Premier jour 

Lausanne. Arrivé par le train, en milieu d’après-midi, dans cette ville presque étrangère puisque j’y viens, sans doute, pour la première fois. Au sortir de la gare, ai dû grimper la rue abrupte du Petit chêne (souvenir d’un bois que la ville a éradiqué ?) pour me rendre à l’hôtel qui, par chance, se trouve à deux pas du centre. Ma petite valise, moyennement lestée de quelques livres, et mon sac à dos, humble viatique, se sont d’un coup transformés en véritables impedimenta. 

Devant l’hôtel, contre le mur, une pelle et un balai : en prévision de la neige, je suppose. Chambre donnant sur cour, au troisième étage, avec ascenseur, d’un bâtiment à la façade rose. 

Et d’abord, assis sur un des lits. Fatigué, hébété. Pas tant par la durée du voyage, le balancement du train, son vrombissement régulier, la scansion hypnotique des roues de la rame, que par mon inconcevable présence ici, dans ce pays honni, but pourtant de cette escapade dont la décision tenait à une publicité pleine page découverte par hasard, trois ou quatre ans plus tôt, en feuilletant un magazine, une invitation au voyage pour cette destination, précisément ce canton où se cultivait, disait le texte d’accompagnement, «l’art de perdre son temps», ...

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