Ne pas se précipiter, ne pas se jeter immédiatement dehors. Patienter, prendre son temps. Observer. Ne rien omettre, ne rien laisser au hasard. Car comment savoir où cela se nichait, comment cela pouvait se déclencher ?
La chambre 302 (tentative d’inventaire) :
la hauteur sous plafond doit atteindre trois mètres, signe que le bâtiment n’est pas récent, qu’il était peut-être autrefois une de ces maisons bourgeoises construites en retrait du lac et le surplombant, lieu de villégiature pour famille aisée
au mur, la tapisserie est blanche et vierge de tout ornement (à l’exception de la page déchirée du magazine épinglée depuis hier soir face au lit, près du guéridon, et dont les lettres noires se détachent en haut de page : «Au pays des horloges, le temps s’est arrêté»)
deux lits jumeaux d’une personne (sans tête de lit, si bien qu’à gauche le mur est légèrement noirci au-dessus de l’oreiller) recouverts d’un lourd tissu d’ameublement blanc à motifs géométriques, losanges et chevrons beiges
deux tables de chevets en pin avec tiroir, deux lampes aux abat-jour tronconiques jaune citron et aux pieds sphériques en bois (j’ai déplacé celle du chevet gauche sur le guéridon qui me sert de table de travail)
une commode en pin surmontée d’un téléviseur noir comme on en voit dans tous les hôtels, bien que celui-ci soit posé sur le meuble et non, comme à l’accoutumée, suspendu en hauteur, à un bras articulé
un guéridon et deux chaises assorties, structure tubulaire noire avec plateau ou assise d’une teinte kaléidoscopique vert, rouge, marron, jaune
un placard encastré dans le mur, ...