Israël Eliraz | L’intouchable



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Tout semble suspendu

Le temps d’un regard.

Israël Eliraz, Thabor



Ce qui frappe, dès qu’on aborde la poésie d’Israël Eliraz, c’est son aplomb. Je veux dire sa netteté, sa force concrète, même dans l’hésitation ou l’ignorance. Peut-être parce que la voix qui parle ici affirme, constate, témoigne avec une immédiateté qui n’est sans doute pas étrangère au ton parlé qui la caractérise, lequel n’exclut, pourtant, ni la méditation, ni la référence littéraire ni, parfois, l’hermétisme de la formulation.

Oui, une voix parle ici, et ce qu’elle dit — ce qu’elle cherche à dire —, c’est l’étonnement renouvelé d’être là, face aux choses, au milieu d’elles, dans le mystère de leur apparition :



tout ce qui jaillit devant moi

ne s’arrête de jaillir, de

tracer un parcours.



D’où l’insolite : parler directement ce qu’on ne peut pas dire. Ce qui est là, avant la description apprise de toute perception, donc avant tout langage : « dis enfin quelque chose de la chose / dont tu n’as jamais appris / à parler ». Car il s’agit bien pour Israël Eliraz de voir, de toucher, d’entendre autrement (« touche les choses autrement »). Non pas de donner du sens, mais de gommer le sens, pour que se produise la coïncidence, puisque « L’invisible ne coïncide plus / avec la langue » :



Le soleil se lève, incendie la nuit,

Sans vouloir donner de sens à tout ça.



Chaque livre d’Israël Eliraz tourne autour d’un centre thématique qui est moins de l’ordre du sens que de la force d’attraction ou de gravitation (comme celle des planètes autour du soleil ou des électrons autour du noyau de l’atome). Ici, ce sont les insectes. Mais pas n’importe lesquels.

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