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Elle me confie l’enveloppe et les chèques rangés à l’intérieur. Je les porte depuis le bureau jusqu’à la rue, plus loin la banque. Elle m’a dit : c’est beaucoup d’argent sous ta responsabilité, alors fais gaffe. Ok, j’ai répondu et puis je garde l’enveloppe contre mon corps. Le type en face, visage mangé par la haine, poivre et sel, grain dans la tête, me l’arrache, mon enveloppe, mon enveloppe à moi serrée contre moi. J’essaie de le rattraper, mes bras vidés dans l’entre nous deux mais n’effleure rien que l’arrière de sa fuite. Ma dernière pulsion, comme dans la cour d’école, comme sur le terrain de foot, c’est de lui prendre la jambe droite qui traîne derrière, tacle lent-latéral qui lui coupe son appui. Il trébuche et s’écrase vers l’avant sur le passage piéton. Le pare choc venu de la gauche, il ne freine pas. Sa tête première pétée sur l’impact et la gerbe de sang qui me traverse de haut en bas et la vitrine derrière. Visage inondé hémoglobine, mon enveloppe récupérée chaude contre mes bras repliés. Accroupis sur l’asphalte, le corps des passants qui transitent, j’attends les flics à venir, peut-être je les appelle moi-même. Le cadavre à mes pieds est de ma main (ma jambe), mais l’argent est sauf. Mais non, pas possible, peu probable, et rien n’arrivera.


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