L’œuvre poétique de Juan Gelman est considérable, aussi bien par son volume (une vingtaine de titres à ce jour) que par ce qu’elle nous donne à entendre : une voix combative et fraternelle, blessée, traversée de fulgurances et de ténèbres, tendre et violente — l’une des plus justes (au double sens) de la poésie hispano-américaine d’aujourd’hui.
Juan Gelman est né à Buenos Aires en 1930. Poète, traducteur, journaliste, militant révolutionnaire, il quitte l’Argentine en 1975, menacé de mort, un peu avant que ne s’installe dans le pays, de 1976 à 1982, l’une des pires dictatures qu’ait connue l’Amérique Latine en ce siècle pourtant fertile en horreurs et atrocités. Le bilan en sera un pillage organisé de la nation par les militaires et les classes possédantes au nom de la lutte contre le « cancer rouge » et la défense de l’Occident chrétien, une économie ruinée et, surtout, la mise en place d’une industrie de la terreur fondée sur la pratique systématique de la torture qui vaudra au pays dévasté 30 000 « disparus », ...