bouche, fesses, ongles, fesses : le corps masculin dans les dents d’écriture de Régine Detambel
Blasons d’un corps masculin, .
PDF écran et eBook 71 pages.
ISBN 978-2-8145-0118-8.
Les 20 premières pages à feuilleter librement ci-dessus.
Téléchargement texte intégral 5,50 euros.
Régine Detambel | Blasons d’un corps masculin...
Tetin de satin blanc tout neuf,
Tetin qui fait honte à la rose,
Tetin plus beau que nulle chose ;
Tetin dur, non pas Tetin, voyre,
Mais petite boule d’Ivoire,
Au milieu duquel est assise
Une fraize ou une cerise,
Que nul ne voit, ne touche aussi,
Mais je gaige qu’il est ainsi.
Tetin donc au petit bout rouge
Tetin qui jamais ne se bouge
Ou bien les jeux plus abstraits de Maurice Scève :
Les loix qu’amour voulut en luy escrire,
O front, tu es une table d’attente
Où ma vie est, et ma mort trespatente.
Mais Régine Detambel, qui a toujours mis le corps au centre de son entreprise littéraire, le retourne de façon dangereuse. Dans une proximité plus haute du corps et de l’écriture, et surtout par ce premier renversement : cette forme où traditionnellement l’homme nomme la femme, dans un système où il est lui-même l’agent dominant, c’est sur lui qu’on le retourne, et littéralement de haut en bas. Detambel commence en haut, et puis descend.
Il y avait ici deux défis pour Régine Detambel. Le premier tient de l’écriture à contraintes, dont elle est familière (et même, si je me souviens bien, correspondante de l’Oulipo...), de se saisir d’une forme ainsi établie, repérée, et affronter avec elle le corps contemporain – l’histoire du corps est un fil comme nombre d’autres.
Le second défi, c’est de basculer dans l’intérieur de cette forme la référence homme/femme : la narratrice ou locutrice assigne comme objet à l’écriture le corps masculin. Et peut-être que la réussite du texte, ou sa part la plus risquée, tient au déterminatif : non pas blasons du corps masculin, mais blasons d’un corps masculin...
Régine Detambel a toujours été à l’intersection de ces deux défis. Longtemps, sur des cahiers ou des carnets disposés à divers endroits de son lieu de vie et de travail (un cabinet de kinésithérapie), l’écriture s’accumulait par fragments, debout, au gré des haltes ou des passages. D’autre part, précisément la kinésithérapie : le corps au centre de l’approche de l’autre, ou en tout cas tout cela du même geste. Quand bien même l’écriture fait cesser toute détermination amont par le temps privé ou le métier : affaire de main, et les textes spécifiques (voir Régine Detambel, le site) sur les ateliers d’écriture et leur rapport au corps prouveraient que l’intersection n’est pas lieu neutre.
A lire donc comme expérience de risque : le texte atteint ses frontières, jusqu’au sexe inclus, parce qu’il prend le corps comme totalité, systématique (voir aussi extrait ci-dessous).
Pas un hasard si Régine Detambel vient de publier dans la collection Folio Essais un Petit éloge de la peau, ou qu’elle ait récemment préfacé une anthologie de textes de Bernard Noël sur le corps.
Mais à lire justement comme mise en histoire du corps : ce qu’il inscrit d’une société précise, d’usages évidemment selon le temps, et que se donne ici à lire, en creux, la vie ordinaire, celle de nous tous, et le lien à l’autre.
En remerciant Régine Detambel de nous confier, après ses Décousures, ce texte paru en 1995 chez Via Voltaire, à Montpellier, au moment où s’élaborait son roman Le ventilateur.







