un panorama de la jeune création littéraire

Devenu avec le temps une photographie subjective du paysage littéraire à l’aube de ce siècle, ce « panorama » a été publié dans un épais volume collectif intitulé « Créateurs et création en France, la scène contemporaine », dirigé par Nathalie Chapuis et paru aux éditions Autrement en 2002. L’article était complété par les portraits de Michel Houellebecq, de Bernard Lamarche-Vadel et de Marie NDiaye (on trouvera le premier et le troisième à la suite du texte général).



La littérature française, prose ou poésie, a tracé ces dernières années des voies inattendues, souvent passionnantes, voire inespérées après une décennie atone. Ouverte au monde et pourtant singulière, elle est extraordinairement vivante, même si la critique journalistique peine à en témoigner : obnubilée par des phénomènes de surface, démunie de convictions depuis l’effondrement des théories avant-gardistes sur lesquelles elle s’appuyait ou qu’elle combattait, la presse entretient la plus grande confusion autour de la création contemporaine, qu’elle n’aborde le plus souvent qu’en termes sociologiques. Il y a presque, dès lors, une fatalité à voir cette confusion s’installer sur le mode générationnel (ce qui n’a pas plus d’intérêt aujourd’hui qu’hier : Alain Robbe-Grillet et François Nourrissier aussi appartiennent à une même génération ; cela ne donne à personne l’idée d’en tirer des conclusions esthétiques).

C’est que l’extinction des utopies, esthétiques mais plus généralement politiques, et les bouleversements idéologiques en cours ne facilitent pas la tâche critique, qui consiste justement à faire le départ entre ce qui relève d’une évolution d’ordre sociologique (quand cette dernière a connu récemment une accélération brutale) et ce qui relève d’un renouvellement esthétique (l’émergence de nouveaux modes d’appréhension et de représentation du monde en ses métamorphoses : une vraie capacité, qui restera toujours à réinventer, à trouer le tissu confortable des représentations communes pour y faire surgir un réel singulier).

Pour le dire autrement, il est évident que la production éditoriale dans son ensemble a beaucoup et rapidement évolué depuis dix ans, par le choix de ses thématiques et l’apparition d’une nouvelle crudité dans leur exposition, mais cette évolution n’est pas, en tant que telle, si éloignée de celle qui s’est emparée, par exemple, des programmes de télévision ou des magazines grand public. On peut ainsi penser que la nouveauté apportée par Frédéric Beigbeder (avec 99 F , ...

Vous êtes en mode prévisualisation. Acheter ce livre