne crois pas. Il y a vraiment beaucoup de boîtes. Chaque spectacle que j'ai mis en scène a sa boîte. Certains en ont deux ou trois. Dans chaque boîte, il y a le texte tel qu'il aura été joué, des notes écrites dessus ou sur des carnets, des photos , les avis de la presse, des lettres de spectateurs, des échanges avec l'auteur (pas tous les échanges), des cassettes vidéo ou des traces sonores. En bref, il y a à peu près la vie du spectacle.

Qui ira un jour ouvrir ces boîtes et les dossiers qui sont à l'intérieur et qui lira vraiment ces notes ? Le spectacle lui n'est pas à l'intérieur. Il est nulle part.
Disparu dans le sable du temps.Parfois un spectateur rencontré me dit se souvenir de ceci ou de cela. J'en suis toujours tout remué.
Pour le vivant que je suis c'est mieux que les boîtes.Mais quand même il doit y avoir du bon à la poussière des boîtes.

Au Monastère d'Oulan Bator (capitale de la Mongolie) j'ai eu le privilège de visiter la bibliothèque des lamas . Chaque livre est couché sur le côté et entouré d'un tissu de soie qui recouvre entièrement le livre. La soie qui entoure le livre est son linceul. Le lecteur en retirant le linceul redonne vie au livre.
La biblitohèque est comme un cimetière de vivants faisant semblant de faire les morts sous leurs couleurs de soie.

Le spectacle lui ne ressortira jamais de sa boîte de carton et c'est tant mieux.

On croit que ces boîtes sont des têtes de mémoire. C'est probablement pour pas perdre la tête que je vais continuer à remplir mes boîtes. Sur la prochaine j'inscrirai le mot "Slogans"..