Yves Bonnefoy, André Du Bouchet, Philippe Jaccottet, Hubert Juin, Jacques Dupin, cinq notules





1, Yves Bonnefoy, Crépuscule



Une allée de jardin botanique avec beaucoup de ciel rouge au-dessus des arbres humides.



Le rouge, le crépuscule d’enfance, la fin et le commencement, image princeps comme celle, voisine, de la lumière déclinante frangeant de feu êtres et choses — un visage, un fruit, perfection de l’ovale, du cercle, de ce qui retourne à son origine —, l’élégie jaune des derniers jours d’été, celle-là même de Dans le leurre du seuil (« Et tant vaut la journée qui va finir, / si précieuse la qualité de cette lumière, / si simple le cristal un peu jauni / de ces arbres… »), l’aile double du hasard et du sens portant écriture et destin, cette irruption de l’autre, ce qui n’est ni sur les cartes ni dans les parcours fléchés de l’existence quotidienne et qui, pourtant, n’est pas ailleurs mais là, sous les yeux, tels ces tableaux du musée de Prague, invisibles sous l’épaisseur brune du vernis, soudain redécouverts des siècles plus tard, cet éclat traversant l’opacité d’une langue et des jours, l’apparition disparaissante du réel qui ne se donne que comme absence et dont la trame serrée du texte, l’aveugle rigueur, nous communique le désir, parce qu’il nous en fait comme éprouver en creux la présence…

Voici un livre qui prolonge et éclaire Dans le leurre du seuil mais sur un autre mode : celui d’une pensée qui se laisse physiquement percevoir, qui devient sensible dans son intensité, ou — et c’est la même chose d’une sensibilité qui ne se manifeste totalement qu’en se réfléchissant. Comme Dans le leurre du seuil, Rue traversière à l’époque de sa parution, était un livre intempestif. Refusant l’idéologie régnante du signe, des jeux avec une langue close sur elle-même, il s’obstinait à poursuivre ce « hors texte » tant décrié alors — vapeurs de la voie lactée sur la fenêtre où passe un profil, feux dans le jardin d’été, râteau posé contre un mur —, ...

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