Jean Rouaud | Les villes fantômes

Qu’est-ce que la ville ? – une approche critique de l’urbanisme du Grand Paris par Jean Rouaud, et l’hyper-ville à l’heure du monde Internet

Jean Rouaud | Les villes fantômes

Les villes fantômes, Jean Rouaud. PDF écran et eBook (Sony/iPhone) 38 pages. ISBN 978-2-8145-0181-2. Les 14 premières pages à feuilleter librement ci-dessus. Téléchargement texte intégral 5,50 euros.

mise en ligne initiale 20 novembre 2008 – mise à jour le 7 septembre 2009

 

Jean Rouaud | Les villes fantômes

La ville est un concept omniprésent : elle nous entoure, c’est aussi bien nos circulations, nos modes d’accès à la culture ou la consommation, mais d’abord la relation aux autres. Et la ville, c’est un mouvement : nous les avons vu se construire, nous assistons à l’enfoncement des architectures mortes trop vite. Nous sommes conscients de toutes les urgences que la ville catalyse, et nous n’avons jamais abandonné les vieilles utopies : elles s’enracinent bien trop loin dans le passé, il n’y a qu’à voir les peintres.

C’est à cela que Jean Rouaud s’affronte, figure complexe, qu’il démêle en 10 incises successives. On commence avec une déclaration de François Mitterrand, Le socialisme c’est la ville, pour s’en aller voir en cours de routes les villes nouvelles :

La ville n’existe tellement plus que lorsqu’on se propose d’en bâtir une nouvelle, on se lamente qu’elle ne ressemble pas à une ville.

Et de là on arrivera à cette nouvelle idée de la ville qu’est Internet. Mais c’est aussi le destin des villes de province. Et ce qu’on a tenté de reconstruire après guerre, comment cela conditionne en partie le destin présent. Jean Rouaud est d’Ouest, on parle de Nantes, Saint-Nazaire et Brest.

Et la ville est toujours la somme de toutes les villes, celles des voyages, des explorations, du rêve même de la ville : on arpentera la Place Rouge de Moscou, on croisera Ground Zero, pour finir au destin centrifuge de l’hyper-métropole qu’est Paris, sans oublier au passage ces bizarres terminologies du genre communauté d’agglo.

Quant à partager les mêmes intérêts, pour les fondre dans une histoire commune, ça impliquerait de lancer un zoom arrière très puissant sur Google Earth où, du fin fond de la galaxie, on pourrait effectivement penser que tous ces groupes sont embarqués sur la même planète et qu’ils y forment en somme une agglomération de communautés, ou plutôt une agglo de com, en langage communicant. Il y a une bonne distance cependant dans ce jeu de réglage vu du ciel, mais qu’on ne franchit jamais, où l’on remarque par exemple que la porte d’Auteuil n’est qu’à une encablure du périphérique et de ses villages de cartons et de bâches en plastique. Éclairez-nous, petit Robert, pouvons-nous encore parler de communauté ?

En décomposant figure après figure l’idée de ville, Jean Rouaud nous propose non pas ses options personnelles : elles sont présentes, on ne les partage pas pour autant, il ne nous les impose pas. Ce qu’il nous présente, c’est le prisme pour appréhender ce jeu complexe et en mouvement, de façon extrêmement précise.

Est-elle dissoute, la ville, lorsque les SDF plantent leurs tentes place de la Bourse, et pourquoi garde-t-on comme repères ses plus honorifiques les hommages aux bouchers tel que l’Arc de triomphe ?

Retour à Nantes : il y paraît une revue qui interroge en permanence ce concept de territoire, et la façon citoyenne dont, nous tous, nous l’investissons et le construisons. Cette revue s’appelle Place publique, et Thierry Guidet y invite chaque fois un écrivain. Bernard Comment, sur New York, et Philippe Forest, sur Tokyo, ont ainsi succédé à Jean Rouaud – merci à Thierry Guidet et à Jean Rouaud pour l’autorisation de reprendre sur publie.net ce texte de fond.

Et c’est un plaisir que de mettre en ligne ce texte le jour même où le Goncourt 2009 vient d’être attribué : en 1990, c’est le premier livre d’un Nantais, monté à Paris depuis 7 ans avec sa guitare et des livres, et depuis lors kiosquier dans le 18ème arrondissement, une semaine du matin, une semaine du soir, qui le décrochait : Les Champs d’honneur, de Jean Rouaud. Vous avez dit la ville ?

On ne manquera pas, pour finir, de visiter le site Jean Rouaud.

FB


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