Corpus (2008-2009)

L’écrivain est celui qui est hanté par ce qu’il chasse.

Ces mots, diversement posés ça et là, correspondent bien, semble-t-il à l’univers de Pascal Quignard. Univers infini, en perpétuelle expansion, d’ailleurs, en cela profondément moderne (renouvelé, même), mais aussi profondément ancien, immémorial. Quel âge a l’œuvre de ce qui n’a pas de nom ? Quel âge peut avoir l’anonyme ? Car là aussi c’est une histoire de nom. Une histoire de nom propre, encore. Ce sera notre écot payé à la partie qu’on lâche, et à celle qui arrive.

Un patronyme nous attend (PT1 77)



Une œuvre, sous ce mot du nom (sous ce maudit nom pourrait-on presque entendre), qui n’aura cherché qu’à dire, répéter, transformer, puis dissimuler ce nom1. Œuvre aux multiples ramifications, œuvre déjà immense, promise, nous dit-on par le Dernier royaume, à l’infinitude de la tâche.

Tâche infinie, évidemment, dans laquelle se perdra le nom jusqu’à la mort — qui/que n’implique pas la disparition du nom. Œuvre vouée alors à la mort ? Pas exactement. Œuvre, comme toute œuvre, vouée à l’immortalité de l’œuvre, ou plus justement, à l’atemporalité de l’œuvre. Et puis, dans ce cas tout particulièrement, œuvre qui met en question l’œuvre de naissance et l’œuvre de mort. Les deux scènes absentes.

Et l’on revient à l’œuvre. L’un la fait partir du Lecteur (1976). Un autre de L’être du balbutiement (1969). D’autres des Petits traités (1990), d’autres de Vie secrète (1998). Mais là encore joue la marque fictive du temps : la rédaction n’est pas la parution. Le dépôt légal n’est pas le dépôt original des mots sur la page. Ce geste est immémorial2.

Immémorial, il radote (PT1 510).

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