Les talibans n’aiment pas la fiction

carnet afghan

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Contemporaine d’un tel contexte. Dehors, la foule maintenue par des cordes. Des soldats. L’accolade longue des hommes. L’intimité corporelle homme + homme (soldats doigts enlacés et riant). Les femmes prenant soin de rajuster leur foulard. Quelques-unes en burkha. Beaucoup d’hommes en armes. Kalachnikov et gilet pare-balles. Posant le pied, le sol. Se dire :

Ici on commença à écrire des dialectes iraniens avec des lettres grecques.

Ici et pour la première fois Boudha prit figure humaine sous les traits d’Apollon.

Le rubaï n’est pas une purée de piment mais un quatrain apte à rendre compte des expériences mystiques. Dans le potage du type « comment représenter et situer nos existences dans une histoire qui semble de plus en plus se construire à l’échelle d’intérêts exclusivement économiques et financiers », balancer trois doses de rubaï. (cf. Du string sous la burkha)

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Ce matin, bien que vendredi, Chicken street. Boutiques.

Tapis + fleurs. Regards pesants. Quasi-absence de femmes. Librairie minuscule. Achat d’une ancienne carte de la ville. Au retour, impossible de retrouver la guest house Ali Abad. (4 rues après le carrefour Charai Amsari). Le taxi ne comprend pas. Ne sait pas lire. Cercles muets dans le quartier de l’hôpital. Chiens, quelques enfants et qui fouillent. Pas d’incinérateur pour les déchets de l’hôpital. Cette chose blanche semblable à une main tranchée. Enveloppée dans du plastic. Image parfaite pour une ville défoncée. Fraîchement sortie de guerre. Conversation avec les médecins. Problèmes du stockage du sang. Trafic, corruption, hygiène. Pour transfuser une femme il faut l’autorisation du mari. C’est lui qui paie. Forte mortalité au cours des accouchement (les 3 derniers mois on leur déconseille de boire et d manger. Elles arrivent anémiées).

Ici, Massoud n’est pas un héros pour tous. Il n’est aime que d’une partie des tadjiks. On lui reproche de s’être conduit en seigneur de la guerre pendant la prise de Kaboul, avant la victoire des talibans. Centre de Kaboul bunckérisé. Avenue centrale, construction d’un immense immeuble pour la CIA. Flambée des loyers et inflation paupérisent les classes moyennes inférieures. Un des médecins raconte comment le petit avion qui l’amène en mission à Djelalabad décolle en spirale et atterrit de même. De façon à éviter les tirs des montagnes. En dehors de Kaboul l’état afghan se décompose. Tribus, ethnies, religions (une manne pour les ethnologues)



Rêve du livre sans titre. Son spectre, toujours invisible. Accumuler des notes. Regarder. Écouter. Marcher dans cette ville sans nom de rue comme une parfaite imbécile. Tête voilée. Chevilles couvertes. Manches longues. Rues défoncées où marcher réclame une attention permanente (terreur de me casser une jambe, me retrouver à l’hôpital). Pas d’égoûts en fonctionnement. Coupure d’électricité chaque soir. Parfois durant le jour. Cette poussière sur tout. En suspension dans l’air. Posée sur ce qui bouge comme sur les objets. Choses mortes ou vivantes. Écrire avec les mêmes outils que ceux achetés pour dessiner (Faber Castell ecco piment 07 ou crayon de papier Guilgraph 100 HB qu’il faut tailler).

La veille du départ, à Marseille, ouvrant Walser et son « Territoire du crayon », tombée sur cette phrase viatique :

« C’est peut-être parce qu’il avait levé les yeux vers le ciel bleu et frais que l’envie lui était venue de partir ».

Limpidité et douceur de la phrase dite par cœur. Transportée jusqu’ici. Déposée maintenant dans le livre sans nom.

Le soir, dîner chez Daniel Massat Bourrat qui nous aide pour la rencontre des poètes afghans. Présence de deux commissaires internationaux chargés du grand banditisme et de la drogue. Pernod, cognac et vins. Ce qui change du thé vert. Ils sont armés. Kaboul la nuit est un territoire d’économies souterraines. On trafique de tout mais c’est l’opium qui est à l’origine du pouvoir économique et politique. Le trafic s’étend à l’Iran, au Pakistan et à l’Europe. Les seigneurs de la guerre sont directement impliqués dans la fabrication (taxes prélevées leur permettant l’entretien de leurs armées). Les Américains s’en préoccupent peu (l’héroïne ne s’exportant pas prioritairement aux USA qui consomment surtout de la cocaïne). Aucun des deux super flics ne semble croire à la possibilité d’une issue démocratique. Une économie mondialisée (drogue, ONG, argent des alliés, aides internationales sous l’égide américaine) font du pays une poudrière. Pauvreté, analphabétisme, injustices, incohérences et violences du système alimentent les groupes islamistes radicaux, poussant même certains à regretter le règne des talibans. C’est-à-dire :

  1. Interdiction aux femmes de se dévoiler (et de circuler sans être accompagnées d’un parent de sexe masculin)
  2. Interdict ...
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